Le jour des morts dans « Au-dessous du volcan »

J’ai vu le film « Under the   volcano » de John Huston ( je l’avais déjà vu au cinéma) :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/10/30/john-huston-under-the-volcano-1984-vo/

c’est un chef d’oeuvre, un grand film qui se situe à la hauteur du défi que pose le livre hors normesde Malcolm Lowry !

le livre commence le jour des morts 1939, exactement un an après la mort du consul Geoffrey Firmin ( avec le thème de la Grande Roue qui tourne à l’envers et « remonte le temps »)

exactement la même période que nous vivons en ce moment : fête de la Toussaint aujourd’hui, qui n’est rien de plus que l’ancienne fête celtique de Samain, de même que la fête d’Halloween qui de nos jours (importation des USA oblige) n’est plus que la fête du commerce. Quand des enfants sonnent à votre porte en exigeant « un bonbon ou un sort » cela évoque l’antique officiant qui réclamait le « denier  du culte », quel que soit le nom qu’on lui ait donné, pour contrer la « menace » venant du monde souterrain des morts : menace d’aspirer les vivants vers le bas, exactement comme quand une bombe saute dans un avion et entraîne une dépressurisation.

Dans le livre de Lowry et le film de Huston, cette polarité entre haut et bas est représentée par la cime majestueuse et aux « neiges éternelles » , s’élevant au dessus des nuages, du Popacatepetl, le volcan, opposée à ce qui est « en dessous du volcan » , où le cadavre du Consul est jeté à la fin ( quoique pas tout à fait depuis le sommet) :

»et maintenant il avait atteint le sommet. Ah Yvonne chérie pardonne moi! de puissantes mains le soulevaient, Ouvrant les yeux, il s’attendait à voir en dessous la jungle magnifique, les hauteurs, Orizabe, Malinche, Perote,  symbolisant les pics de sa vie conquis l’un après l’autre , avant cette ascension finale, la plus grande de toutes. Mais il n’y avait rien là : pas de vie, pas de pics, pas d’ascension. Et ce sommet n’en était pas exactement un : cela n’avait pas de substance, de base ferme. Cela s’effondrait, tandis qu’il tombait , à l’intérieur du volcan, il devait l’avoir gravi après tout, et maintenant il y avait ce bruit de lave bouillonnante, celui d’une éruption, mais ce n’était pas celle du volcan,  c’était le monde qui explosait , éclatant en traînées sombres de villages catapultés dans l’espace, lui même tombant à travers tout,  à travers un inconcevable pandémonium de millions de corps en feu, tombant, dans une forêt tombant_ soudain il hurla  et ce fut comme si ce cri était porté d’un arbre à l’autre,  amplifié par les échos, comme si les arbres eux mêmes se rapprochaient et se penchaient sur lui, pleins de pitié..

quelqu’un jeta un cadavre de chien derrière lui dans le ravin »

telle est la dernière  page, que je traduis sur le texte original, qui est ici :

https://uberty.org/wp-content/uploads/2015/12/malcolm_lowry_under_the_volcano.pdf#page590

Il y a bien longtemps que je n’ai plus retrouvé l’exemplaire  que j’avais lu très jeune , avant même d’avoir été initié  (par un initiateur fiable, car en ce domaine, il faut se méfier de l’auto-initiation) à l’alcool et à ses sortilèges, à l’inverse j’avais déjà connu la Femme, avant même d’avoir lu « L’éducation sentimentale «  ou « Les liaisons dangereuses «  ou même « Volupté », il y a tout un tas de choses que j’ai faites hors de saison..

donc , pour résumer le tout en une sorte d’équation :

Alcool = Eros = Passé = Mort

La dernière a déjà été rencontrée ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/10/21/la-triade-des-elements-primitifs-de-wronski-et-le-temps-quest-ce-quetre-vraiment-dans-le-present/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/10/23/suite-quest-ce-quetre-veritablement-present-lavenir-absolu-ce-qui-est-devant-nous-cest-la-creation/

Ce que nous appelons mort est l’essence même du faux « présent » , celui qui est appelé, dans l’évangile,  la voie large de la perdition,  c’est incessamment , à tous les « instants présents », que l’avenir, qui représente la promesse constamment trahie de la liberté et de la créativité glisse et tombe dans le passé irrémédiable qui est la mort définitive de la « vie spontanée » , la « vraie vie qui est ailleurs » , tout cela est d’ailleurs la substance du monologue de Macbeth :

« Demain, demain, demain, se glisse ainsi à petits pas d’un jour à l’autre, jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit ; et tous nos hier n’ont travaillé, les imbéciles, qu’à nous abréger le chemin de la mort poudreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau : la vie n’est qu’une ombre qui passe ; un comédien qui se pavane et s’agite sur la scène  une heure durant et qu’ensuite on n’entend plus; c’est une histoire racontée par un idiot , pleine  de bruit et de fureur,  qui ne signifie rien »

cela c’est la compréhension du temps qui mène à la mort irrémédiable, la mort comme Maître Absolu hégélien que Paul Celan , qui en a tiré les conséquences en se jetant dans la Seine au Pont Mirabeau (où coule la Seine ) nommera dans « Fugue de mort «  le « maître venu d’Allemagne »  :

http://www.barapoemes.net/archives/2014/12/01/31062405.html

»Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

nous te buvons midi la mort est un maître venu d’Allemagne

nous te buvons soir et matin nous buvons nous buvons

la mort est un maître venu d’Allemagne son œil est bleu

elle te frappe d’une balle de plomb précise elle te frappe

un homme habite la maison tes cheveux d’or Margarete

il lance sur nous ses dogues il nous offre une tombe dans les airs

il joue avec les serpents et il songe la mort est un maître venu d’Allemagne

tes cheveux d’or  Margrete »

d’ailleurs , pour faire le lien avec le consul dans « Under the volcano », j’ai idée que le « lait noir de l’aube «  n’est pas du lait : y a autre chose.

Mais le salut passe par une transfiguration du temps explicitée dans l’évangile comme la « porte étroite » :

https://saintebible.com/matthew/7-13.htm

« 13Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. 14Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »

Ces deux visions du temps , celui qui porte à la mort et celui qui porte à la création et à la liberté , sont représentés dans les liens supra par les deux foncteurs adjoints qui forment le « morphisme géométrique «  entre les deux topoi qui sont les mathèmes d’EE élément- etre et ES élément- savoir , foncteur « morphisme géométrique «  qui est le mathème d’EN élément neutre reliant EE à ES :

EE ( topos Set) —-EN———> ES ( 2-topos Cat ?)

Donc le passé c’est ce qui est définitivement mort .

« L’existence précède l’essence «  

tant qu’il y a une seconde de vie qui reste , il reste une possibilité de changer, rien n’est définitif, celui qui a fait des saloperies n’a pas une « essence de salaud ». « Mieux vaut garder le silence et passer pour un imbécile que de parler et mettre fin à tous les doutes »

qu’est ce qu’un mort ? Quelqu’un qui est définitivement « passé »

Ou sont les morts ? Dans le Passé , le révolu: EE.

Il ne faut donc pas compter sur le voyage dans le temps, sous la forme de retour vers le passé , pour transcender notre condition »temporelle »

D’abord parce que c’est impossible, interdit par la Relativité  qui dit non pas « tout est relatif » mais « il y a des absolus » , et je soupçonne  fort que l’interdiction absolue de remonter le temps est liée à cet autre interdit , celui de l’inceste , interdit chez tous les peuples, mais hélas pas interdit à un passage à l’acte comme on l’entend tous les jours aux infos ; tandis que si je retourne dans le passé , je puis tuer mon père avant qu’il ne rencontre ma mère (ou l’inverse) et donc moi qui voyage dans le passé je ne suis jamais né..

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/28/scienceinternelle-10-comment-expliquer-la-prohibition-universelle-de-linceste/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/30/scienceinternelle-11-comment-expliquer-le-tabou-universel-de-linceste-seconde-partie/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/05/13/tabou-universel-de-linceste-nouvelles-pistes-de-reflexion/

Quant au premier membre de l’équation :

Alcool = Eros = Passé = Mort

il est « démontré » lors de la très belle scène finale de « Under the volcano » où le consul , qui a forcé sur le mescal, se fait carrément violer par une pute mexicaine puis détrousser par son maquereau acoquiné  avec une bande de voleurs néo-nazis qui finiront par l’abattre .

Pourquoi est il interdit de coucher avec une prostituée, ou une fille plus jeune ? Parce que cela brave l’interdit de l’inceste

pourquoi ne doit on pas boire plus que de raison? Parce que cela brave l’interdit relativiste du « retour vers le passé » et facilite la transgression de l’interdit précédent.

Il est clair que l’alcoolisme pathologique fait éclater toutes les notions du temps :

Ce qui m’amène à évoquer deux petits bijoux cinématographiques des années 50 :

» Les orgueilleux «   d’Allégret , qui se passe au Mexique aussi , tiré de la nouvelle « Typhus » de Sartre :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/12/20/en-lhonneur-de-michele-morgan-qui-vient-de-mourir-les-orgueilleux-1953-dyves-allegret/

et « Pourquoi viens  tu si tard ? «  de Decoin en 1959, aussi avec Michèle Morgan:

https://m.ok.ru/video/283679787707

Au milieu du film se situe une scène étrange, si l’on n’a pas en tête les considérations qui précèdent  sur le « temporel » qui EST l’homme et non une mesure des distances, ou autre dispositif purement technique :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/22/nous-sommes-letoffe-dont-sont-faits-les-reves/

«Et quelle est cette étoffe ? Le temps..nous sommes le tempset c’est bien la raison pour laquelle le temps est si difficile à définir , comme l’ont reconnu Aristote et Saint Augustin. C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons jamais le temps. Si nous sommes le temps, le pointeuses, ces horloges qui calculent notre temps de travail sont un instrument absolument effrayant qui nous calcule et nous limite , nous “objective”, nous donnant une forme finie qui est justement ce dont nous devons nous libérer ( sortir du plan vital pour s’orienter vers le plan spirituel, véritable séjour de l’Infini, peut être vu comme une rupture avec l’amour du fini qui caractérise notre “petite vie”). »

Au milieu du film « Pourquoi viens tu si tard ? » donc , les amoureux qui ne le savent pas encore, Henri Vidal et Michèle Morgan ,  ( qui étaient mari et femme à l’époque ) vont manger dans un petit troquet tenu par Francis Blanche, situé tout près d’un dancing appelé « Chez Temporel »..

http://www.paris-a-nu.fr/andre-hardellet-ecrivain-poete-eveilleur-populaire-bal-chez-temporel/

Mais revenons à « Under the volcano » : après la dernière page se situe un texte en espagnol qui dit :

»vous aimez ce jardin? Est il à vous ? Évitez que vos enfants ne le détruisent «

chez un écrivain aussi pétri de Kabbale que Malcolm Lowry , je soupçonne qu’il y a là une allusion à ce célèbre récit kabbalistique des quatre rabbins qui entrèrent dans le Pardes, dont l’un « ravagea les plantations » et « coupa les racines », ce qui est communément compris comme « devint athée » : les quatre rabbins sont en correspondance avec les quatre lettres du mot Pardes PRDS :

https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0710250810.html

»L’interprétation la plus courante est que Pardès (en Hébreu, Pardès signifie le jardin [d’Eden] et s’écrit PRDS, dont dérive le mot français “paradis”) est l’acrostiche des quatre niveaux d’interprétation de la Torah : pchat (sens simple, dont un verset ne se départit jamais), remez (sens allusif), drach (allégorie), sod (sens secret). »

 

http://rabbimeir.chez.com/LES%20QUATRE%20DU%20PARDES.htm

mais ce rabbin Elisha qui « ravagea les plantations «  et dont il est dit :

»Son père, Abouya, était l’un des plus riches propriétaires fonciers en Israel. Alors qu il étudiait la Tora dans la vallée de Guinossar, il vit un homme grimper à la cîme d’un palmier pour y attraper des oiseaux. La tora interdit de prendre ensemble la mère et les oisillons. Il faut d’abord renvoyer la mère : “Afin que tes jours se prolongent”. Il vit l’homme appliquer intégralement le commandement en renvoyant d’abord la mère. Mais en redescendant l’homme fut piqué par un serpent et mourut! Alors Elicha devint sceptique ou hérétique; on l’appela alors A’her, l’Autre.

Rabbi Meïr continua d’étudier auprès de Aher. En Eretz Israel on disait : Rabbi Meïr a mangé la datte et rejeté le noyau. Si un sage s’est avili, son enseignement ne perd pas de sa valeur. »

et qui correspond au niveau « Drach » d’interprétation de la Torah , n’est il pas le rabbin alcoolique dans la bande des quatre, comme Élia Kazan nous en montre un dans son film « L’arrangement « ?

Lowry , lui , est plutôt d’avis que c’est le niveau d’interprétation « Sod » ( sens secret ) , qui est associé à « Under the volcano » car un des sens du mot « Sod » est « ivresse « , tout comme un des sens du mot « Hesed » (  nom d’une Sephira, miséricorde, Amour , grâce ) serait : « inceste »

mais loin de moi l’idée de vouloir « couper les racines et ravager les plantations »

Qu’est ce qu’un alcoolique ? Un « trou dans l’être » , ce qui correspond au sens moderne , agnostique , de la croyance comme manque

l’alcoolique comme Elicha ne serait donc pas l’athée mais le croyant

http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/11-BF6Oldenho.pdf?phpMyAdmin=0k39wA0M-rYtTueZFUi-nHQMKb1

Voir page 2 pour la relation avec la temporalité  : c’est nous qui passons , pas le temps, d’où nous tombons, qui accouche de nous.

»Boire comme un trou » ; trou dans l’être , qu’est l’alcoolique, ce manque qui est le temps

»ayant bu l’ultime goutte de néant qui manque à la mer «   Igitur de Mallarmé :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Igitur

»

J’ai toujours vécu mon âme fixée sur l’horloge. Certes, j’ai tout fait pour que le temps qu’elle sonna restât présent dans la chambre, et devînt pour moi la pâture et la vie — j’ai épaissi les rideaux, et comme j’étais obligé pour ne pas douter de moi de m’asseoir en face de cette glace, j’ai recueilli précieusement les moindres atomes du temps dans des étoffes sans cesse épaissies. — L’horloge m’a fait souvent grand bien. »

toujours l’horloge, pas que chez Einstein .. j’y reviendrai.

« Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté.«  

à la mer .. à la mère.. moi aussi je peux faire mon intéressant..

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