Le jour des morts dans « Le bleu du ciel » de Georges Bataille

Comme dans « Au dessous du volcan » :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/01/le-jour-des-morts-dans-au-dessous-du-volcan/

le jour des morts, 1 ou 2 Novembre tient une place particulière dans « Le bleu du ciel » écrit en 1935 par Georges Bataille :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

« Le bleu du ciel » , roman où l’alcool comme dans « Au dessous du volcan » tient une grande place en tant que méthode de perdition volontaire donnant accès à ce que Bataille appelle le « ciel d’en bas » :

« Si l’on veut être moral, il vaut mieux éviter tout ce qui est vif, car choisir la vie au lieu de se contenter de rester en vie n’est que débauche et gaspillage. A son niveau le plus simple, Le Bleu du ciel inverse cette morale en décrivant un personnage qui se dépense jusqu’à toucher la mort à force de beuveries, de nuits blanches, et de coucheries. Cette dépense, volontaire et systématique, est une méthode qui transforme la perdition en connaissance et découvre le ciel d’en-bas….« 

Quelle est cette perdition qui se transforme en connaissance ? une sorte de mystique  ( Sartre avait diagnostiqué la présence d’un « nouveau mystique » chez Bataille) qui se trouve aussi chez Lowry :

»L’être nous est donné dans un dépassement intolérable de l’être, non moins intolérable que la mort. Et puisque, dans la mort, en même temps qu’il nous est donné, il nous est retiré, nous devons le chercher dans le sentiment de la mort, dans ces moments intolérables où il nous semble que nous mourons, parce que l’être en nous n’est plus là que par excès, quand la plénitude de l’horreur et celle de la joie coïncident. »

Le « ciel d’en bas «  est l’identité de l’érotisme , que Bataille caractérise  comme « nostalgie de la continuité perdue », et de la mort . Il est là découverte imagée que font les deux personnages Troppman le narrateur et sa maîtresse Dorothea (« Dirty ») lorsqu’ils font l’amour dans le cimetière de Trèves : une sorte de ciel dans la nuit illuminé par les « étoiles » que sont les bougies allumées au dessus des tombes « habitées «  par un squelette :

»Nous sommes tombés sur le sol meuble et je m’enfonçai dans son corps humide comme une charrue bien manœuvrée s’enfonce dans la terre. La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés …

A ce moment nous avons glissé sur le sol en pente.
Il y avait plus bas une partie de rocher en surplomb. Si je n’avais , d’un coup de pied, arrêté ce glissement, nous serions tombés dans la nuit; et j’aurais pu croire, émerveillé , que nous tombions dans le vide du ciel”

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