Luis Bunuel : « cet obscur objet du désir » 1977

à voir ici :

https://m.ok.ru/video/366913063611

le dernier film de Bunuel…

le désir est l’obscurité même, pour revenir sur  le récit poétique ( une nouvelle plutôt qu’un poème ) qui m’a le plus bouleversé, à ce point que je ai consacré un blog : « L’obscurité » de Philippe Jaccottet :

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/philippe-jaccottet-lobscurite/

il me semble que ce qui déclenche la chute tragique du Maître dans le désespoir, dans le récit de Jaccottet, c’est le souvenir d’une femme beaucoup plus jeune que lui qui n’avait pas accepté ses avances et s’était jouée de lui . Eros donc, le désir est l’origine de cette « crise » qui le jette dans l’obscurité , ces « ténèbres visibles », le contraire même de la lumière et de la translucidité intellectuelle qui est le « milieu » où naît le savoir absolu, c’est à dire  l’ esprit conscient de soi.

Dans le film de Bunuel, Conchita, la jeune danseuse espagnole qui berne le riche bourgeois français, Matthieu Faber ( joué cependant par Fernando Rey ) est jouée alternativement par deux actrices différentes, Carole Bouquet et Angela Molina, la seconde se montrant plus « agressive » sexuellement (elle danse nue notamment devant des touristes, ce qui provoque l’ire de Matthieu ) . L’irruption de Conchita dans la vie  de Matthieu coïncide avec une série d’attentats terroristes : si l’on a une lecture marxiste ou « gauchiste » de l’intrigue, c’est transparent : déclin du patriarcat « blanc »,  ce pantin, devant la rébellion de la femme  ,  qui refuse  de se laisser acheter et reléguer au rang d’objet obscur du désir, ce qui entraîne les symptômes du terrorisme qui annoncent la chute de l’ancienne société patriarcale et le début d’un nouveau cycle, baptisé dans la violence.

»Rien n’est vrai, rien n’est, hormis le mal de le savoir » :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/01/04/lobscurite-de-philippe-jaccottet-rien-nest-vrai-rien-nest-hormis-le-mal-de-le-savoir/

c’ est le constat amer et nihiliste du Maître déchu dans le livre de Jaccottet, et qui pourrait être aussi celui de Matthieu Faber à la fin du film de Bunuel. Tel est le lot de celui qui se laisse dominer par Eros.

l’antidote de ce poison, c’est « Amor Dei intellectualis », qui accomplit l’evangile :

»Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi. Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire. »

Une unique vérité qui se dit aussi :

 » en dehors de la présence d’unité dans une conscience qui sait n’etre radicalement extérieure à rien, rien n’est vrai, rien n’est «

c’est à dire qu’il faut considérer que l’expansion infinie de l’intelligence  est identique à l’absolu désintéressement de l’amour : c’est là l’Absolu , qui élève le sujet au dessus de l’obscurité et du fiel d’Eros. « Apercevoir  la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine«  : un seul et même problème , dont la solution permet sans doute aussi de voir en pleine lumière, sans ombre portée,  « l’obscur objet du désir »

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