On ne verse pas le vin nouveau dans de vieilles outres

https://saintebible.com/matthew/9-17.htm

« 16Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit; car elle emporterait une partie de l’habit, et la déchirure serait pire. 17On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent. »

Le vin nouveau, c’est la dialectique de l’Un, qu’il ne faut donc pas verser dans les vieilles outres de l’être, ce que Brunschvicg exprime à sa façon :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc#c23_s3

« l’affranchissement du préjugé ontologique a une exigence inéluctable : il interdit que la dialectique de l’Un se modèle sur cette métaphysique de l’Être, dont elle a dénoncé l’illusion. Cependant la confusion de la dialectique et de la métaphysique est constante chez les mystiques spéculatifs, qui, à la suite de Plotin, ont imaginé une essence de l’Un transcendante par rapport à la raison. »

»Dieu, dans le plan du réalisme physique, sera le Créateur ou tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique, il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils. Enfin, dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.

Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont-ils compatibles l’un avec l’autre ? Est-il permis de croire à la solidité d’un édifice de styles superposés, comme l’église Saint-Sulpice à Paris, où une métaphysique de type aristotélicien soutiendrait les formules du dogme au delà desquelles se produirait l’expérience mystique, l’union intime, dans l’anticipation de la gloire, avec Jésus et avec Dieu lui-même à travers Jésus ? »

Le « Dieu «  de la matière et celui de la vie se modèle sur la métaphysique aristotélicienne, de l’être . Mais « pour que Dieu soit en esprit et en vérité, il faut d’abord qu’il ne soit qu’en esprit et qu’en vérité. ».L’esprit ne répond que pour l’Esprit, pas pour ce qui est en dessous de lui, la matière et la vie.

Lorsque Jésus dit , dans le plus gnostique des évangiles reconnus par l’Eglise :

https://saintebible.com/john/10-30.htm

»Moi et le Père sommes un «

il devient scandale pour la vieille mentalité , celle des vieilles outres, des morts qu’il faut laisser enterrer les morts :

»31 alors les juifs prirent de nouveau des pierres pour le lapider «

jésus c’est l’Homme parfait, universel, et pour la mentalité de l’ancien monde, la déclaration plus haut est blasphématoire, façon d’égaler l’Homme à Dieu , aboutissement de la transposition de la dialectique de l’un en dialectique de l’être :  il y a là un problème philosophique, résolu par l’histoire de la philosophie :

«Mais l’histoire, telle que nous la connaissons aujourd’hui, permet d’en appeler, contre le réalisme des platoniciens, à la pure spiritualité de Platon. Ce qui s’oppose à l’entité de l’être, ce n’est pas l’être de l’un, c’est l’unité de l’un, vers laquelle s’oriente l’idéalité de la dialectique ascendante. Cette dialectique implique à chacun de ses degrés une présence sans laquelle deux marchands ne pourraient se mettre d’accord sur l’exactitude de leurs échanges, deux citoyens sur la réciprocité des rapports de justice, mais qu’on ne saurait hypostasier à titre d’essence séparée sous peine de se heurter au fantôme contradictoire du τρίτος νθρωπος. Voilà pourquoi l’Idée du Bien ne saurait se confondre avec le Démiurge, pas plus que le Verbe avec  le Fils. »

c’est à dire que le Dieu de l’esprit (l’Un, Idée du Bien au delà de l’être,  ou le Verbe, auquel le prologue de l’Évangile de Jean fait allusion ) ne saurait se confondre avec le Dieu de la matière , le Démiurge ( le « mauvais Dieu » des gnostiques ) ou de la vie , le Fils.

Qu’est ce qui se produit quand on verse le vin nouveau dans de vieilles outres, en transposant le Verbe-Raison intérieur  ,  la dialectique relationnelle du Mathème modèle de l’Un en Verbe-Langage  extérieur ? Il se produit la catastrophe de l’apparition de l’Islam et du Coran, écrit par des scribes nazaréens, « judéo-chrétiens » , admettant à la fois l’évangile et la Torah, mais ne retenant qu’une conception desséchée de Jésus comme Messie guerrier ayant pour mission de soumettre par la « guerre  sainte » tous les peuples à la loi du Dieu d’Israel qui désormais s’appellera Allah  ( et la loi mosaïque deviendra la shari’a ) . C’est à dire que le vin nouveau deviendra une piquette infâme.

mais comme le dit si bien Brunschvicg le spinoziste :

» »Les vivants sont toujours, et de plus en plus, dominés par les morts . » Mais il faut s’en convaincre par le Traité théologico-politique, l’interprétation la plus profonde qui ait jamais été proposée de l’Évangile en fait consister l’enseignement dans la rupture violente et décisive avec le Dieu de l’Ancien Testament, avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, qui est le Dieu des morts. La parole maîtresse du Nouveau Testament n’est-elle pas celle qui repousse radicalement tout préjugé du passé : Vous laisserez les morts enterrer les morts ?

361. Dans la mesure du moins où une telle parole n’a pas été prononcée en vain, le philosophe a le droit de relier l’Orient à l’Occident, l’héritage du Christ à l’héritage de Socrate, pour un même appel à la réflexion non conformiste. Le primat de la liberté signifie que la révolution religieuse, inaugurée par la lutte contre le pharisaïsme, n’est jamais terminée, pas plus que la révolution morale inaugurée par la lutte contre la sophistique. »

 en même temps que le christianisme devient une simple « confession »  au milieu des autres ( de nos jours on est « chrétien » selon l’état civil, comme on est juif ou musulman) le vin nouveau se répand et se perd, l’esprit de l’évangile qui est révolution radicale par rapport à la vieille mentalité pharisaïque est totalement perdu, mais à l’ère de l’Absolu et de la Création où nous sommes entrés depuis 1945  , il réapparaît :les « pharisiens » contemporains, ce sont les « scribes «  comme Badiou  qui ignorent le « vin nouveau «  qu’est la théorie des catégories et des topoi en le « versant » dans les vieilles outres de la théorie des ensembles. Le combat religieux  entre christianisme et pharisaïsme se transpose aux mathématiques , ( débat entre théorie des catégories et théorie des ensembles ) depuis le terrain philosophique ( opposition entre le spiritualisme pur de Platon , amené en Occident chrétien par Descartes, Malebranche et Spinoza, et l’aristotélisme thomiste )

l’identité de genre transparaît sous les différences spécifiques : c’est l’opposition entre dialectique de l’être et dialectique de l’un, vin ancien et vin nouveau.

 

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