Une dégradation continue : des débats philosophiques aux guerres religieuses puis « raciales »

Cet article récent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/15/on-ne-verse-pas-le-vin-nouveau-dans-de-vieilles-outres/

largement inspiré du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale » de Brunschvicg, met en évidence un progrès spirituel entre la vieille mentalité, pharisaïque, et le « vin nouveau » de l’esprit évangélique sensible dans l’évangile de Jean ou de Thomas. Mais si l’on verse le vin nouveau dans les vieilles outres, celles de la vieille mentalité pharisaïque, on obtient le Coran, écrit par des scribes nazaréens admettant à la fois la Torah et l’évangile , à travers le Protévangile de Matthieu, et l’islam, c’est à dire une résurgence de la vieille mentalité pharisaïque : c’est que la conception « chrétienne «  des « judéo-chrétiens «  nazaréens n’était pas le « vin nouveau » du « Dieu en esprit et en vérité » mais «  le Dieu auquel l’esprit se refuse : Dieu du mystère ou Dieu des armées «  . Jésus selon eux n’était pas «  le Fils de Dieu «  selon la conception propre aux «  religions de la vie » ,  au dessus  du « Dieu de la matière «  mais en dessous du « Dieu de l’esprit », mais le Messie guerrier ayant pour mission de prendre la tête de la « communauté des croyants » afin de soumettre toute l’humanité à la Loi de Dieu, celui qui s’appelait encore le Dieu d’Israel pour ces scribes nazaréens mais deviendra Allah . Et la communauté des croyants deviendrala oumma islamique , dont la Sourate 3 dit au verset 110 :

https://coran.oumma.com/sourate/3

« Vous êtes la meilleure communauté, qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux, il y en a qui ont la foi, mais la plupart d’entre eux sont des pervers.«

Les « gens du Livre » ce sont les juifs et les chrétiens : les juifs qui rejettent totalement l’évangile, les chrétiens qui admettent seulement l’évangile et l’ancien testament.

Récapitulons  : au Commencement était le Verbe  ( ce que j’appelle dans ce blog les Idées ) puis la philosophie et le débat intra-philosophique entre l’idéalisme rationnel platonicien , se proposant de rétablir le contact de l’humanité avec le monde des Idées, le Verbe, et le réalisme aristotélicien qui informera le thomisme plus de 15 siècles après, avant que Descartes ne rétablisse la pure spiritualité platonicienne.  Mais entre temps seront apparues deux autres religions «  abrahamiques » , en guerre perpétuelle l’une contre l’autre :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

« Mr Brunschvicg s’exprime ainsi :” Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.
Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont ils compatibles l’un avec l’autre?
Hélas non! Et comme autrefois les dieux des hordes primitives, ces trois Dieux se heurtent dans les sociétés humaines.
Pour que Dieu soit en Esprit et en Vérité, continue Mr Brunschvicg, il faut d’abord qu’il ne soit qu’en Esprit et en vérité. Croire ou vérifier, l’alternative est inéluctable

C’est à dire que la mentalité pharisaïque primitive , celle de la Torah ou du Coran, celle qui préfère croire à vérifier. se situe dans le plan du réalisme physique et opte pour le « Dieu de la matière « ; celle des fidèles de l’évangile se situe dans le plan du réalisme biologique et du « Dieu de la vie «  : Père sans père engendrant éternellement le Fils sans fils. Mais au dessus se place le Dieu de l’Esprit, Dieu des philosophes et des savants, Dieu de l’homo sapiens , alors que le Dieu de la matière ou de la vie peut être appelé « Dieu de l’homo faber »:

«…si les religions sont nées de l’homme, c’est à chaque instant qu’il lui faut échanger le Dieu de l’homo faber, le Dieu forgé par l’intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l’homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d’aimer, qui menace d’en restreindre l’espérance et d’en limiter l’horizon.

 

Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l’égoïsme inhérent à l’instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d’humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu’à enrichir le trésor commun ! »

L’opposition purement philosophique entre idéalisme rationnel et réalisme astro-biologique précède et  commande les oppositions religieuses apparue bien plus tard, avec le christianisme puis l’islam:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

« Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysiquearistotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la  terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός. Ce problème, s’il devait prendre dans le christianisme une forme de plus en plus aiguë, ne relève à son origine que de la seule philosophie »

Donc, pour résumer, l’esprit humain descend d’un premier degré : de la philosophie aux religions. En Inde ,  y correspond la dégradation de l’idéalisme vedantique en réalisme des dieux et déesses des religions populaires et mythologiques.

Mais il y avait encore un degré à descendre hélas : des religions aux peuples gouvernés selon ces religions, puis aux « races » , aux 19 emes et 20eme siècle, avec les écrits de Gobineau,  Chamberlain (« la Genèse du 19eme siècle ) :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Livre:Chamberlain_-_La_Genèse_du_XIXe_siècle,_tome_1.djvu

puis « Le mythe du 20eme siècle «  d’Alfred Rosenberg, le ministre du Reich, qui débouche directement sur la seconde guerre mondiale et la Shoah.

les peuples qui vivent dans l’espace dit « occidental » sont chrétiens : s’y ajoutent les juifs , qui ont fui la Judée détruite par Rome, et ont toujours refusé de se convertir au christianisme, ce qui a provoqué le bien réel antisémitisme, déjà chez Luther, aux sources du protestantisme germanique, et  plus tard chez Hitler.

Les peuples qui se situent dans l’espace conquis par l’islam,  en Asie y compris en Inde, et en Europe, sont musulmans.

ce qu’on appelle les « confessions religieuses «  se transmettent des parents aux enfants , selon ce qu’on pourrait appeler une « projection » de ce qui est spirituel « du ciel en terre » , du plan  internel de l’Esprit  sur le plan  vital des générations et de l’Histoire

Pourquoi le racisme est il condamnable ? Les « antiracistes » auto-proclamés seraient bien en peine de répondre à cette question : c’est parce que la notion de « peuples » et de « races » résulte de ce que j’appelle une « déchéance ontologique «  depuis le plan spirituel de l’Idée jusqu’au plan vital de l’histoire, ce cauchemar dont Joyce voulait s’éveiller.

mais allons jusqu’à notre époque , juste  après le nazisme : les juifs, après la catastrophe de la Shoah , deviennent conscients de la haine dirigée contre eux, Israël est créé en 1948 ( theodor Herzl, fondateur du sionisme, en avait eu l’idée à l’occasion de l’affaire Dreyfus. La haine antisémite en terre d’islam en prend prétexte, mais cette haine, qui remonte comme la christianophobie aux sources nazaréennes du Coran , existerait même si Israel n’avait jamais été créé. Le fait que les nazaréens étaient des juifs, qui avaient fui Jérusalem en 130 pour errer en Syrie et y recruter des soldats arabes, les futurs musulmans, resta ignoré. L’antisémitisme européen était et reste bien réel : par contre la prétendue « islamophobie «  qui existerait en Europe n’est qu’une invention  machinée par des trotskystes comme le ténébreux Edwy Plenel :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/10/20/faux-idealisme-le-cas-dedwy-plenel-et-de-lislamogauchisme/

Mais à côté du plus grand danger croît la plante qui sauve  : l’opposition purement philosophique entre l’idéalisme platonicien et le réalisme aristotélicien  , qui était à l’origine des guerres religieuses incessantes qui ont ensanglanté le monde et continuent de le faire :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/25/mais-comment-sappellent-ces-trois-dieux-en-guerre-permanente/

cette opposition rejaillit sur le terrain mathématique , entre les « vieilles outres «  de l’ontologie théorie des ensembles et la théorie des catégories et des topoi. Alain Badiou reste enlisé dans l’ancienne mentalité ensembliste- ontologique:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/10/topostheory-le-peche-originel-dalain-badiou/

Le philosophe mathématicien Antti Veilahti démontre dans un article remarquable :

https://arxiv.org/pdf/1301.1203.pdf

que Badiou n’a qu’une vue partielle de la théorie des topoi, celle qui est compatible avec son idéologie ensembliste qui refuse la théorie des catégories.

va t’on accuser Antti Veilahti de « badiophobie «  ? Peut être car « les cons ça ose tout » : mais si le ridicule ne tue plus et n’est donc plus un crime , il continue à tuer médiatiquement . Si quelqu’un veut contester l’article de Veilahti, qu’il apporte des démonstrations.

Le grand bienfait des mathématiques, c’est d’éviter les guerres et autres fusillades terroristes : que le débat quitte le terrain des « croyances «  pour celui , philosophique ou mathématique , des démonstrations et vérifications, c’est une excellente nouvelle ! Car « le vrai c’est ce qui est vérifié » et donc ce qu’il est impossible de vérifier, comme le Coran, n’est pas vrai, et donc, si je ne me trompe, et si Dieu le veut… FAUX !

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