Le christianisme de Malebranche

https://journals.openedition.org/theoremes/849

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/27/la-science-nest-pas-la-technique-la-science-sans-conscience-qui-nest-que-ruine-de-lame-cest-la-technoscience

Il ne fait aucun doute pour moi que le « Dieu » de Malebranche, prêtre de l’Oratoire, est bien plus que « l’ Étendue Intelligible «, « lieu des Idées en Dieu »   à laquelle on lui reproche souvent de l’identifier.

Seul petit problème : je ne suis pas (très) catholique.

Admettons que  jusqu’ici j’ai procédé à cette restriction , sorte de lecture minimaliste de Malebranche.

Qu’est ce que c’est que l’Etendue Intelligible ? C’est la version « rationnelle » de Dieu, accessible à tous en principe par ce que Malebranche appelle «  Raison universelle des esprits « , et qu’il identifie au Christ. Ce qui est une façon de comprendre l’Evangile lorsqu’il dit : « Je suis la Voie » , « on ne va au Père que par moi » :

« Voir » les Idées en l’Etendue Intelligible , qui est elle même une Idée, que je comprends comme Idée de l’Un , par laquelle toutes les Idées sont Une, c’est « comprendre « absolument   la « nature » de Dieu. L’Etendue Intelligible est une Idée, son mathème est donc une

∞-catégorie

ce que j’exprime en disant que l’Idée d’Etendue Intelligible est structurée comme une ∞-catégorie , ce qui est un abus de langage, de tels abus sont fréquents en mathématiques, par exemple lorsqu’on identifie des objets isomorphes, pratique fréquente codifiée par l’axiome d’univalence de Voevodsky :

Click to access marseille.pdf

Click to access 1085.pdf

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fondements_univalents

 

 

Click to access bourbaki.pdf

 

Tout cela n’est rien moins que le passage de la théorie des ensembles à #HoTT pour fonder les mathématiques, c’est à dire dans la terminologie de ce blog le passage de l’ontologie à l’hénologie, le passage du relatif du monde à l’Absolu du plan internel . Ce que j’exprime en disant qu’on peut raisonner sur l’Etendue Intelligible comme si elle était une ∞-catégorie, dont les objets ou 0-morphismes sont les Idées, les 1-morphismes entre les objets sont les vérités Absolues etc…

l’athéisme cela consiste à nier qu’il y ait des vérités absolues : en procédant à ce passage et en affirmant qu’on a le droit de « raisonner » mathématiquement  sur l’Etendue Intelligible comme si elle était une ∞-catégorie, je passe de l’athéisme au gnosticisme, c’est à dire à la possibilité de connaissances Absolues. Raymond Abellio, polytechnicien passé du socialisme  Eugène Deloncle puis à la Kabbale et à la « structure absolue » , se décrivait comme « gnostique » en face de l’agnosticisme athée à la Sartre.

c’est ici le point difficile, celui qui pose problème  : l’Absolu c’est l’Etendue Intelligible, qui est donc comprise comme une « structure absolue » et l’opération qui consiste à passer de cette structure absolue à son mathème appelé ici le Mathème , (∞,1)Cat ou une sous-∞ catégorie, est de nature fonctorielle :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/09/11/du-concept-au-matheme/

c’est à dire que :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/27/la-science-nest-pas-la-technique-la-science-sans-conscience-qui-nest-que-ruine-de-lame-cest-la-technoscience/

«Dieu, l’Etendue intelligible est structurée comme un  :

∞-cosmos

parce que son mathème est un ∞-cosmos, dont les objets sont les mathèmes, qui sont des ∞-catégories

et que l’opération qui associe Dieu à son mathème est un ∞-foncteur »

Si je disais ça à une conférence scientifique je déclencherais l’hilarité générale ! Seulement je suis à la retraite désormais, je n’ai plus besoin de plaire pour pouvoir manger, me loger, rester propre, moralement et physiquement

L’apparition de la théorie des catégories en 1945, venant remplacer la théorie des ensembles qui est (le versant mathématique de ) l’ontologie, est considérée ici comme inaugurant l’ère de l’Absolu annoncée par Wronski un siècle plus tôt :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/07/26/sarrazin-de-montferrier-les-cinq-periodes-du-developpement-des-mathematiques-orient-grece-europe-jusqua-wallis-europe-apres-newton-et-leibnitz-acces-a-labsolu-de-wronski/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/03/ce-sont-les-mathematiques-de-mclane-lawvere-et-grothendieck-apres-1945-qui-donnent-raison-a-wronski-un-siecle-plus-tot/

« il est facile de reconnaître , en examinant ce développement des sciences mathématiques sous un point de vue Absolu, c’est à dire selon la vérité inconditionnelle des principes, que jusqu’aux travaux de Wronski il en était resté à des principes purement relatifs. En effet,  la diversité des modes de la génération des quantités par les instruments que nous venons d’évoquer et là variété indéfinie des propositions mathématiques qui sont tout à fait hétérogènes et ne sauraient se déduire les unes des autres, accusent l’absence d’un principe absolu  de la science.«

L’Absolu c’est l’Etendue intelligible , qui est (en) Dieu, qui n’est pas mathématique mais en correspondance fonctorielle avec la structure absolue du Mathème , qui est un :

∞-cosmos

Tel est le Rubicon de ce blog. Alea jacta est.

Si j’ai tort de franchir ce Rubicon, adieu veaux, vaches, cochons, couvées : la « science Internelle » n’est rien d’Absolu, juste une branlette mathématique pour petits vieux névrosés.

Mais Dieu est certainement chez le très chrétien  Malebranche bien au delà de l’Etendue Intelligible. Est ce que je dois le dire aussi ? Si oui, je dis quelque chose que je ne comprends pas, parce que toute intelligibilité se limite à l’Etendue Intelligible. Je dis donc quelque chose que je ne peux pas dire, selon l’aphorisme de Wittgenstein qui clôt le Tractatus logico-philosophicus :

» ce que l’on ne peut pas dire, il faut le taire »

Ce qu’il faut signaler ici, c’est que chez Malebranche l’union à Dieu n’est pas purement intellectuelle, aspect sur lequel j’ai trop insisté ici : affaiblir l’union avec le corps , par le jeûne et l’abstinence , renforce l’union à Dieu et donc la « vision des Idées » de manière non intellectuelle.

https://fr.m.wikisource.org/wiki/De_la_recherche_de_la_vérité/Préface

« L’esprit devient plus pur, plus lumineux, plus fort et plus étendu à proportion que s’augmente l’union qu’il a avec Dieu, parce que c’est elle qui fait toute sa perfection. Au contraire, il se corrompt, il s’aveugle, il s’affaiblit et il se resserre à mesure que l’union qu’il a avec son corps s’augmente et se fortifie, parce que cette union fait aussi toute son imperfection. Ainsi un homme qui juge de toutes choses par ses sens, qui suit en toutes choses les mouvements de ses passions, qui n’aperçoit que ce qu’il sent, et qui n’aime que ce qui le flatte, est dans la plus misérable disposition d’esprit où il puisse être ; dans cet état il est infiniment éloigné de la vérité et de son bien. Mais lorsqu’on homme ne juge des choses que par les idées pures de l’esprit, qu’il évite avec soin le bruit confus des créatures, et que rentrant en lui-même il écoute son souverain maître dans le silence de ses sens et de ses passions, il est impossible qu’il tombe dans l’erreur«

 

 

 

This entry was posted in Descartes, Malebranche, Philosophie. Bookmark the permalink.