#CochetBrunschvicg Un Transcendant (YHWH ou Allah) et Un immanent

Le thème véritable de « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg », livre de Marie Anne Cochet publié  en 1937 auquel est consacré ce hashtag #CochetBrunschvicg, est sans doute l’opposition entre dialectique de l’un et dialectique de l’être :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/19/dialectique-de-lun-et-dialectique-de-letre-la-fin-du-progres-de-la-conscience-dans-la-philosophie-occidentale-de-leon-brunschvicg/

qui est décrite aussi dans le dernier chapitre, « L’immanence de la réflexion » du livre de Brunschvicg : « Le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale «

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/progres_conscience_t2.html

Cette dualité est aussi expliquée dans une citation de Brunschvicg, que j’ai souvent répétée ici, car elle est illuminatrice , extraite du dernier livre de Brunschvicg, terminé en Novembre 1943, deux mois avant sa mort : « Héritage de mots, héritage  d’idées «

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

«Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Brunschvicg oppose l’unité de l’Un à l’être de l’Un, qui mènerait à la catastrophe de l’Un séparé , l’un étant.

Badiou, lui, analyse dans « L’être et l’évenement 1 » les « tourniquets » du «Parménide » de Platon, qui « nous exposent à la volupté de ne jamais pouvoir conclure «  (volupté ou torture)  et donne la conclusion libératrice : l’Un n’est pas.

Un mathème de l’Un c’est la catégorie Cat de toutes les catégories :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

L’un qui est aurait comme mathème l’ensemble de tous les ensembles, mais un  tel ensemble  est proscrittt par le paradoxe de Russell.

Par contre la catégorie Set de tous les ensembles existe, c’est le mathème de l’Idée d’être :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/22/premiere-pierre-pour-une-nouvelle-science-internelle-mathesis-universalis-lidee-de-lun/

« L’un n’est pas transcendant, mais exprimé adéquatement par l’immanence; c’est par elle qu’il est inséparable du réel, contenu en chacun de ses termes et les contenant tous, connus et inconnus.  Un terme transcendant ne peut se poser que par un acte de foi, notion qui exclut celle de vérité, acte de présentification en dehors duquel rien n’existe. Un acte qui n’est jamais épuisé, car il manifeste le pouvoir unificateur de l’esprit qui ordonne un multiple inépuisable aussi .

Au contraire de la transcendance, l’immanence est vérifiée sitôt connue, car elle est l’acte même de présentification. C’est pourquoi le problème philosophique ne peut consister en la demande infantile du « pourquoi », puisque la réponse, forcément chronologique, dépend du jugement d’antériorité et ne le crée pas. Causalité et finalité, lorsqu’elles sont indûment transposées d’un problème limité dans le temps et l’espace à un problème de connaissance, n’ont d’autre réponse possible que celle de l’imagination mythique. Mais le problème philosophique répond au « comment » et possède l’infinie densité du mouvement spirituel qui crée le passé comme le futur et les contient en lui et ne peut en être dépendant sous la forme de la causalité ou de la finalité. Le refus de finalité n’est pas accepté par l’être: l’élan vital, étant élan, commence et finit nécessairement. Mais l’un, immanence même, ne connaît ni commencement, ni fin, étant l’acte du présent éternel. La conscience intellectuelle se développe par la transformation des jugements sensibles, automatisés dans l’être corporel, en jugements réfléchis, dirigés par l’intelligence en vertu de son pouvoir unifiant” .

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/29/cochetbrunschvicg-24-scienceinternelle-ni-monisme-ni-dualisme/

« Le jugement humain n’est jamais que la courte halte sur la route qui mène à un jugement plus vrai, car la vérité n’est jamais épuisée, car elle manifeste le pouvoir unificateur de l’esprit qui ordonne un multiple, inépuisable aussi. Esprit-vérité. Le rythme qui relie l’un à l’autre est le double battement d’un seul mouvement, pulsation de vie spirituelle comme le battement du cœur est la pulsation vitale du corps. »

« Cette notion de vérité , acte de présentification en dehors duquel rien n’existe, ne doit pas rester confuse. Malgré le dédoublement qui résulte du passage du présent éternel au présent chronologique essentiellement fuyant, il ne s’agit pas d’un dualisme, car rien n’est séparé dans l’acte spirituel. Il ne s’agit pas non plus d’un monisme, la notion d’un tout accomplissant justement cet arrêt, qui trahit l’acte de l’esprit. Il s’agit d’une propagation de ce pouvoir unitif qui exprime seul le pouvoir d’actualisation, qui soutient le monde des corps et celui de la pensée. Il ne faut pas confondre ce pouvoir du lien, par lequel l’intelligence saisit les choses dans son double mouvement, d’abord en les attachant par une succession chronologique, ensuite en les intégrant toutes dans chacune de leurs articulations séparées , avec une procession de l’un vers le multiple et un retour du multiple vers l’un, selon le mode plotinien. Ceci pour deux raisons :
1 toute procession est chronologique et n’exprime que le terme médiat de l’esprit, son expression diminuée

2 l’un n’est pas transcendant, mais exprimé adéquatement par l’immanence ; c’est par elle qu’il est inséparable du réel, contenu en chacun de ses termes et les contenant tous, connus et inconnus. En vertu de la conception de la vérité telle que nous l’avons exposée et de la connaissance intégrale qui en résulte, la transcendance est ici absolument écartée. Car une Transcendance ne peut se poser que par un jugement ou une croyance affirmative. Mais un jugement de Transcendance seraittranscendant lui même à la chose jugée, qui dépendrait de lui . Et une affirmation la rendrait dépendante d’une croyance, sans vérification possible . La notion de foi exclut celle de vérité ; car une notion connue vraie n’est plus objet de foi et d’une notion mystérieuse, on ne peut savoir si elle est vraie ou fausse. C’est pourquoi les croyants ne peuvent affirmer leur foi que par le martyre, qui d’ailleurs ne prouve aucune vérité. C’est pourquoi Galilée n’avait pas besoin de mourir pour que sa science soit vraie.
L’immanence au contraire est vérifiée sitôt connue, puisqu’elle est l’acte même de présentification «

Pour récapituler : le dualisme ce serait que la dualité entre monde et Esprit , entre plan vital et plan de l’Idée, soit irréconciliable . Cela revient à nier le pouvoir unificateur et ordonnateur de l’esprit , dans son activité libre et son résultat le plus récent et le plus élevé : la science. Cela revient à l’athéisme et au désespoir contemporain, par désorientation de la pensée. Entendons nous : l’athéisme dont je parle ne consiste pas à nier l’existence du Dieu , ou des dieux, des religions existantes ou ayant existé . Cela consiste à nier la capacité de l’intelligence à comprendre et ordonner le monde, à nier la capacité d’unification de l’esprit.

Mais on ne peut unifier que le multiple . Le monisme ce serait de décréter que « Tout est Un «  ( « Εν το Παν« ) sans que l’Esprit ait à intervenir dans son libre jeu. Ou bien de décréter que le travail spirituel d’unification s’arrête en un Tout, que la succession chronologique stoppe en un point:

Ni l’un ni l’autre n’est vrai. L’Un est immanence radicale à l’esprit humain , qui est unification , pouvoir d’ordonner le multiple. Le multiple c’est le monde, le plan vital , qui est fini (l’Infini, c’est Dieu, c’est l’esprit) mais inépuisable, ce qui veut dire que l’activité spirituelle ne s’arrête jamais : il y a toujours du multiple à unifier . Que le monde soit fini signifie qu’il ne peut pas contenter l’esprit de l’homme:

Fini mais inépuisable.

 

« La réalisation de l’un séparé est aussi exclue que celle du transcendant , dont elle est l’expression . Seule la participation à l’unité en acte est requise, justifiée par l’inévitable et nécessaire présence de ce qui pense et de ce qui est pensé, par leur dépendance mutuelle, sans que jamais pensée pensante et pensée pensée puissent absorber en elles l’acte unifiant qui les crée précisément par les limites provisoires de la relation qu’il établit entre elles, dépendantes de lui. Subjectivité et objectivité sont ainsi univoques et réciproques, dépendantes de leur rapport spirituel, éternellement présent »

Ici, dans ce passage de quelques lignes ci dessus, se situent les quelques mots de « participation à l’unité en acte » qui évoquent pour moi un article du mathématicien David Ellerman :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/21/la-theorie-des-categories-est-theorie-des-universaux-concrets-celle-des-ensembles-theorie-des-universaux-abstraits-un-papier-de-david-ellerman/

article d’Ellerman qui démontre que  la théorie des catégories est celle  des universaux concrets , alors que la théorie des ensembles est celle des universaux abstraits

http://www.ellerman.org/Davids-Stuff/Maths/Conc-Univ.pdf

Il y a seulement deux sortes d’universaux : concrets et abstraits. Définitions plus loin. Un universel est associé à une propriété F.

On a en outre une relation de participation μ :
L’objet x participe à l’universel uF est noté : x μ uF

La condition d’universalité que doit satisfaire uF pour être un universel associé à la propriété F est :

Pour tout x , x μ uF Si et seulement si (équivaut à ) F(x) ( x à la propriété F)

Propriété d’unicité à une équivalence près : un universel représentant la propriété F doit être unique à une équivalence près, c’est à dire que si uF et vF sont deux universaux pour une même propriété F, ils doivent être reliés par une relation d’équivalence :

uF ≈ vF

Une théorie mathématique est une théorie des universaux si elle possède une relation de participation μ et une relation d’équivalence ≈ et que certaines propriétés se voit associer des universaux respectant les conditions d’universalité et d’unicité expliquées ci dessus.
Un universel uF est dit concret s’il participe à lui même :

uF μ uF

universel abstrait dans le cas contraire.

L’universel abstrait ensembliste associé à une propriété F est l’ensemble des objets x ayant cette propriété . La relation de participation est la relation d’appartenance ⋳ de la théorie des ensembles.

Page 9 Ellerman aborde la théorie des catégories comme théorie des universaux concrets. La relation de participation μ est la relation de factorisation unique : x participe à u s’il existe un unique morphisme f :

f : x → u

ce qui se lit : x se factorise de manière unique à travers u .
La relation d’équivalence utilisée dans la condition d’unicité est un isomorphisme ( qui en théorie des catégories est un morphisme inversible) : deux universaux pour une même propriété F doivent être isomorphes c’est à dire reliés par un couple de flèches constitué par un morphisme et son inverse. En théorie des catégories tout objet possède de par les axiomes un morphisme identité donc tout universel u est auto-prédicatif de par ce morphisme identité qui lui est associé:

1u : u → u

Tout universel se factorise de manière unique par lui même, par ce morphisme identité. La théorie des catégories est la théorie des universaux concrets, un universel concret étant uncas exemplifiant parfaitement une propriété. Ainsi la pièce « Roméo et Juliette » de Shakespeare exemplifie les « tragédies romantiques » .

La différence entre les deux théories et leurs universaux est caractérisée en haut de la page 10 : la théorie des ensembles  postule l’existence d’une entité plus abstraite que celle des éléments qui ont une propriété : ce sera l’ensemble de tous ces éléments, qui jouera le rôle d’universel abstrait. En théorie des catégories rien de tel, l’universel concret ne peut être postulé ni construit, mais doit être cherché parmi les éléments qui ont la propriété, car il est l’un d’entre eux, et n’est pas plus abstrait qu’eux.

Revenons sur la « participation à l’unité en acte » dont parle Marie Anne Cochet. Le Mathème de l’unité, de l’Idée d’un c’est la catégorie Cat ayant pour objets les catégories :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

Comme vu plus haut, la relation de participation c’est un morphisme dans Cat : x participe à u s’il existe un morphisme entre x et u en tant que catégories, c’est à dire objets de Cat :

x ————> u

Tout Universel conçu comme objet de Cat participe à lui même, c’est à dire est concret , à cause de l’existence du morphisme-identité pour tout objet de Cat :

Id (u) : u —————-> u

« Le mouvement de l’esprit s’exerçant à l’occasion d’un choc, d’une résistance , telle est l’unique matière qui sollicite l’ action de la connaissance intégrale :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/13/cochetbrunschvicg-objet-et-objectivite-raison-et-rationalite/

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/2012/09/27/le-principe-dimmanence-et-la-philosophie-comme-connaissance-integrale/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/25/cochetbrunschvicg-la-scienceinternelle-comme-connaissance-integrale-gnosis/

« ce qui fait qu’en raison directe du développement des sciences, la philosophie, bien loin d’être remplacée par elles, y trouve le champ privilégiée de sa réflexion, que ne peut atteindre aucune science particulière «

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/08/cochetbrunschvicg-letude-chronologique-dune-philosophie-et-le-present-internel-de-la-reflexion/

 

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