#CochetBrunschvicg : le jeu des perles de verre: une « représentation » de « l’inépuisable aujourd’hui » de la connaissance ?

L’article d’hier :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/11/le-jeu-des-perles-de-verre-le-site-glass-bead-the-game-of-means-and-ends/

faisait référence à l’autre article, qui le précédait, consacré au « pouvoir d’actualisation » décrit par Marie Anne Cochet dans son livre « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg » , pouvoir actualisant de la réflexion ouvrant sur la « connaissance intégrale » qui est la visée de la philosophie, science des idées, en quoi elle s’oppose aux sciences particulières qui ont un objet extérieur à elles-mêmes , est fondée sur le pouvoir actualisant de la Réflexion, et n’est pas « plus attachée au sujet qu’elle n’est dépendante de l’objet. Mouvement libre de l’esprit, qui crée son champ d’expérience par son acte même, elle réside en l’intervalle qui unit l’objet au sujet, et s’exerce entre les deux termes, auxquels elle confère la réalité intellectuelle. Ce mouvement spirituel s’établit, pour la conscience qui le conçoit, par la position du présent éternel de la réflexion, seule opération spirituelle que nous connaissions, qui nous permet de contempler, mesurer, comparer et déterminer l’incessante relation qui lie le terme connaissant au terme connu, et revient du terme connu au terme connaissant, intégrant ses démarches successives dans l’acte unique de la connaissance »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/11/cochetbrunschvicg-lintegration-des-moments-du-vecu-chronologique-dans-le-present-eternel-de-la-reflexion/

« Aucune limite n’est pensable à ce pouvoir d’actualisation, sans lequel ne subsiste ni passé ni futur, mais une instantanéité insaisissable et insituable. Toute connaissance s’exerce ainsi dans un inépuisable aujourd’hui. En lui s’insèrent tous les temps, s’évoquent tous les espaces.« 

Au fond , n’est ce pas là la « porte étroite » dont parle l’évangile, opposée à la voie large de la perdition ?

https://saintebible.com/matthew/7-13.htm

«13Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. 14Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »

Marie Anne Cochet parle aussi à ce propos de « monde spirituel »

»ce jugement du présent éternel ressemble à un miroir profond où d’innombrable images naissent et se pénètrent mutuellement sans s’effacer jamais, mais en se modifiant les unes les autres par des valeurs nouvelles. Ainsi réfléchi, conservé , transformé , le mirage fluent des sens et des vies s’instaure en un monde spirituel, s’ordonne et s’unifie. Les intelligences s’y succèdent, se développant en lui et le développant à leur tour. C’est dans ce monde spirituel que nous trouvons le spectacle offert à notre réflexion. L’acte réflexif ne souffre pas d’altérations, le présent éternel ne se subdivise pas. Il est présent unitivement dans son activité . Mais les images sur lesquelles il s’exerce attendent d’un jugement toujours en progression leur cohérence, dans un ordre plus pur, plus précis et plus souple à la fois. Et ce qui s’offre à la réflexion de notre conscience, ce sont les jugements par lesquels se sont instaurés les pays humains, où sont inscrites les lois et les volontés de l’esprit, où retentissent ses appels »

C’est là la grande leçon de la Relativité : le temps vital celui  décrit par Macbeth dans son monologue :

https://fr.m.wikisource.org/wiki/Page:Shakespeare_-_Œuvres_complètes,_traduction_Hugo,_Pagnerre,_1866,_tome_3.djvu/170

»Demain, puis demain, puis demain — glisse à petits pas de jour en jour — jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps : — et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous — le chemin de la mort poudreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau ! — La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien — qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène — et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire — dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, — et qui ne signifie rien… »

est une illusion, ce qui est réel c’est l’actualisation du Présent éternel de la réflexion, qui n’est pas un moment  figé ni immobile, un moment du vécu , mais « un jugement toujours en progression, l’intégration des moments vécus dans un ordre plus pur, plus précis et plus souple à la fois.«

Ce jugement sans cesse actualisé ne pourrait il être « représenté «  sur une sorte  d’échiquier , exactement comme une partie d’échecs « représente  » un « jeu de l’esprit avec lui même « ? Ce serait là le « jeu des perles de verre » imaginé par Herman Hesse :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Jeu_des_perles_de_verre

un jeu « réalisant  à ses débuts la synthèse pythagoricienne de la musique et des mathématiques puis par la suite de toutes les connaissances humaines, son formalisme abstrait étant capable de saisir  tous les champs de la pensée et de la culture. »

un jeu bien différent des échecs ou du jeu de Go et des jeux de stratégie, qui représentent la guerre :

»Le Jeu va ainsi bien plus loin que les jeux de stratégie. Ses règles formelles ne sont pas précisées, mais de longs passages permettent de se faire une idée des qualités requises de la part des joueurs et de saisir l’importance de l’esthétique et de la spiritualité. »

Son caractère mathématique ne viendrait il pas de cette nature « représentative du « monde spirituel », donc de l’aventure humaine globale, exactement de la même façon dont les mathèmes « modélisent «  les Idées ?

le cadre formel du jeu, analogue à l’échiquier pour les échecs, serait une ∞-catégorie, de même que l’∞-catégorie (∞,1)Cat est le mathème de l’Idée de l’Un :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

Ce pourrait être l’∞-catégorie « Spaces » qui est l’exemple paradigmatique d’∞-topos, analogue du topos Set pour les catégories ordinaires :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/03/01/highertopostheory-11-lanalogue-du-1-topos-set-pour-la-theorie-des-∞-categories-l-∞-categorie-spaces/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/11/scienceinternelle-l∞-topos-s-spaces-joue-dans-le-domaine-des-∞-categories-le-role-du-1-topos-set-dans-le-domaine-des-categories/

Ainsi s’expliquerait le fait que dans le roman de Hesse :

»Le Jeu des perles de verre a commencé comme divertissement de musicologues, avant de séduire les mathématiciens. »

Ainsi s’expliquerait aussi la description de Marie Anne Cochet :

»Aucune limite n’est pensable à ce pouvoir d’actualisation, sans lequel ne subsiste ni passé ni futur, mais une instantanéité insaisissable et insituable. Toute connaissance s’exerce ainsi dans un inépuisable aujourd’hui. En lui s’insèrent tous les temps, s’évoquent tous les espaces. »

Ces espaces-temps qui s’insèrent dans le « jugement de l’éternel présent «  seraient en quelque sorte les « cases » du jeu, analogues aux cases d’un échiquier , puisque le jeu « représente  » l’actualisation incessante de la « connaissance intégrale »..

Si cette représentation est l’∞-catégorie « Spaces «  , ces « cases » seraient les objets (ou 0-morphismes )  de cette ∞-catégorie

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