L’initiation vise « l’entrée par la porte étroite », c’est à dire une nouvelle compréhension du Temps

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Parabole_de_la_porte_étroite

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte, en disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes. »

Cette « porte étroite » est l’instant, centre de La Croix qui est »croisée du Temps et de l’éternité » ; l’éternité étant l’axe vertical de La Croix, symbole universel qui ne se limite pas à être l ´instrument do torture où un « Dieu » est cloué, ce qui est une compréhension mondaine de ce symbole sublime caractérisant la version officielle du christianisme.

Cette « porte étroite » qui est l’instant et mène à la vie de l’Esprit, qui est le « royaume des Cieux « , s’oppose à la « voie large » empruntée par beaucoup , qui mène à la perdition, c’est à dire à ne pas entrer dans le Royaume et à rester dehors, dans le monde de l’extériorité , du temps chronologique et de la mort, « là où il y a des grincements de dents » :

https://saintebible.com/matthew/7-13.htm

«Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. 14Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »

Ce chemin spacieux est évidemment la compréhension ordinaire du Temps comme « sable qui nous coule entre les doigts », alors que le « Royaume des cieux » est le Présent éternel de la vie de l’esprit, « inépuisable aujourd’hui de la Connaissance «  :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/01/01/le-salut-cest-lelevation-de-la-conscience-a-leternite-cest-a-dire-a-limmanence-radicale-qui-est-le-pouvoir-dactualisation-de-la-reflexion-ou/

Ceci signifie qu’une véritable métaphysique de la connaissance doit être préférée à la métaphysique de l’être, à l’ontologie, qui a régné en Occident jusqu’à ce que Descartes restaure la spiritualité pure de Platon, supplantant le thomisme et l’âge de la scolastique fondée sur Aristote  : tel est le sens du changement de paradigme accompagnant l’émergence de la science discerné par Thomas Kuhn au 17ème siècle. Léon Brunschvicg est encore plus clair  en parlant de « révolution religieuse » encore plus qu’épistémologique :

« Le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles est défini avec précision par les termes du Mémorial du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires.

 

….si l’univers, inorganique ou organique, existe en tant que tel, c’est grâce à l’activité une et indivisible d’une pensée qui, par la combinaison du calcul, et de l’expérience, a su coordonner à l’infini les mouvements des choses et les événements de la vie. La science accomplit la nature ; et, par là même, elle donne à l’homme conscience d’une aptitude à la vérité universelle où il nous paraît bien difficile de ne pas apercevoir la vocation de l’esprit.

Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »

Mais rappelons nous le grandiose film « Brewster McCloud » de Robert Altman en 1970 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/01/19/robert-altman-brewster-mccloud-1970-vo/

« Celui qui cherche deviendra l’ennemi des gens de sa maison «  : dans le film d’Altman, Brewster, joué par Bud Cort, voit tout le monde tenter d’empêcher son projet de voler, à commencer par la police : seule lui vient en aide Louise, mystérieux personnage archangélique, qui le met en garde contre le sexe, et l’engage à ne pas succomber à la tentation, bien naturelle chez un jeune homme de cet âge, d’expérimenter l’amour physique avec une jeune fille. Elle lui « explique » cet avertissement par le fait que « le sexe est l’activité humaine la plus proche de l’envol ».

J’interprète ici le projet de Brewster de voler comme consistant à accéder au Présent éternel , dont Marie Anne Cochet dit :

»ce jugement du présent éternel ressemble à un miroir profond où d’innombrable images naissent et se pénètrent mutuellement sans s’effacer jamais, mais en se modifiant les unes les autres par des valeurs nouvelles. Ainsi réfléchi, conservé , transformé , le mirage fluent des sens et des vies s’instaure en un monde spirituel, s’ordonne et s’unifie. Les intelligences s’y succèdent, se développant en lui et le développant à leur tour. C’est dans ce monde spirituel que nous trouvons le spectacle offert à notre réflexion. L’acte réflexif ne souffre pas d’altérations, le présent éternel ne se subdivise pas. Il est présent unitivement dans son activité . Mais les images sur lesquelles il s’exerce attendent d’un jugement toujours en progression leur cohérence, dans un ordre plus pur, plus précis et plus souple à la fois. Et ce qui s’offre à la réflexion de notre conscience, ce sont les jugements par lesquels se sont instaurés les pays humains, où sont inscrites les lois et les volontés de l’esprit, où retentissent ses appels »

Voler, cela ne signifie rien d’autre qu’accéder au monde spirituel, que j’appelle ici « plan internel », et qui est le séjour des Idées, non pas comme le prétendent Rudolf Steiner et les autres mystiques celui des hiérarchies célestes. C’est aussi le « Royaume des cieux » dont parlent les Écritures.

Mais tâchons de comprendre pourquoi l’activité humaine sexuelle est ce qui ressemble le plus à l’expérience de voler, comprise comme consistant à « entrer par la porte étroite » , celle de l’instant, dans le « Royaume » des Idées, ou « plan internel » : cela n’aurait il pas un rapport avec le « resserrement extrême de la durée «  en quoi consiste l’éjaculation masculine ? Pour ce qui est de l’orgasme féminin, je ne sais pas : selon Raymond Abellio il s’oppose à l’orgasme masculin comme l’ampleur à l’intensité . Cependant, il me semble que l’on peut dire que ce que l’orgasme, connu au cours de l’expérience sexuelle, et l’accès au monde spirituel, ont comme point commun qui les rapproche, c’est la « porte étroite » de l’instant, resserrement extrême de la durée.

mais comme on le sait, l’acte sexuel et son résultat, l’orgasme, provoque une addiction : c’est tellement agréable que l’on veut recommencer immédiatement. Cela s’appelle l’amour, c’est à dire que l’on projette les sensations agréables sur le ou la  partenaire que l’on croit alors «  aimer éternellement «  : mais l’éternité c’est long, surtout vers la fin..

Dans le film c’est ce qui arrive à Brewster, qui, vierge, a une  première expérience sexuelle avec Susan ( Shelley Duval) qui se révélera intéressée par les aspects les plus matériels de l’existence : Louise l’archange, comprenant ce qui va se passer, s’en va, et l’expérience de l’envol se termine sur une catastrophe.

Cette expérience de l’envol, c’est aussi celle de la liberté : on ne peut être vraiment libre que si l’on peut transcender, survoler, les aspects les plus mesquins de l’existence en comprenant la nature des Idées intelligibles et éternelles qui sont les « briques élémentaires de la Réalité «   , « l’étoffe dont sont faits les songes « :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/05/22/nous-sommes-letoffe-dont-sont-faits-les-reves/

Donc, pour résumer : l’expérience sexuelle , et la profonde transformation de la durée vitale qu’elle procure au cours de l’orgasme, ressemble  au « pouvoir d’actualisation du jugement du Présent éternel » qui est celui de la conscience humaine :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/11/cochetbrunschvicg-lintegration-des-moments-du-vecu-chronologique-dans-le-present-eternel-de-la-reflexion/

Mais la différence, capitale, entre les deux est que l’orgasme sexuel est de l’ordre de la sensation, et provoque une addiction, qui est la négation de la liberté , de ce qui est  la visée de l’expérience purement spirituelle de l’accès de la conscience au Présent éternel .

La même chose peut être dite de l’expérience de l’alcool , ou de toute autre drogue, qui provoque un bouleversement de la durée vitale, un effet qui est recherché lors de répétitions de l’expérience et qui entraîne donc une addiction :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/01/17/jack-london-le-cabaret-de-la-derniere-chance-john-barleycorn/

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