Oubli de l’être et oubli de l’un : TU DOIS CHANGER TA VIE

La dimension d’oubli est le thème principal du beau et apocalyptique film de Robert Aldrich : « En quatrième vitesse » sorti en 1955 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/02/27/robert-aldrich-en-quatrieme-vitesse-kiss-me-deadly-vf-1955/

Mais c’est l’oubli de l’un, et non l’oubli de l’être, mis en avant par la philosophie de Heidegger, qui est le facteur prédominant dans la déchéance de l’humanité moderne. Car la question se pose, insistante, surtout pour un blog comme le mien qui présente la science , c’est à dire la science théorique, mathématisée, comme le principal vecteur de la civilisation , ou du « Progrès de la conscience «  comme l’appelle Brunschvicg :

»Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »

Comment se fait il alors qu’après tous les progrès scientifiques enregistrés après ce fameux 17 eme siècle, on ait pu assister à deux guerres mondiales atroces dont la Seconde a été accompagnée de  génocides monstrueux, le plus monstrueux étant la Shoah et a pris fin sur l’apocalypse d’Hiroshima ( rendue possible par le projet Manhattan et les avancées de physiciens comme Einstein, Feynman ou Oppenheimer), suivie d’ailleurs par la guerre du Vietnam , le « Grand Bond en avant »de la Chine maoïste, le génocide cambodgien ou celui du Rwanda, sans parler d’une « fin du monde » annoncée en ce 21eme siècle , résultant d’une dégradation de l’environnement provoquée par l’activité industrielle humaine rendue possible par les techniques issues des progrès  de la science ( machine à vapeur, usines, trains, automobiles, avions).

Il me semble qu’une réponse est donnée dans ces articles :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/01/06/participation-a-lun-et-participation-a-letre-les-mathemes/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/19/dialectique-de-lun-et-dialectique-de-letre-la-fin-du-progres-de-la-conscience-dans-la-philosophie-occidentale-de-leon-brunschvicg/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/15/on-ne-verse-pas-le-vin-nouveau-dans-de-vieilles-outres/

À partir des développements d’idées donnés par Brunschvicg dans la prodigieuse fin du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale «, sur les deux dialectiques, dialectique de l’être et dialectique de l’un. Cette dernière est le vin nouveau dont parle l’Evangile, et tous les malentendus « religieux » ou philosophiques naissent de la confusion entre ces deux types de pensée, consistant à verser le « vin nouveau » de la dialectique de l’un dans les vieilles outres de la dialectique de l’être.

Verser le vin nouveau dans les vieilles outres, c’est le crime contre l’Esprit commis par l’Eglise, en voulant à tout prix conserver une continuité entre Ancien et Nouveau Testament. Un crime pas tellement différent de celui des judeo- nazaréens qui ont écrit le Coran et créé l’islam

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Judéo-nazaréisme

»Qu’est ce qui se produit quand on verse le vin nouveau dans de vieilles outres, en transposant le Verbe-Raison intérieur  ,  la dialectique relationnelle du Mathème modèle de l’Un en Verbe-Langage  extérieur ? Il se produit la catastrophe de l’apparition de l’Islam et du Coran, écrit par des scribes nazaréens, « judéo-chrétiens » , admettant à la fois l’évangile et la Torah, mais ne retenant qu’une conception desséchée de Jésus comme Messie guerrier ayant pour mission de soumettre par la « guerre  sainte » tous les peuples à la loi du Dieu d’Israel qui désormais s’appellera Allah  ( et la loi mosaïque deviendra la shari’a ) . C’est à dire que le vin nouveau deviendra une piquette infâme. »

Comment expliquer que le « progrès de la conscience «  en vingt cinq siècles depuis Platon, en passant par la naissance du christianisme, puis 15 siècles plus tard par la révolution épistémologique dans le cartésianisme et la science moderne, comment comprendre que ce mouvement qui est un seul et même progrès aboutisse au désastre moderne ? Après un vingtième siècle qui est à la fois celui de la physique quantique et celui d’Hiroshima et du Projet Manhattan..

L’explication se trouve dans la conclusion du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale   »:

»Il faudra donc conclure qu’en dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien, non point parce qu’on a été incapable de rien trouver, mais parce qu’il n’y avait rien en effet à chercher. Conclusion négative, pour une théologie de la participation à l’être selon l’absolu imaginaire de la synthèse ; conclusion positive pour une philosophie de la participation à l’un selon le progrès continu de l’analyse, et qui ne prendrait une apparence d’incomplétude et de déception que si l’on n’était point parvenu à faire un strict départ entre les exigences de l’une et de l’autre conception. Lorsqu’on rêve encore d’une philosophie transcendante à la vérité de la science, d’une religion transcendante à la vérité de la philosophie, il est inévitable que l’on continue à laisser s’interférer le langage de ces deux conceptions ; et c’est à ce phénomène d’interférence qu’est dû l’aspect dramatique et tourmenté des vingt-cinq siècles dont nous avons essayé d’esquisser l’évolution intérieure. Au moment où était attendue la plus grande lumière, à la cime de la spiritualité, le maximum d’obscurité s’est produit : nuit mystique, inconscient, néant. Ainsi, comme dit quelque part Amiel, « les contradictions se vengent. » (B. III, 397.) Ou l’homo sapiensaura l’énergie de les surmonter, ou il subira le châtiment de sa faiblesse. Pour faire face aux dangers qui, aujourd’hui autant que jamais, le menacent dans son avenir terrestre, pour ne pas avoir à recommencer son histoire, il faut donc qu’il en médite sérieusement le cours, qu’il sache transporter dans le domaine de la vie morale et de la vie religieuse cette sensibilité au vrai, défiante et délicate, qui s’est développée en lui par le progrès de la science, et qui est le résultat le plus précieux et le plus rare de la civilisation occidentale. La vérité délivre, à la condition seulement qu’elle soit véritable. »

Les deux conceptions dont parle Brunschvicg correspondent aux deux dialectiques : de l’un et de l’être. Le phénomène d’interférence  entre les deux, c’est ce qui résulte de la confusion consistant à verser le vin nouveau dans les vieilles outres , confusion qui était le ver déjà présent dans le fruit du christianisme puisque l’Eglise a manipulé et truqué les textes .

Mais nous sommes à la fin des Temps et de nouveau « le ciel s’est rapproché « , c’est ce que j’appelle « ère de l’Absolu » :

Changez de comportement car le Royaume des cieux s’est approché ! »

https://www.philomag.com/les-livres/grand-angle/tu-dois-changer-ta-vie-2163

Le royaume des cieux c’est ce que j’appelle ici plan internel ou plan spirituel de l’Idée : et la conversion, la metanoia proposée consiste à changer l’orientation intérieure, vers le plan spirituel de l’unité et non plus vers le monde de la multiplicité. Seulement l’Un n’est pas l’un séparé mais « immanence radicale « , « présence d’unité «  dans une conscience. Cette conversion véritable s’oppose à la  fausse conversion religieuse comme la participation à l’un à la participation à l’être ainsi que le précise Marie Anne Cochet , la meilleure interprète de Brunschvicg dans son livre de 1937 « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg « :

« Le porteur du jugement doit donc encore se libérer de la fixité dans la chose jugée s’il ne veut pas se représenter et présenter aux autres un mirage encore. Son jugement n’est jamais que la courte halte sur la route qui mène vers un jugement plus vrai, car la vérité n’est jamais épuisée, puisqu’elle manifeste le pouvoir unificateur de l’esprit qui ordonne un multiple, inépuisable aussi. Esprit-vérité….cette notion de vérité, acte de présentification en dehors duquel rien n’existe, ne doit pas rester confuse. Malgré le dédoublement qui résulte du passage du présent éternel au présent chronologique essentiellement fuyant, il ne s’agit pas d’un dualisme car rien n’est séparé dans l’acte spirituel. Il ne s’agit pas non plus d’un monisme, la notion d’un tout accomplissant justement cet arrêt qui trahit l’acte de l’esprit…. la réalisation de l’Un séparé est aussi exclue que celle du Transcendant, dont elle est l’expression.Seule la participation à l’unité en acte est requise. Elle est justifiée par l’inévitable et nécessaire présence de ce qui pense et de ce qûi est pensé , par leur dépendance étroite et mutuelle… il n’y a donc ni dualisme ni monisme mais spiritualisme perpétuellement offert à la vérification d’une expérience soumise à la vérité du rapport »

 

 

This entry was posted in Cinéma, Cochet-Brunschvicg, Ouvert : dualité plan vital-plan spirituel, Philosophie, Science, mathesis, Science-internelle. Bookmark the permalink.