Le discours d’Arthur Jensen dans « Network » de Sidney Lumet (1976) : « the world is a business »

Cet article fait partager l’esprit prophétique de ce film sorti il y a plus de 40 ans, à la même époque que « Taxi  driver » qui est de 1975, et voit en Howard Beale, le journaliste star du JT qui  se prend pour un illuminé qui parle à Dieu  l’anticipation du «  populiste » Donald Trump ( qui avait 30 ans en 1976) :

Network : main basse sur l’Amérique d’aujourd’hui

Seulement si Howard Beale préfigure Trump, que dire de son « opposé » dans le film, l’homme d’affaires Arthur Jensen ( joué par l’excellent Ned Beatty) ? Ce dernier voit son projet de rachat des studios et de la chaîne TV qu’il dirige par les Saoudiens contrarié par les délires de Beale à l’antenne et le convoque dans son bureau pour l’utiliser, et lui tient un discours qui annonce symétriquement tous les délires mondialistes d’aujourd’hui , auxquels va peut être mettre fin la pandémie actuelle, si du moins l’humanité y survit :

»« Vous vous êtes immiscé dans les forces fondamentales de la nature, Monsieur Beale. […] Vous croyez avoir fait capoter une opération financière ? Il n’est en rien ! Les Arabes ont sorti des milliards de dollars de notre pays et il faut maintenant qu’ils les rapatrient. C’est le flux et le reflux, l’énergie marémotrice, c’est l’écologie, la pyramide. Vous êtes un dinosaure qui pense en termes de nations et de peuples. Il n’y a pas de nations. Il n’y a pas de peuples. Il n’y a pas de Russes. Il n’y a pas d’Arabes. Il n’y a pas de tiers-monde. Il n’y a pas d’Occident. Il n’y a qu’un seul, unique, sacro-saint système de systèmes ; une vaste et immanente série d’interactions et d’entrelacs à multivariations multinationales. La domination par le dollar ! Pétrodollars, électro-dollars, multi-dollars, reichsmarks, rands, roubles… l’argent ! À l’échelon international, c’est le système de la devise qui détermine et régit l’influx de vie sur cette planète. Voilà ce qu’est l’ordre des choses aujourd’hui. Et c’est ça, la structure atomique et subatomique, la constitution cosmique des forces d’aujourd’hui.  Et vous avez modifié les forces fondamentales de la nature. Et vous allez expier ! […] Il n’y a pas d’Amérique ; il n’y a pas de démocratie. Il y a seulement IBM et ITT, et AT&T, et Dupont, Dow, Union Carbide et Exxon. Ce sont les nations du monde d’aujourd’hui. De quoi croyez-vous que parlent les Russes en Conseil d’État ? De Karl Marx ? Ils alignent les graphiques de programmation, leurs décisions statistiques, leurs mini-maxi fourchettes, leur rentabilité par probabilité, leur calcul de rapport d’investissement… Ils font comme nous. Nous ne vivons plus dans un monde de nations et d’idéologie, Monsieur Beale. Le monde est un saint collège de corporations, inexorablement déterminé par les immuables cases des affaires. Le monde est une affaire. Il l’est depuis que l’homme a rampé hors du limon originel. Et nos petits enfants vont vivre, Monsieur Beale, vivre et voir ce monde parfait où il n’y aura ni guerre, ni famine, oppression ou brutalité. Ce sera un vaste holding œcuménique où chaque homme travaillera au service du profit commun. Un monde nouveau où chacun détiendra sa part d’actions. Tous les besoins seront pourvus ; toutes les anxiétés tranquillisées, et le mal de vivre effacé. »

La vidéo en vf   figure dans l’article; la voici en vo :

Ce à quoi nous assistons là épouvantés, c’est à l’entreprise d’un homme roublard pour mettre à son service les prestiges de l’Un, qui se confond avec le monde conçu comme une vaste holding: «  […] Il n’y a pas d’Amérique ; il n’y a pas de démocratie. Il y a seulement IBM et ITT, et AT&T, et Dupont, Dow, Union Carbide et Exxon. Ce sont les nations du monde d’aujourd’hui. »

Ce qui finit sur l’échange suivant :

Beale : «  j’ai vu la face de Dieu »

Jensen : «  il se pourrait que vous ayez raison, Mr Beale »

c’est à dire que Jensen utilise ce qu’il appelle « son évangile »pour se déifier

Nous n’avons donc pas ici affaire à un cas de l’Un séparé ou transcendant  puisque IBM, ITT, etc.. ce sont des entreprises du monde, mais tout ce schéma est utilisé par un homme pour se faire passer pour Dieu, le Dieu de la Torah. Si Beale annonce Trump, Jensen annonce Soros !

Puisque je me prépare à étudier et suivre ici « L’immanence des vérités «  et tout le système de Badiou,  qui est sans doute le plus grand adversaire de la dialectique de l’un portée dans ce blog, je mettrai clairement les points sur les « i » : le délire messianique de Jensen n’aurait pas pu se tenir à Jérusalem, encore moins en Arabie, il aurait été tué, comme doit l’être selon la loi juive-musulmane tout homme voulant prendre la place de Dieu. Ce fut l’accusation portée contre Jésus qui motiva sa mise à mort sur la croix, mais cette accusation est injuste car Jésus avait dit : « Moi et le Père  sommes Un » ce qui est très différent. Le christianisme des philosophes de Spinoza et Brunschvicg va au delà du Dieu Un étant du judaïsme et de l’Islam, catastrophe humaine qui risque de mettre fin à l’humanité, si toutefois la pandémie de coronavirus ne l’a pas fait avant, mais il ne  sombre pas non plus dans les délires de l’Eglise de Rome ( le Christ Fils de Dieu) , qui a manipulé les textes et les consciences  afin de mettre l’humanité en esclavage. S’il fallait absolument nommer un continuateur actuel d’Arthur Jensen, ce serait bien sûr Georges Soros , mais aussi le Pape François. Les peuples et les nations actuels, avec toutes leurs insuffisances que je suis le premier à reconnaître, sont le seul rempart à ce délire messianique du mondialisme, tel qu’on l’observe dans les thèses de Jacques Attali sur l’Etat mondial . Aussi est ce  sans aucune fausse honte que j’avoue, moi qui suis à n’en pas douter universaliste,  émarger dans le camp Trumpiste et anti-mondialiste . Hoené Wronski , fixe pour but à ce qu’il nomme « Messianisme «  de dévoiler les destinées des Nations :

« Le messianisme, cette union finale de la philosophie et de la religion, qui, comme telle, constitue, d’une part, la philosophie absolue, et de l’autre, la religion absolue, c’est-à-dire, le paraclétisme, annoncé par Jésus-Christ, doit produire et accomplir les sept réalités fondamentales de l’homme, savoir: 1° ) Il doit fonder péremptoirement la vérité sur la terre, et réaliser ainsi la philosophie absolue. 2° ) Il doit, suivant l’Écriture-Sainte, accomplir la religion révélée, et réaliser ainsi la religion absolue, le paraclétisme. 3°. ) Il doit, suivant des principes à priori, réformer et établir définitivement les sciences. 4°.) Il doit, conformément aux lois augustes de la liberté de l’homme, expliquer l’histoire. 5°. ) Il doit, pour faire cesser l’actuelle tourmente politique des nations, découvrir le but suprême des États. 6°. ) Il doit, par la spontanéité propre de la raison, fixer les fins absolues de l’homme. 7°. ) Enfin, il doit, en vue de ces fins augustes, dévoiler les destinées respectives des différentes nations. »

c’est donc bien qu’il considère que celles ci ont une importance insigne dans l’ordre du monde, qui ne se limite pas à être un « système de systèmes imbriqués ».

l’un immanent qui est défendu ici comme seule alternative possible aux délires de l’un transcendant des religions monothéistes et de leurs dégénérescences mondialistes ou trans-humanistes, c’est l’idée humaine de l’un, c’est à dire l’intelligibilité de tout ce qui est  ( nature + esprit ) portée par le Mathème de Cat, catégorie de toutes les ( petites)  catégories :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

V , ou Set, est si l’on veut l’idée de l’Etre, mais la mathématique n’est pas l’ontologie : c’est  l’hénologie, qui aboutit à CAT, métacatégorie ou « catégorie très large » de toutes les catégories larges.

C’est là la différence principale avec Badiou : l’Absolu c’est CAT, et non pas  comme affirmé dans « L’immanence des vérités «  V classe de tous les ensembles, qui n’est autre que le topos  Set  réduit à ses objets .  Certes nous devons être rigoureux et précis :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/02/13/questions-de-taille-dans-la-theorie-des-categories/

Set est un objet de CAT : la dialectique de l’un de Brunschvicg est au dessus de la dialectique de l’être, dont la dialectique matérialiste de Badiou n’est qu’un cas particulier.

Et la dialectique de l’un est portée par la théorie des catégories, théorie des universaux concrets, la dialectique de l’être par la théorie des ensembles, ou des universaux abstraits :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/20/lopposition-entre-dialectique-de-lun-et-dialectique-de-letre-cest-lopposition-entre-theorie-des-categories-et-theorie-des-ensembles/

L’un est une idée humaine, pas une Transcendance « divine «  qu’il faudrait destituer, comme on coupe la tête à un monarque.

 

 

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