Claude Lelouch : «  Un homme et une femme » (1966) et « Un homme et une femme 20 ans déjà « (1986)

Pour voir « Un homme et une femme » film sorti  en 1966:

https://m.ok.ru/video/9126707475

ou

https://m.ok.ru/dk?st.cmd=movieLayer&st.discId=90184288955&st.retLoc=default&st.discType=MOVIE&st.mvId=90184288955&st.stpos=rec_1&_prevCmd=movieLayer&tkn=4987#lst#

J’y ajoute  un des plus beaux passages à mon avis, la «  samba Saravah «  chantée par Pierre Barouh, son prénom Elie a été changé pour le protéger des persécutions raciales après 1940 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Pierre_Barouh

Et la même au soir de sa vie ( puisque le thème privilégié de la série , très juif, comme d’ailleurs l’oeuvre de Lelouch, est le temps qui passe, en hébreu עת, si proche de את, Eth l’un des mots les plus importants de la langue biblique puisqu’il introduit le complément d’objet direct, et qui ne diffère du mot désignant le temps que par la lettre Aleph remplaçant la lettre Ayin = source, œil; de plus Eth = Aleph+ Tav est formé de la première et de la dernière lettre de l’alphabet, qu’il englobe donc en quelque sorte )

 

Sa dernière interview, où il rappelle que sur son premier passeport il avait écrit « promeneur » en face de « Profession : », et au fond, être promeneur, n’est ce pas être habile à surfer sur le temps qui passe?   Il précise aussi qu’il ne croit pas en la liberté.. peut être parce que là encore la notion généralement attachée au mot ( être libre de faire ce que l’on veut ) ne correspond pas à l’Idée ( être libre pour, plutôt que libre de)

 

 

Pour voir le second film «  Un homme et une femme vingt ans déjà » , sorti en mai 1986 :

https://m.ok.ru/video/289983892046

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Un_homme_et_une_femme_:_Vingt_ans_déjà

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J’admire l’art de Claude Lelouch de raconter des histoires, mais il m’énerve parfois (souvent)  quand il « fait du Lelouch » et là c’est flagrant dans le second film, de 1986 avec cette façon de faire jouer des « people », comme Patrick Poivre d’Arvor, Robert Hossein, Richard Berry ( qui il est vrai est acteur, comme Hossein d’ailleurs, qu’y a t’il d’étonnant à ce que des acteurs jouent dans un film?), Thierry Sabine dont c’était les derniers mois de vie, avant qu’il trouve la mort en hélicoptère sur le Paris- Dakar en janvier 1986, avant la sortie du film en Mai 1986 ( le 13 mai, comme le 13 mai 58, ou 68.. se prendrait il pour De Gaulle ou Cohn Bendit ? Il en est bien capable !)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Un_homme_et_une_femme_:_Vingt_ans_déjà

et l’on sait le rôle que joue le nombre 13 chez Lelouch :

https://www.ina.fr/audio/PHD95007640

13 qui est la guématrie du mot hébreu signifiant AMOUR  :

אהבה = amour= 1+5+2+5= 13

cela vaut bien toutes les superstitions

Une autre manière de « faire du Lelouch » ( et qui d’autre que Lelouch pourrait « faire du Lelouch » ?) qui m’énerve prodigieusement , c’est ce petit film «  C’était un rendez vous » tourné en 1976 au petit matin à 200 km/ h dans les rue de Paris :

Pour un rendez vous amoureux avec une femme , bien sûr…

Les circonstances de la mort de Thierry Sabine avec Daniel Balavoine et tous les autres passagers de l’hélicoptère sont racontées  ici :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Thierry_Sabine

Il y a quand même ici un croisement médiatique spectaculaire ( au sens de Debord ) avec l’actualité, puisqu’une longue partie du film (la meilleure à mon sens) décrit la reconnaissance du parcours du Dakar par Thierry Sabine et Jean- Louis Duroc , ces scènes ont dû être tournées en 1985,  avant l’accident début janvier 1986, et ces images sont évidemment émouvantes.

Le premier film, qui a rendu Lelouch célèbre, est sorti en 1966 et a attiré beaucoup de spectateurs, à l’époque j’avais 13 ans et me préparais , sans m’en douter, à entrer dans la période du malheur absolu, qui met fin à l’âge d’or de l’enfance . Je me souviens bien de la publicité (méritée ) faite au film dans la presse et les médias, tout le monde en parlait, un tel phénomène n’aurait pas pu se produire 10 ou 20 ans avant, car il n’y avait pas encore la télévision, ou pas avec une telle extension .

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Un_homme_et_une_femme

C’est donc une série de films, qui continue en 2019 avec « Les plus belles  années d’une vie «

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Plus_Belles_Années_d%27une_vie

 

qui pourrait avoir pour titre «  50 ans déjà « , portant sur le temps , sur « la force du temps » selon les termes de Lelouch lui même. Sur la force ( autonome) de l’amour aussi, puisque la chanson qui accompagne le désastre sentimental à la fin ( les deux personnages font l’amour et Anne n’arrive pas à jouir, disons le crûment) dit «  l’amour nous a vaincus «;

oui, je dirais que le thème de la série, c’est tout à la fois le temps, l’amour et la mort , qui n’est jamais nommée mais apparaît en filigrane , notamment dans le premier film où Jean- Louis et Anne sont tous deux veufs. Il s’agit ici du temps vital, qui comme l’amour au sens d’Eros est largement une illusion… vitale justement , que l’on m’excuse de faire une fois de plus ma propagande « spirituelle «  , mais après tout c’est mon blog :

»Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort…..   »

»Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan«

On sent bien ici , malgré l’attitude bravache de Lelouch qui , reconnaissons le, a eu le courage de faire le troisième film , «  l’angoisse  de disparaître un jour » , jour qui ne saurait maintenant tarder. Et le seul antidote est pour la conscience de s’établir sur l’autre plan, le plan internel, celui de « la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée » 

alors que l’amour érotique est par excellence le domaine de la pensée confuse et donc de l’incertitude, c’est bien la raison pour laquelle les amants réclament sans cesse des « preuves d’amour » voire demandent au temps impitoyable de « suspendre son vol » comme dans le poème célèbre :

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/le_lac

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

” Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

” Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

” Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

” Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! ”

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?«

Seulement, si l’orgasme aboutissait à la « certitude d’évidence  qu’apporte l’intelligence de l’idée «  ça se saurait » depuis le temps.. les vers de Lamartine sont d’une beauté radieuse , mais si désespérants, on y voit un frère humain se détourner de la seule voie qui pourrait satisfaire son attente et continuer dans la voie vitale sans issue :

” Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! ”

On  appelle ça, si je ne m’abuse « boire la coupe jusqu’à la lie «

Au total : tout ça pour ça ? (Autre film de Lelouch).. et encore n’ai je pas mis le troisième film, de 2019, « 50 ans déjà »  car je ne l’ai pas trouvé en streaming gratuit… mais je me débrouillerai pour le voir, promis juré, et je pleurerai comme une midinette en le voyant, je ne suis pas une brute  quand même !

ce qui résume cette série de films très talentueux, je n’en disconviens pas, n’est ce pas le film tourné à toute vitesse en 1976 » c’était un rendez vous « ?

Un peu comme le train lancé dans la nuit à une vitesse vertigineuse à la fin de « La mort dans l’âme » de Sartre, qui symbolise la civilisation humaine lancée   vers le néant qui s’étourdit  de vitesse pour oublier..

et puisque nous sommes dans Sartre,  comment ne pas se remémorer la fin de « L’être et le néant » où il décrit ainsi « toute réalité humaine  «  et l’amour-passion n’est il pas une réalité humaine ?

« toute réalité humaine est une passion, en ce qu’elle projette de se perdre pour fonder l’être et constituer du même coup l’En- Soi, qui échappe à toute contingence en étant son propre fondement, l’Ens Causa Sui que les religions nomment « Dieu ». Ainsi la passion de l’homme est elle inverse de celle du Christ, car l’homme se perd en tant qu’homme pour que Dieu naisse.

Mais l’idée de Dieu est contradictoire et nous nous perdons en vain.

L’homme est une passion inutile » 

Click to access 31516930-j-p-sartre-l-etre-et-le-neant.pdf

Là encore : tout ça pour ça ?

Mais l’histoire de la philosophie ne s’arrête pas à Sartre, qui est indigne de lacer la chaussure de son professeur à Normale Léon Brunschvicg, qu’il méprisait ( « chien de garde de la bourgeoisie ») mais auquel il n’arrivait pas à la cheville..

Car la contradiction dans l’idée de Dieu est celle entre Être et Un : enlevez l’être et il ne reste plus aucune contradiction . Dans l’Un, plus de finalité et l’homme n’a pas à se perdre pour que Dieu naisse. Dieu est l’idée de l’Un, unité en acte des idées. Et l’amour-passion, dont Sartre fait plusieurs  analyses , n’est il pas la version dans la dialectique de l’être d’Amor Dei Intellectualis dans la dialectique de l’un ?

L’amour consiste à « faire du deux un ». Mais sera -ce l’union des corps, qui résulte en un corps unique, celui de l’enfant né de cette union, ou bien l’union d’esprit à esprit, décrite ainsi dans « Raison et religion «   :

« pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi. Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.« 

faire de l’expansion infinie de l’intelligence et de l’absolu désintéressement de l’amour une unique vérité divine, c’est cela : faire du deux un, Amor Dei intellectualis, l’amour qui est unité en acte, l’amour dans la dialectique de l’un, ce qui permet de regarder l’amour terrestre, Eros, sans l’ angoisse qui suinte, quoiqu’on en dise, des films d’amour.

 

 

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