Absolu, oui, mais Absolu de l’Idée, radicalement immanent à la conscience humaine arrivée au stade de Perfection, non Transcendant


Sur l’excellent site « Riposte Laïque » cet article a retenu mon attention :

https://ripostelaique.com/quest-ce-que-nous-appelons-la-transcendance.html

J’adhère sans aucune réserve à ces lignes du début :

»Depuis deux siècles, le monde blanc se refroidit spirituellement et intellectuellement. Les notions-sources, celle d’absolu ou de transcendance en particulier, ne sont plus comprises et ne suscitent plus vraiment de vocations.
Il faut dire que la transcendance ne se mange pas. Et les sociétés d’intérim insistent de moins en moins sur les 3 sources du savoir absolu. Ne serait-ce pas plus simple de reprendre une deuxième part de tarte ? Au fait, où ai-je foutu la télécommande ? Comment aider les migrants à migrer ? Voilà les priorités actuelles.

Si je dois nommer une leçon que l’observation m’a enseignée, c’est que ce sont les grands concepts qui déterminent silencieusement la destinée des sociétés. Je les appelle les notions-sources.«

Par contre ceci appelle réflexion et « m’interpelle «  comme on dit, rien que par la comparaison à « une équation qui n’a jamais été comprise » :

»La notion de TRANSCENDANCE par exemple est à la pensée de droite ce que la peine capitale est à la justice : le fil invisible qui suspend sa colonne vertébrale et induit tout l’enchaînement et la hiérarchie qui le constitue.

Le simple fait de ne plus en saisir le sens, de ne plus avoir cet outil à l’esprit, nous décale vers la gauche sans même qu’on en ait conscience. C’est comme une équation qui n’a jamais été comprise : par sa simple absence, elle vous prive d’une quantité incalculable de perceptions intellectuelles. »

peut être après tout ne suis je pas de droite… cela ne m’empêche pas de dormir. Par contre cela me gênerait légèrement d’être compté au nombre de ces…. personnes, appelons ça comme ça , qui ont manifesté récemment contre l’islamophobie !

ou encore :

»Mais c’est surtout l’insaisissable Deleuze qui a produit l’hologramme du « tout se vaut », en créant la notion de « champ d’immanence ». Le champ d’immanence, c’est une nouvelle définition de la réalité dans laquelle il n’existe plus aucune TRANSCENDANCE pour juger de quoi que ce soit. C’est un espace où le nord, le sud, l’ouest et l’est ont été mentalement abolis.
Rien n’est plus efficace, plus dévastateur, pour saper à la source notre capacité à la verticalité et au sens inné des hiérarchies. D’innombrables conséquences découlent du fait que la notion-source de transcendance a été désactivée en nous. »

j’ai repris le « plan d’immanence » de Deleuze pour l’identifier avec ce que j’appelle ici plan internel ou plan spirituel, je ne peux pas faire semblant et me renier malgré toute la sympathie que j’éprouve pour  Thimothé Vorgenss, l’auteur de l’article :

https://ripostelaique.com/author/timothe-vorgenss

Les notions- sources, ce sont ce que j’appelle ici les Idées , qui sont toutes humaines, mais sont de deux sortes : idées intelligibles ou Mathèmes , qui sont  susceptible de progrès, le progrès des mathématiques  selon le « pouvoir d’actualisation du monde spirituel » qui intègre les moments du vécu à l’internité :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/11/cochetbrunschvicg-lintegration-des-moments-du-vecu-chronologique-dans-le-present-eternel-de-la-reflexion/

« ce jugement du présent éternel ressemble à un miroir profond où d’innombrable images naissent et se pénètrent mutuellement sans s’effacer jamais, mais en se modifiant les unes les autres par des valeurs nouvelles. Ainsi réfléchi, conservé , transformé , le mirage fluent des sens et des vies s’instaure en un monde spirituel, s’ordonne et s’unifie. Les intelligences s’y succèdent, se développant en lui et le développant à leur tour. C’est dans ce monde spirituel que nous trouvons le spectacle offert à notre réflexion. L’acte réflexif ne souffre pas d’altérations, le présent éternel ne se subdivise pas. Il est présent unitivement dans son activité . Mais les images sur lesquelles il s’exerce attendent d’un jugement toujours en progression leur cohérence, dans un ordre plus pur, plus précis et plus souple à la fois. Et ce qui s’offre à la réflexion de notre conscience, ce sont les jugements par lesquels se sont instaurés les pays humains, où sont inscrites les lois et les volontés de l’esprit, où retentissent ses appels »

, et les autres, qui ne sont pas des Mathèmes, que j’appelle des mythèmes :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mythème

et qui ne sont donc pas susceptibles de progrès, mais apparaissent ( naissent ?) dans le plan internel une fois pour toutes, engendrées par une œuvre d’art universelle ; parmi ces mythèmes, certaines idées sont malfaisantes, je les appelle des dysthemes, comme c’est le cas de l’idée de Dieu en tant qu’Un Transcendant, idée née dans  ce passage de la Bible nommée Shma Israel qui sert de base à la sourate 112 du Coran « Le monothéisme pur «

L’Absolu c’est l’Idée d’Idée ou Idée d’Un, de l’unité de toutes les idées, je n’ai, contrairement à Badiou aucune prévention ou objection à l’appeler Dieu :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

mais Dieu comme pouvoir d’unification, unité radicalement immanente à l’esprit humain: »s’il faut nommer Dieu, il est la présence de l’unité à la conscience humaine ; toute autre définition en contredit la notion »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/08/cochetbrunschvicg-un-transcendant-yhwh-ou-allah-et-un-immanent/

« l’un n’est pas transcendant, mais exprimé adéquatement par l’immanence ; c’est par elle qu’il est inséparable du réel, contenu en chacun de ses termes et les contenant tous, connus et inconnus. En vertu de la conception de la vérité telle que nous l’avons exposée et de la connaissance intégrale qui en résulte, la transcendance est ici absolument écartée. Car une Transcendance ne peut se poser que par un jugement ou une croyance affirmative. Mais un jugement de Transcendance seraittranscendant lui même à la chose jugée, qui dépendrait de lui . Et une affirmation la rendrait dépendante d’une croyance, sans vérification possible . La notion de foi exclut celle de vérité ; car une notion connue vraie n’est plus objet de foi et d’une notion mystérieuse, on ne peut savoir si elle est vraie ou fausse. C’est pourquoi les croyants ne peuvent affirmer leur foi que par le martyre, qui d’ailleurs ne prouve aucune vérité. C’est pourquoi Galilée n’avait pas besoin de mourir pour que sa science soit vraie.
L’immanence au contraire est vérifiée sitôt connue, puisqu’elle est l’acte même de présentification «

« La réalisation de l’un séparé est aussi exclue que celle du transcendant , dont elle est l’expression . Seule la participation à l’unité en acte est requise, justifiée par l’inévitable et nécessaire présence de ce qui pense et de ce qui est pensé, par leur dépendance mutuelle, sans que jamais pensée pensante et pensée pensée puissent absorber en elles l’acte unifiant qui les crée précisément par les limites provisoires de la relation qu’il établit entre elles, dépendantes de lui. Subjectivité et objectivité sont ainsi univoques et réciproques, dépendantes de leur rapport spirituel, éternellement présent »

mais l’immanence vient avec deux têtes, comme Janus : l’une tournée vers le bas, vers le sensible et le vital, l’autre tournée vers le ciel, l’esprit :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

« Dans les deux cas , ce qui est touché, c’est l’immanence du présent éternel; mais le mystique touche l’immanence vitale dans laquelle s’évanouit la conscience, tandis que l’intellectuel touche l’immanence spirituelle, dans laquelle naît , se développe et s’illumine la conscience.«  

Les idées ne meurent pas, elles peuvent s’éteindre comme une Pensée, comme dans l’admirable épilogue de l’Odyssée de Kazantzaki :

**** http://kazantzaki.free.fr/Voyage-en-Crete.pdf

page 6 : «  je ne veux pas, mère, de vin à boire ni  de pain à manger

ce soir j’ai vu mon aimé s’éteindre  comme une pensée »

Aussi est il vain de clamer, comme Badiou, ou comme le nietzschéen puceau que j’étais à 17 ans (« on n’est pas sérieux quand on a 17 ans »):

« Dieu est mort »

simplement il faut remplacer l’Un Transcendant par l’Un Immanent de (∞,1)Cat

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

https://ncatlab.org/nlab/show/(infinity,1)Cat

comme on éteint un incendie qui détruit tout au moyen d’une lance de pompiers.. et prier pour que l’Un Transcendant, quelque nom qu’on lui donne : Allah, Yahweh, etc.. ne renaisse pas de ses cendres, tel un Phénix diabolique.

J’ai donné ici mes sources, il est facile de vérifier : Léon Brunschvicg, Marie Anne Cochet (la meilleure des commentatrices de Brunschvicg et de Nietzsche) , un certain nombre de travaux mathématiques… ni « Noam Chomsky, Alain Badiou, Derrida, Deleuze, Toni Negri, Guattari, Bourdieu » , à part Badiou mais avec force critiques.

Mais je partage le souci de Thimothé  Vorgenss pour le déclin de la pensée philosophique , qui date selon moi de la disparition en 1944  de Brunschvicg et de l’idéalisme critique mathématisant, remplacé par l’existentialisme sartrien et pire , comme les nouveaux philosophes en 1976

On voit bien que tout s’effondre, comment ne pas s’en apercevoir ? Mais cela même , qui se produit après les prodigieux progrès mathématiques au cours du 20eme siècle, est expliqué par Brunschvicg comme résultant d’un phénomène d’interférence, sur les 25 siècles depuis Platon, entre la théologie de la participation à l’être selon l’absolu imaginaire de la synthèse et la philosophie de la participation à l’un selon le progrès continu de l’analyse :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/04/19/hott-theorie-des-types-homotopiques-pour-corriger-la-vision-affectee-par-linterference-entre-theorie-des-ensembles-et-theorie-des-categories/

« Il faudra donc conclure qu’en dehors de la présence de l’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien, il n’y a rien, non point parce qu’on a été incapable de rien trouver, mais parce qu’il n’y avait rien en effet à chercher. Conclusion négative, pour une théologie de la participation à l’être selon l’absolu imaginaire de la synthèse ; conclusion positive pour une philosophie de la participation à l’un selon le progrès continu de l’analyse, et qui ne prendrait une apparence d’incomplétude et de déception que si l’on n’était point parvenu à faire un strict départ entre les exigences de l’une et de l’autre conception. Lorsqu’on rêve encore d’une philosophie transcendante à la vérité de la science, d’une religion transcendante à la vérité de la philosophie, il est inévitable que l’on continue à laisser s’interférer le langage de ces deux conceptions ; et c’est à ce phénomène d’interférence qu’est dû l’aspect dramatique et tourmenté des vingt-cinq siècles dont nous avons essayé d’esquisser l’évolution intérieure. Au moment où était attendue la plus grande lumière, à la cime de la spiritualité, le maximum d’obscurité s’est produit : nuit mystique, inconscient, néant. Ainsi, comme dit quelque part Amiel, « les contradictions se vengent »

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