Eric Rohmer : l’amour l’après-midi (1972)

En 1972 j’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie...

J’ai un peu triché pour imiter le fameux début d’Aden Arabie de Nizan :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aden_Arabie

car étant né en décembre 1952, ce n’est qu’en décembre 1972 que j’ai atteint l’âge de   vingt années, et donc en 1972 j’avais 19 ans

Je ne me préoccupais guère de cinéma à l’époque, pas plus que de littérature, et la sortie de ce film en septembre 1972 passa pour moi inaperçue :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Amour_l%27après-midi

tout autant que celle de « Ma nuit  chez Maud » en 1969 ou « La collectionneuse » en 1967.

Je n’ai d’ailleurs vu « L’amour l’après- midi » qu’il y a quelques jours , ici :

https://m.ok.ru/video/1496543726232

et c’est bien dommage. Ce film me touche personnellement parce qu’il a visiblement été tourné en 1972, en témoignent les feuilles de calendrier que l’on voit à l’entrée du bureau de Frédéric : Lundi 3 janvier et Vendredi 17 mars… l’année n’est pas mentionnée, mais  cela correspond à 1972, j’ai vérifié sur Google.

Je me retrouve donc ici un peu comme un rescapé  du Titanic qui reviendrait sur les lieux où se trouve l’épave 48 ans après le naufrage , ce qui aurait donné 1960 ( = 1912 + 48), mais cela n’a pas eu lieu et il a fallu attendre encore trente ans ou plus pour que la technologie moderne permette de retrouver l’épave gisant par 4000 mètres de fond.

Vendredi 17 mars c’était sept semaines avant le Vendredi 5 mai 1972, qui a pour moi une signification particulière, voire «  particulièrement atroce » . Le lendemain matin, Samedi 6 mai, je passais l’écrit de physique de Normale Saint Cloud, et j’ai rendu copie blanche à cause de mon état nauséeux, quasi-comateux, comme si j’avais pris une cuite carabinée la veille, ce qui n’a pas été le cas, à l’époque je devais encore attendre des mois et des années pour connaître les sortilèges de John Barleycorn, qui n’a donc pas pu ce jour là me tendre une main « secourable «  et me faire signer un pacte avec mon sang ….. La semaine suivante par contre, pour les épreuves de Polytechnique, j’étais complètement remis et même en super-forme. A quoi tient une vie, tout de même…

mais bien sûr si ce film a eu un tel effet sur moi, cela tient d’abord à sa qualité exceptionnelle : il « récapitule » en quelque sorte, tous les « contes moraux «  précédents lors de la « scène de rêve « , où Frédéric , bon père de famille, s’imagine muni d’un «  appareil » permettant d’anéantir la volonté et le « libre arbitre » des femmes qui passent devant lui : Françoise Fabian et Marie- Christine  Barrault pour « Ma nuit chez Maud », Laurence de Monaghan, Béatrice Romand et Aurora Cornu + Gérard Falconetti, qui est du genre masculin,  pour « Le genou de Claire «   et Haydée Politoff pour « La collectionneuse » . Un rêve idiot bien sûr, qui ne fonctionne même pas puisque Béatrice Romand réplique vertement à notre apprenti séducteur : «  non je ne vais pas avec vous, car j’en préfère un autre, et ça, cher monsieur, c’est irréfutable »; elle a raison, il y a sans doute quelques imbéciles qui rêvent de mettre le désir en équations, mais c’est idiot, le désir n’est pas réfutable logiquement,  et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est éliminé du « paradis que Cantor a créé pour nous » ,  jardin aux sentiers qui bifurquent gardé par les Saintes démonstrations ( pas démonstrations d’amour, comme on dit).

On demandera s’il peut exister des femmes aventurières et impérieuses telles que Chloé,  dominant des hommes étrangement passifs comme Frédéric au point de se faire faire un enfant, et encore après avoir prévenu, mais visiblement dans ce cas de figure un homme averti n’en vaut pas deux.

Et la PMA c’est quoi ? Même plus besoin d’un pénis prêté pour quelques instants par un noble chevalier servant la noble cause de l’égalité des droits, bla bla bla…

Heidegger avait raison : la métaphysique s’achève en technique.

en tout cas face à une telle « petite entreprise «  Frédéric a la seule réaction possible : courage fuyons !

Seul homme revenant du passé du « Genou de Claire » pour hanter la séquence de rêve, Gérard Falconetti s’est jeté du haut de la Tour Montparnasse en 1984, après avoir été diagnostiqué positif au HIV :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gérard_Falconetti

Michele  Girardon , actrice de « La boulangère de Monceau », premier des contes moraux en 1963, s’est suicidée en 1975 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Boulangère_de_Monceau

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Michèle_Girardon

Le sonnet II de Shakespeare ( « when forty winters shall besiege thy brow », vers repris par Yves Bonnefoy en prélude à l’un des poèmes du « Mouvement et l’immobilité de Douve: https://www.maulpoix.net/Theatrebonnefoy.html ) est adressé à un homme de vingt ans pour le prévenir de ne pas gâcher sa jeunesse dans le plaisir, mais de faire des enfants… mignonne allons voir si la rose..

http://www.shakespeares-sonnets.com/sonnet/2

 

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