Claude Sautet : Mado (1976)

A voir ici :

https://m.ok.ru/video/86778776251

Page Wikipédia :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mado

 »Un film ou se mèlent le mélodrame de l’homme seul, la détresse d’une jolie fille et l’ambiance des copains tous soucieux de s’en sortir dans le monde des années 70. »

Le précédent de Sautet est « Vincent, François, Paul et les autres «  deux ans avant : je l’avais vu à sa sortie en 1974 dans un cinéma vers Convention, qui n’existe plus aujourd’hui.Et puis avant, en 1971, il y a « Max et les ferrailleurs « , aussi avec Piccoli et Romy Schneider.

Le « mélodrame de l’homme seul ( et riche) » c’est celui de Simon Léotard, le promoteur immobilier, qui paye pour avoir une femme (Mado) qui « a bien dû se débrouiller lorsque l’huissier s’est pointé «  : ce qui sépare « Vincent » en 73 et « Mado » en 76, c’est le début de la « crise » et du chômage massif. J’ai eu 20 ans en 1972 et ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Petit florilège : Mado discute avec Simon :

 » et Manecca tu ne le fais pas payer je parie ..

   Non

mais qu’est ce qu’il a de spécial ?

il m’a offert une montre ..

mais moi aussi je peux t’en offrir une..

Au début je l’avais comme client.. un jour j’étais triste, pas d’humeur à ça.. Manecca il a tout de suite compris, il a été si délicat.. je ne sais pas ce qui m’a pris j’ai inventé une histoire de dette, alors il m’a donné sa montre. Plus tard j’ai été la faire expertiser, j’ai appris qu’elle vaut très cher. Alors je lui ai tout avoué, j’ai voulu la lui rendre, mais il n’a jamais voulu.. trois semaines plus tard j’ai appris ses ennuis judiciaires…

eh oui un homme délicat et bon, qui a plaqué sa femme et ses enfants et a passé sa vie à rouler des petits, comme toi et tes amis, une fripouille..

Toi, Simon, tu n’es pas une fripouille, tu es intelligent et combattif, tu fais bien l’amour, mais tu es incapable d’aimer, tu t’aimes trop.. ciao »

l’épisode central se situe vers la fin quand tout le groupe va visiter un terrain et s’embourbe sous la pluie, au retour.. mais il y a des bouteilles de vin.. là les caractères se révèlent  : les uns boivent et dansent aux sons de la musique des radios des voitures, d’autres font l’amour sur les banquettes arrières, Simon lui reste seul et distant. C’est le même genre de personnage que celui de Max le policier qui tente par tous les moyens de mettre dans le trou la bande des ferrailleurs de Nanterre, puis les rejoint en tuant le commissaire de police qui les avait coffré et se préparait à inculper la prostituée qui lui avait servi d’intermédiaire pour approcher la bande.

pourquoi ces personnages de solitaires froids, distants mais riches?

parce que la simple vie, celle des dancings, des cabarets, des joies simples et de l’amour, est promise à la mort et au néant.

Mais au dessus  » de la détresse de l’homme seul et des joies simples du plan vital » doit se trouver autre chose , motivant la recherche de l’Absolu menant à l’amour intellectuel, absolument désintéressé, à la différence de l’amour des dancings et des banquettes arrières de voitures..c’est impossible autrement, et d’ailleurs le raisonnement du début du Traité de la réforme de l’entendement nous rend tous les renoncements si faciles :

http://spinozaetnous.org/wiki/Traité_de_la_réforme_de_l%27entendement_(bilingue)

«

L’expérience m’ayant appris à reconnaître que tous les événements ordinaires de la vie commune sont choses vaines et futiles, et que tous les objets de nos craintes n’ont rien en soi de bon ni de mauvais et ne prennent ce caractère qu’autant que l’âme en est touchée, j’ai pris enfin la résolution de rechercher s’il existe un bien véritable et capable de se communiquer aux hommes, un bien qui puisse remplir seul l’âme tout entière, après qu’elle a rejeté tous les autres biens, en un mot, un bien qui donne à l’âme, quand elle le trouve et le possède, l’éternel et suprême bonheur.

2. Je dis que j’ai pris enfin cette résolution, parce qu’il me semblait au premier aspect qu’il y avait de l’imprudence à renoncer à des choses certaines pour un objet encore incertain. Je considérais en effet les avantages qu’on se procure par la réputation et par les richesses, et il fallait y renoncer, si je voulais m’occuper sérieusement d’une autre recherche. Or, supposé que la félicité suprême consiste par hasard dans la possession de ces avantages, je la voyais s’éloigner nécessairement de moi ; et si au contraire elle consiste en d’autres objets et que je la cherche où elle n’est pas, voilà qu’elle m’échappe encore.

3. Je méditais donc en moi-même sur cette question : est-il possible que je parvienne à diriger ma vie suivant une nouvelle règle, ou du moins à m’assurer qu’il en existe une, sans rien changer toutefois à l’ordre actuel de ma conduite, ni m’écarter des habitudes communes ? chose que j’ai souvent essayée, mais toujours vainement. Les objets en effet qui se présentent le plus fréquemment dans la vie, et où les hommes, à en juger par leurs œuvres, placent le souverain bonheur, se peuvent réduire à trois, les richesses, la réputation, la volupté. Or, l’âme est si fortement occupée tour à tour de ces trois objets qu’elle est à peine capable de songer à un autre bien.

C’est ainsi qu’ayant considéré tous les obstacles qui m’empêchaient de suivre une règle de conduite différente de la règle ordinaire, et voyant l’opposition si grande entre l’une et l’autre qu’il fallait nécessairement choisir, je me voyais contraint de rechercher laquelle des deux devait m’être plus utile, et il me semblait, comme je disais tout à l’heure, que j’allais abandonner le certain pour l’incertain. Mais quand j’eus un peu médité là-dessus, je trouvai premièrement qu’en abandonnant les avantages ordinaires de la vie pour m’attacher à d’autres objets, je ne renoncerais véritablement qu’à un bien incertain, comme on le peut clairement inférer de ce qui précède, pour chercher un bien également incertain, lui, non par sa nature (puisque je cherchais un bien solide), mais quant à la possibilité de l’atteindre.

7. Et bientôt une méditation attentive me conduisit jusqu’à reconnaître que je quittais, à considérer le fond des choses, des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet jeté en un très-grand danger, qui me faisait une loi de chercher de toutes mes forces un remède, même incertain ; à peu près comme un malade, attaqué d’une maladie mortelle, qui prévoyant une mort certaine s’il ne trouve pas un remède, rassemble toutes ses forces pour chercher ce remède sauveur, quoique incertain s’il parviendra à le découvrir ; et il fait cela, parce qu’en ce remède est placée toute son espérance. Et véritablement, tous les objets que poursuit le vulgaire non-seulement ne fournissent aucun remède capable de contribuer à la conservation de notre être, mais ils y font obstacle ; car ce sont ces objets mêmes qui causent plus d’une fois la mort des hommes qui les possèdent et toujours celle des hommes qui en sont possédés. »

alors face à ça, boire un petit coup…

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