« En quatrième vitesse » (« kiss me deadly ») de Robert Aldrich en 1955 : mon interprétation

Encore une fois cela fait longtemps que je parle ici de ce film extraordinaire , admiré par toute la critique française qui quelques années plus tard aboutirait à la « nouvelle vague » ( Chabrol , Truffaut, etc…) mais je suis grandement redevable à la conférence de Serge Chauvin :

https://www.forumdesimages.fr/les-programmes/toutes-les-rencontres/cours-de-cinema-en-quatrieme-vitesse-par-serge-chauvin

Conférence que je n’ai vue qu’à la fin de cette atroce année 2020, encore que je crois  »dépasser », faire un pas au delà de son propos sur ce film, étayé par une connaissance et une intelligence du cinéma bien supérieure à la mienne, qui est celle d’un individu, qui longtemps s’est réfugié dans les salles obscures pour fuir l’épouvantable pression du « dehors »….

Je dirai, abruptement, que le « soleil dans la boîte «  , la matière nucléaire dans une mallette qui est, révélée à la fin du film, le « secret crucialement important mais sans aucune importance «  après quoi courent tous les personnages peu recommandables du film, est ou représente l’Un qui est , c’est à dire Dieu selon les croyances néfastes des  trois religions  abrahamiques.

C’est ainsi que j’interprète à la fin du film le dialogue entre le docteur Soberill et Gabrielle, jouée par l’actrice Gaby Rodgers qui se trouve être la petite nièce de Husserl :

https://en.m.wikipedia.org/wiki/Gaby_Rodgers

« Qu’est ce qu’il y a dans la boîte ?

-la tête de Méduse

– cela doit valoir très cher , tant de gens se sont entretués pour s’en emparer…

– Oui et tu en mériterais bien une part Gabrielle, malheureusement cela ne peut pas être divisé..

– alors je prends tout » et elle lui tire dessus..

ce qui ne peut pas être divisé, c’est l’Un, par définition ; Serge Chauvin choisit d’y voir l’atome, ce qui colle mieux avec son sujet…mais l’atome EST, il peut être photographié…choisirl’atome, c’est opter pour l’un qui est

or, comme c’est la conclusion du « Parménide » de Platon, relu par Brunschvicg ou, un peu plus tard, Badiou :

l’Un n’est pas

ou encore :

 »ens et unum non reciprocuntur »

mais c’est encore Éros, l’Amour qui est loin d’être « Maître des Cieux » , mais est « le Prince de ce monde », la condition de la continuation du « plan des générations successives » c’est à dire au fond l’histoire , « ce cauchemar dont je cherche à m’éveiller » ( Joyce )

 

 

Il me semble bien que le docteur Folamour de Kubrick est le représentant, carrément fou à lier  pour le coup, de cet amour -Éros qui vise à perpétuer le cauchemar de l’Histoire  par le renouvellement des générations,   « vanité des vanités « , « poursuite du vent «  ou «  affliction de l’Esprit «  selon une autre traduction de l’hébreu « וּרְעוּת רוּחַ » au v. 14 :

https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft3101.htm

Donc Stanley Kubrick dans «  Doctor Strangelove «  en 1964 identifie Éros à rien moins qu’Hitler… mais il fait la même chose dans son dernier film « Eyes wide shut «  en 1999 :

Nous qui avons vu beaucoup de masques en 2020, ne trouvons nous pas là le sens de toute cette mascarade ? Qui n’est autre que l’histoire elle-même, vue comme une orgie perpétuelle ( on sait que Napoléon se félicitait en constatant qu’une nuit parisienne remplacerait ses pertes sur le champ de bataille).

Kubrick a toute sa vie voulu réaliser un film sur la Shoah : ce film n’est il pas «  Eyes wide shut »?

L’Un qui est peut être appelé, comme dans ce blog, « déchéance ontologique de l’Idée d’un » : ce n’est rien d’autre qu’Eros en tant qu’activité humaine. C’est le dialogue platonicien « Le banquet » qui met en scène ce parcours qui va d’Eros au Matheme, c’est à dire au fond du plan vital au plan internel, qui représente l’initiation à l’amour de Socrate par Diotime , « l’étrangère de Mantinée » :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/31/platon-le-banquet-de-la-dialectique-de-letre-a-la-dialectique-de-lun-deros-a-μαθημα-matheme/

Le Matheme , qui n’est autre qu’Amor Dei intellectualis:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/10/14/brunschvicgspinoza-lamour-intellectuel-amor-dei-intellectualis-de-spinoza/

explicité par Brunschvicg en amour intellectuel, à la fois expansion infinie de l’intelligence et désintéressement absolu de l’amour, ce matheme donc vient en trois étapes :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/03/20/les-trois-cadres-fondationnels-de-la-mathematique-st-ct-et-hott-et-le-systeme-de-badiou/

ST : théorie des ensembles

CT : théorie des catégories 

et HoTT : théorie des types homotopiques

La mathématique est une Pensée , et c’est dans le cadre de cette pensée  que doit être cherchée cette dialectique de l’Un qui doit prendre la place de la dialectique de l’être, notamment pour comprendre ce qu’est le Temps. 

« au contraire de la dialectique de l’être, la dialectique de l’Un se dilate en TOUS sens sans s’épuiser; elle engendre sans se nier, elle multiplie sans confondre, elle divise sans diminuer. Le refus de finalité n’est pas accepté par l’être: l’élan vital, étant élan, commence et finit nécessairement. Mais l’un, immanence même, ne connaît ni commencement, ni fin, étant l’acte du présent éternel. La conscience intellectuelle se développe par la transformation des jugements sensibles, automatisés dans l’être corporel, en jugements réfléchis, dirigés par l’intelligence en vertu de son pouvoir unifiant” 

 

 

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