Le poème « Remember  » de Christina Rossetti dans « Kiss me deadly » de Robert Aldrich

quelques rappels du début de l’ intrigue d’abord : le détective privé Mike Hammer prend à bord de sa voiture une « autostoppeuse «  qui lui force un peu la main ,se jetant au devant désastre voiture pour le forcer à s’arrêter. De plus l’inconnue est nue sous son imperméable et Hammer, qui n’est pas homme à se laisser dicter ses conditions par une femme, se dit qu’il va pouvoir profiter de l’incident pour s’offrir un peu de « bon temps « , comme disent ces racailles , je n’ai aucun mal à l’appelet ainsi, c’est une petite frappe qui pousse sa secrétaire Velda dans les bras de ses riches clients afin de monter des dossiers de chantage, tout en profitant lui même des charmes de la jeune femme, c’est donc un proxénète, une canaille qui mérite largement le mépris dont les policiers l’accablent. Mais l’inconnue qu’il a prise à bord de sa voiture , une femme intellectuellement supérieure, a facilement reconnu sa nature pusillanime et égocentrique d’homme qui n’a qu’un seul amour : lui-même, et qui dans une relation amoureuse ne sait que prendre, jamais donner, et en réponse à sa pitoyable tentative de drague, lui indique que ses parents lui ont donné le prénom de la poétesse anglaise pré- raphaélite Christina Rossetti, ajoutant d’un ton méprisant «  qu’il ne lit sans doute jamais de poésies », et elle termine en précisant d’un ton mystérieux que «  s’ils n’arrivent pas à bon port « :

« Remember me». «  souvenez vous de moi »

ce qui est le titre d’une des œuvres de la poétesse née à l’époque victorienne :

http://temporel.fr/Christina-Rossetti-poemes

L’autre joue les fiers à bras, les mâles alpha dominants :

« On arrivera.. we will.. »

Mais Christina répète , guère impressionnée :

« If we don’t.. Remember me »

Et presqu’ausstôt, une voiture leur barre la route, le mâle blanc si fier de ses biceps est assommé, et la torture de Christina commence…

Il y a au moins un autre cas où une œuvre cinématographique est adossée à un grand poème, c’est celui du film de Joël et Ethan Coen «  No country for old men « , qui s’inspire d’un poème de Yeats:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/6528-2/

Qui est d’ailleurs à l’origine d’une bonne partie de ce blog , notamment l’opposition entre plan vital des générations successives et plan internel des Idées , des « monuments de l’intellect qui ne vieillit pas » :

 »

Ce pays-là n’est pas pour les vieillards. Les garçons

Et les filles enlacés, les oiseaux dans les arbres

– Ces générations de la mort – tout à leur chant,

Les saumons bondissants, les mers combles de maquereaux,

Tout ce qui marche, nage ou vole, au long de l’été célèbre

Tout ce qui est engendré, naît et meurt.

Ravis par cette musique sensuelle, tous négligent

 

Les monuments de l’intellect qui ne vieillit pas. »

Le poème « Remember » semble quant à lui inspiré par les croyances en l’outre-tombe :

 »Souviens-toi de moi quand je serai partie
Partie bien loin au pays du silence ;
Quand tu ne pourras plus me tenir la main,
Ni moi choisir de partir ou rester.
Souviens-toi de moi quand tu ne me parleras plus
Jour après jour de tes projets pour notre avenir :
Souviens-toi simplement de moi ; tu comprends
Qu’il sera alors tard pour les conseils ou les prières.
Pourtant, si tu devais m’oublier un temps,
Puis te souvenir, ne sois pas triste :
Car si dans l’obscurité et la décomposition subsiste
Un vestige des idées qui furent les miennes,
Mieux vaut que tu oublies en souriant
Plutôt que de te souvenir en pleurant. »

mais Aldrich rapporte « l’obscurité et la décomposition «  caractéristiques de la mort à ce temps de déréliction qui est le nôtre, en le temps de terreur de l’apocalypse nucléaire qui vient après la seconde guerre mondiale, c’est en tout cas l’interprétation de Serge Chauvin et je l’approuve.

C’est à dire que  le culte «  aux monuments de l’intellect »  atemporels du premier poème aboutit au « souvenir » dans le poème de Christina Rossetti; dans les deux cas, nous nous trouvons en présence de la vie de l’esprit, qui «  se développe dans un Présent éternel « 

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/23/cochetbrunschvicg-7-dissolution-de-lhumanite-dans-lesprit/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/25/cochetbrunschvicg-8-la-vie-de-la-pensee-cest-la-conversion-incessante-vers-lunite-de-lesprit/

 

 

***** https://leonbrunschvicg.files.wordpress.com/2015/11/brunschvicg-introduction.pdf

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