Détective privé ( Harper 1966) vf

A voir ici :

https://m.ok.ru/video/104124910298

Page Wikipedia :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Détective_privé_(film,_1966)

je sais que j’ai déjà fait un article sur ce film :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/14/harper-detective-prive-1966-avec-paul-newman-et-lauren-bacall/

Mais j’ai des choses nouvelles à dire dessus. Notamment que ce qui sourd, ce qui suinte de ce film c’est un désespoir qui atteint un degré d’incandescence absolu, évidente dans les minutes finales, lorsque les deux amis «  qui ont fait la guerre ensemble » se remémorent leurs ambitions de jeunesse et constatent combien elles ont été déçues. Samson le richissime homme d’affaires a été retrouvé mort, c’est une pianiste toxicomane, Betty, qui a fait le coup, aidée par son frère truand et son amant Alan Taggart qui était pilote de Samson. Seulement Harper le détective réfléchit : pourquoi les kidnappeurs, qui ont été payés auraient ils tué leur otage et qui aurait pu tuer, à part Albert Graves son ami l’avocat conseil de Samson ? Il démolit les défenses de l’autre qui peu à peu lui confesse tout.. il a tué car amoureux de Miranda la fille de Samson il n’a pas supporté l’idée que le milliardaire pervers et alcoolique puisse revenir et continue à martyriser sa fille et à se moquer de l’idylle entretenue par l’avocat vieillissant . Tous les personnages de cette histoire sont méprisables et se méprisent cordialement les uns les autres, à commencer par l’homme d’affaires qui ne se soucie que d’argent, de sexe et d’alcool et que sa femme ne fait rechercher par Harper que pour éviter qu’il gaspille leur argent avec des « créatures « : elle compte bien lui survivre et jouir de ses richesses. Samson s’est entouré de personnages guère plus reluisants que lui, appartenant à la pègre et tous sadiques et cyniques . Les autres cherchent le « bonheur «  accessible seulement par l’argent : Betty et Alan s’aiment et veulent devenir riches grâce à la rançon du kidnapping, Albert l’avocat est attiré par la jeunesse et les belles formes de Miranda. Quant à Harper il voit bien la médiocrité de tout ce beau monde, mais ne renie pas les « joies » que ce métier lui apporte, comparable aux combats de mouches et d’araignées que Spinoza organisait et observait avec délectation. Comme ses motivations sont différentes de celles de Philip Marlowe dans « Le grand sommeil »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/03/14/le-grand-sommeil-livre-1939-et-film-1946/

à savoir la recherche de la vérité quoiqu’il en coûte, malgré la victoire finale  certaine du Maître Absolu la mort, qui est le « grand sommeil » du titre venant anéantir tous les beaux discours idéalistes en les « raflant dans le néant. Ceci dans le livre écrit en 1939 par Chandler Car le film réalisé en 1946 par Howard Hawks vient modifier la fin du livre en imaginant une histoire d’amour en Marlowe- Humphrey Bogart et Vivian – Lauren Bacall qui étaient à l’époque jeunes mariés. Le film réalisé en 1978 en Angleterre avec Robert Mitchum dans le rôle de Marlowe évite au moins ces banalités : car si l’essence même du rôle du détective est la recherche de la vérité, celle ci ne peut que correspondre à la victoire de l’intelligenre qui vainc tous les obstacles, par une expansion infinie car dépassant tout, ce qui est identique au désintéressement absolu de l’amour dans le schéma de l’amour intellectuel, Amor Dei intellectualis de Spinoza :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/10/16/amourintellectuel-lacte-unifiant-de-lintelligence-et-lacte-unifiant-de-lamour/

Au fond, intelligence et amour sont une seule et même chose : unification , c’est là le sens de l’Idée de l’Un qui est Dieu :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/16/scienceinternelle-19-recherches-sur-lidee-de-dieu-qui-est-dieu-∞-categorie-des-∞-categories/

et le désespoir absolu qui caractérise le film de 1966 vient de ce que tous les personnages confondent cet amour intellectuel divin avec Éros , « infini mis à portée des caniches » selon le dernier grand président des Français : c’est là le « péché contre l’esprit » qui ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans l’autre.

Mais il existe une autre conception du détective privé que celle, idéaliste , du héros de Chandler en 1939 ou celle, désespérée, de Harper en 1966 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2021/01/03/en-quatrieme-vitesse-kiss-me-deadly-de-robert-aldrich-en-1955-mon-interpretation/

Celle de Mike Hammer, le personnage violemment raciste, misogyne , méprisant les « intellectuels «  assimilés à des » fiottes », un peu proxénète sur les bords imaginé par Mickey Spillane en 1948 et repris par le progressiste Robert Aldrich dans son film de 1955 : « En quatrième vitesse » (« Kiss me deadly »). Aldrich a modifié dans le scénario de son film le livre de Spillane, et je suis convaincu qu’il a eu raison : la malette  contenant l’argent de la drogue est devenue dans le film de 1955, dix ans après Hiroshima, une malette contenant de la matière nucléaire en fusion, contre toute vraisemblance scientifique certes, mais qui s’en soucie ?

J’ai interprété ce scénario qui n’est rien d’autre que celui de la fin du monde par une réaction en chaîne se propageant à partir d’une plage de Californie:

 

 

fin de l’humanité parce que celle ci n’a pas été à la hauteur d’elle même, incapable d’empêcher la déchéance ontologique de l’amour intellectuel qui est du domaine de l’Idée ( du ciel) en Éros qui est de la Terre (du plan vital) : tel est le sens du feu nucléaire dans  la malette, « soleil enfermé dans une boîte », qui attire toutes les convoitises : seulement l’amour divin n’est pas à vendre, contrairement à Éros qui peut faire l’objet de prostitution dans les « Éros centers «

La fin désespérée de « Kiss me deadly » n’est donc pas très différente de celle de «  Harper » dix ans plus tard : chute du ciel en terre, de l’amour divin absolument désintéressé en amour sexuel intéressé au plaisir, qui peut être vendu et échangé . Tel est le sens du danger d’apocalypse nucléaire, suspendu au dessus de l’humanité telle une épée de Damoclès depuis 1945, et qui ne sera aboli que si chacun obéit à l’ordre venu de la pierre :

» TU DOIS CHANGER TA VIE »

sans le mésinterpréter en «  sauver la planète «  , détruire des statues, changer les noms de rues et autres âneries…

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/10/15/amourintellectuel-rilke-tu-dois-changer-ta-vie/

http://la-philosophie-au-programme.blogspot.com/2014/01/rilke-sloterdijk-tu-dois-changer-ta-vie.html

« Sinon, tu ne serais ébloui par la poupe du sein, et la légère volte des reins ne serait parcourue du sourire qui s’en va vers ce centre où s’érigea le sexe.
Et la pierre sinon, écourtée, déformée,serait soumise sous le linteau diaphane des épaules et ne scintillerait comme fourrure fauve

ni ne déborderait de toutes ses limites comme une étoile :

car il n’y est de point qui ne te voie.

Tu dois changer ta vie. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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