La troisième aile de l’ange

La poussière du temps tombe sur toutes choses, grandes et petites,

Comme la neige tombe sur Berlin,

Berlin ville des anges qui chutent dans le temps

Depuis “Das Himmel uber Berlin”, ou depuis la destruction ?

Éparpillement, émiettement, séparation, dissémination

même lorsque le corps des amants

squelette en attente de tomber en cette poussière

poussière d’ étants

enlacé en étreinte mortelle

Se murmure des serments d’ éternité

Mais il y a de l’or dans cette poussière

L’or du Réel-Un

Là où le Temps devient Espace

Et l’espace ne se résout plus en une multiplicité pure de points : un ensemble

La poussière du temps film ultime de Theo Angelopoulos

à la fin du film Jacob Lévy (joué par Bruno Ganz) choisit le non-retour, se jeter dans le fleuve, parce qu’il croit que l’aile de l’ange, celle qui est portée par le subtil murmure du temps qui est la Création, va le porter et le conserver

Quand la troisième aile de l’ange de l’Histoire fut coupée alors “commença” la chute dans le temps.

Mais si rien ne finit, jamais, rien ne commence vraiment non plus.

Mort de Theo Angelopoulos

La troisième aile de l’ ange, qui est l’Esprit, ne fut point coupée à un moment de l’Histoire, ni lors d’un concile, ni à l’orée de l’époque moderne.
Elle porte d’un bout à l’autre de la conque murmurante du temps, qui est l’existence internelle, la potentialité d’une sortie de l’Histoire émiettée, éparpillée, d’une décantation de l’or dans la poussière et les scories.

Lorsque la portance de l’aile est absente alors s’exerce le règne du Moi Je, de la masse anonyme du “On”

Pierre Emmanuel

“« Moi je. Le premier venu. Chacun. Personne.

Signe : néant. A peine suis je moi.

A peine suis je.”

Mais s’il est élevé par l’aile au dessus des flots du temps émietté le Moi Je se relève en le Tu Es

“O seul Absent tu m’investis

Tu m’investis du centre en moi où je ne suis

Ton vide écarte mes murailles

Ta Nuit m’enlève ma clarté

Tél un cristal cataracté.

Oui mes ténèbres voient !”