Les éperons noirs (1964) avec Linda Darnell juste avant sa mort atroce

Je viens de le voir sur Paramount Channel, c’est un film que je voulais voir depuis longtemps car c’est le dernier, tourné en 1964, de Linda Darnell :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_Éperons_noirs

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Linda_Darnell

Une actrice d’un charme étrange et angélique (il faut la voir dans “Fallen Angel” tourné en 1945 par le grand Otto Preminger avec Dana Andrews ) qui avait tourné avec les plus grands (Preminger mais aussi sous la direction de Manckiewicz dans “La porte s’ouvre” dont le titre en anglais est “No way out” , ce qui est vérifié aujourd’hui car c’est beaucoup plus qu’un film à thèse sur les conflits raciaux aux USA ). Elle s’était mise à boire lors du déclin de sa carrière, ce qui n’a évidemment rien arrangé.

Linda Darnell revient au cinéma en 1964 avec son dernier film Les Éperons noirs. Elle ne vit jamais ce film car, alors qu’elle regardait à la télévision un de ses anciens films, Star Dust, un incendie se déclara à cause d’une cigarette mal éteinte. L’actrice, surnommée « l’ange de Hollywood » par la presse, est brûlée vive et meurt de ses blessures le 10 avril 1965, 33 heures plus tard à l’hôpital dans d’atroces souffrances.

Voici ce que dit d’elle Douglas Sirk :

“« Linda Darnell était une jolie fille et une actrice charmante à l’époque de L’Aveu, elle était encore très jeune, à peine vingt ans. Elle sortait avec Howard Hughes, mais dès qu’il l’a laissé tomber, elle s’est mise à boire. Quand elle a joué dans un autre de mes films (The Lady Pays Off, en 1951), elle était devenue une autre personne. C’est l’un des cas les plus tristes de l’histoire d’Hollywood, qui était une sorte de capitale de la saoulographie.Vous savez que Linda Darnell est morte tragiquement ; elle avait une véritable phobie du feu, et c’est comme cela qu’elle est morte – morte dans un incendie à quarante ans. » ”

et Kirk Douglas (qui né en décembre 1916 aura cent ans à la fin de l’année) :
“Linda avait l’allure de Mata-Hari mais n’était qu’une fille charmante de Dallas fascinée par Hollywood. Elle connut une gloire rapide et disparut plus vite encore ».

L’ archange céleste fasciné par la capitale du Mal et du Serpent (que symbolise si bien Howard Hughes , ce démon luciférien auquel Martin Scorcese a consacré “Aviator”) , et pas seulement de l’ivrognerie!

Dans le film de 1964 les effets de l’alcool sur son visage se voient à vue d’œil ! et on observe aussi qu’elle force sur le cynisme de son rôle ( une entraîneuse de saloon vieillissante ).
Mais le scénario de ce film vaut par lui même: Santee as du revolver quitte sa fiancée pour devenir “chasseur de primes” c’est à dire tueur légal, puis il imagine une magouille pour voler à la petite ville de Lark son avenir de gare sur la future ligne de chemin de fer et s’associe pour cela à un riche escroc, à des hommes de main et à l’entraîneuse Sadie (Linda Darnell) . Il retrouve à Lark son ancienne fiancée mariée au shérif qui entend lui interdire de troubler l’ordre public en ouvrant un bar à jeux de hasard et à entraîneuses (il veut ainsi ruiner la réputation de la ville , pour que la ville concurrente devienne gare terminus à sa place) . Le shérif est torturé par les tueurs de Santee sans que celui ci leur en ait donné l’ordre. Santee amer croit que sa fiancée l’a abandonné mais quand celle ci lui apprend qu’elle était enceinte de lui et ne pouvait attendre seule son retour et que c’est pour cette raison qu’elle a accepté d’épouser le shérif qui voulait lui offrir une rémission et l’aider à élever son fils, qui est de Santee, ce dernier change d’avis et décide de se battre pour le Bien en recevant l’étoile de Shérif et en affrontant ses anciens amis en risquant sa peau. Il est intéressant d’observer que c’est exactement au moment où il apprend qu’il est bel et bien intégré dans l’ordre des générations successives qui constitue le plan vital qu’il change son orientation de vie. La comparaison se fait d’elle même avec “High noon” de Fred Zinneman car les deux films représentent l’opposition entre plan vital et plan spirituel :

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/26/brunschvicgraisonreligion-exemple-3-des-oppositions-fondamentales-high-noon-de-fred-zinneman-1952/

Dans “High noon” (” Le train sifflera trois fois”) Gary Cooper doit affronter la bande des tueurs parce qu’il le doit , mais au nom d’un impératif moral propre au plan spirituel, d’ailleurs sa jeune épouse quaker le menace de le quitter, ne supportant pas de le voir affronter le risque d’être tué alors que les autorités locales ne le lui demandent pas mais le supplient au contraire de fuir et de ne pas affronter le gang. Seulement “il le doit” au nom d’une nécessité plus haute que les impératifs sociaux et légaux propres au plan vital. Dans “Les éperons noirs” c’est le contraire, Santee ne se bat pas au nom du plan de l’Idée, mais au nom de l’ordre des générations successives,du plan vital dont il sait qu’il fait maintenant partie puisqu’il est père. Fred Zinneman volait vraiment très haut, bien plus haut que l’aviateur Howard Hughes sans doute, lui aurait pu sauver la pauvre Linda Darnell .

Mais ce qui est extrêmement émouvant c’est de constater que le destin de Linda Darnell dans la vraie vie est exactement l’inverse de la rédemption morale décrite par le film pour son héros imaginaire : alors que Santee se bat colt à la main pour abattre ce Moloch sanguinaire de jeux, d’alcool et de prostitution qu’il a créé pour devenir riche en détruisant l’honnête réputation d’une ville, l’actrice en chair et en os Linda Darnell succombe à ce même dieu monstrueux, mais pas du tout imaginaire cette fois, en buvant nuit après nuit pour supporter sa dégringolade: jusqu’à cette atroce nuit d’Avril 1965 où, ivre morte, elle ne remarque pas une cigarette mal éteinte qui met le feu à son lit.

Un destin qui n’est pas réservé aux anges prisonniers de la “Mecque de la saoûlographie” . En 1981 c’est William Holden , qui meurt tragiquement dupé par C2H5OH:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/William_Holden

Alcoolique notoire de longue date, William Holden n’a jamais réussi à surmonter son problème et connaît une fin tragique : d’après le rapport du médecin légiste du comté de Los Angeles, Holden était seul et ivre à son appartement de Santa Monica, le 12 novembre 1981, quand il chuta et s’ouvrit sévèrement le front sur le rebord de sa table de chevet, saignant à mort. Des preuves suggèrent qu’il resta conscient au moins une heure et demi après sa chute. Il est probable qu’il n’ait pas réalisé la sévérité de la blessure et ne demanda pas d’aide, ou n’en était pas capable[4]. Son corps est retrouvé le 16 novembre 1981 soit quatre jours après sa mort dans sa villa de Santa Monica. Sa dépouille est incinérée et ses cendres sont dispersées dans l’océan Pacifique.

Seulement Lui avait plus de 60 ans et avait eu le temps de tourner ces deux films qui brillent au firmament de La Mecque californienne divinement ivre, n’en déplaise à tous les Douglas Sirk du monde : “La Horde sauvage” et ” Network”.

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