Roberto Rossellini : voyage en Italie (1954)

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Résumé du film :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Voyage_en_Italie

On peut le voir ici en vo (italien) avec sous-titres français :

http://www.filmsvostfr.co/regarder-film-voyage-en-italie-streaming-vostfr.html

(Ne pas cliquer sur “Regarder” “Télécharger” mais  sur la flèche blanche, au centre de l’écran   après l’avoir rendue visible en cliquant très légèrement une ou deux fois sur la petite croix  pour effacer les mentions “Regarder” “Télécharger” qui la  masquent, cela ouvre des fenêtres , les éliminer aussitôt et rester sur l’écran de départ, où le film se met à jouer)

Ou ici (choisir openload):

http://sokrostream.ws/films/voyage-en-italie-79406.html

Un film vraiment bouleversant et d’une grande beauté , je l’avais vu il y a quelques années dans une salle d’art et d’essai et j’avais éprouvé le besoin irrépressible de faire un article (maintenant disparu) dessus, pour dire toute mon admiration pour ce chef d’œuvre, déjà alors j’établissais un rapport avec les idées de Marie Anne Cochet dans son livre de 1937 “Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg” : car ce couple d’anglais qui se déchirent et voient sombrer leur mariage à l’occasion d’un voyage d’affaires (pour vendre une propriété dont ils héritent) dans la région de Naples , quel est ce “miracle” qui les réunit à la fin et les décidé à renoncer au divorce? Une expérience spirituelle ! Expérience qui provoque une conversion spirituelle commune de cet homme et de cette femme, qui se trouvent être mari et femme mais n’avaient jamais jusqu’à ce voyage été vraiment seuls tous les deux et donc ne se connaissaient pas vraiment.
Cette expérience spirituelle qui est la cause de la conversion (spirituelle et non “religieuse” au sens social et communautaire ) de cet homme et de cette femme, ne peut être comprise qu’à la lumière des thèses de Lacuria que j’ai discutées dans le précédent article :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/01/14/scienceinternelle-6-les-harmonies-de-letre-exprimees-par-les-nombres-de-labbe-lacuria-le-pythagore-francais/

Cette expérience a lieu (dans la vidéo cela commence à peu près à 1 heure 07 minutes ) lorsque leur ami archéologue invité le couple à assister au “moulage” de restes humains de la catastrophe de Pompéi, qui a eu lieu il y a près de 2000 ans, en l’an 79 de notre ère. À vrai dire ces restes humains ne sont pas des squelettes, car les corps ont été complètement désintégrés, mais des “vides” gardant la forme d’un corps humain à l’intérieur de la terre formée des couches de poussières et de cendres volcaniques: on verse du plâtre dans ces “vides” et on obtient ainsi une sorte de moulage des corps d’individus morts lors de la catastrophe. On assiste ainsi , un peu après 1 heure 08 minutes, à la sortie de terre des moulages des corps d’un homme et d’une femme morts ensemble lors de l’éruption de 79 après JC. L’archéologue se risque à dire qu’ils étaient peut être mari et femme et immédiatement Katherine (Ingrid Bergman) éclaté en sanglots et s’éloigne , bouleversée. Son mari Alex (George Sanders) , très touché lui aussi, la suit pour la soutenir, ils n’ont pas encore divorcé. Or avant cette scène, Katherine s’était rendue aux catacombes avec une amie et le spectacle des squelettes de gens morts depuis des siècles, entassés dans les souterrains, n’avait provoqué aucune réaction de sa part, hormis un léger agacement devant l’ambiance artificielle de prières et de piété qui se dégageait de ce lieu. Quelle est la différence avec les “moulages” de Pompéi ? C’est que ceux ci ne sont pas des cadavres, il ne reste absolument aucune “substance” des corps d’origine, ce sont simplement les formes de ces corps qui apparaissent grâce à la technique du moulage. Ceci évoque bien sur les lignes de Lacuria au chapitre II des “Harmonies de l’être exprimées par les Nombres” : toute créature est un mixte d’être (de substance) et de non-être , il ne peut y avoir de connaissance sans distinction, sans discrimination, et c’est une loi absolue car elle concerne la réalité la plus intime de toutes : le moi, qui selon Fichte ne peut être pensé sans faire appel au “non-moi” . Lacuria distingue ainsi deux faces de l’intelligence divine , qui pour nous est l’intelligence humaine , ce que Brunschvicg nomme “Intelligence” dans “Les âges de l’intelligence”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ages_de_intelligence/ages_intelligence.html

Lacuria distingue ainsi deux sortes de langage :l’un , positif, qui est le langage ordinaire, et l’autre , qui est selon lui le “langage des Nombres” qui “exprime le côté négatif ou limite des êtres ” .
C’est évidemment ce genre de langage négatif qui s’exprime ici avec l’apparition des “moulages” , grâce au plâtre des vides laissés dans la terre par les corps: le plâtre joue ici le rôle de la “substance “, le même rôle que la feuille de papier sur laquelle sont dessinées des figures géométriques au chapitre II de Lacuria :
“Les divisions que vous aurez introduites sur le papier ne sont qu’apparentes puisque vous pouvez les effacer à votre gré. Le nombre et la division ne sont donc pas dans la feuille de papier qui n’a pas cessé d’être une seule feuille de papier, mais dans les figures qui sont multipliées ou divisées à votre gré. De même le limite peut se promener et s’étendre à volonté sur la surface de l’être ”

Le spectacle des squelettes dans les catacombes, qui ne produit aucun effet sur Katherine, peut être considéré comme une instance du langage positif, puisqu’il s’agit bien de restes substantiels (les ossements) des corps réels. Alors pourquoi le “langage négatif” des formes des corps, de leurs “limites” , apparaissant grâce à la technique du moulage, permet il à Katherine et Alex, le couple désirant divorcer, d’expérimenter une sorte d’illumination spirituelle qui es réunira à nouveau ? Ici je me sépare de Lacuria et de sa terminologie ontologique et substantialiste qui est d’ailleurs aussi celle de Spinoza dans l’Ethique. Ce que Lacuria nomme “langage des nombres” et qu’il caractérise comme “négatif” est ce que j’appelle “Mathesis universalis”ou “Science internelle de l’Esprit et des Idées” et qui déjà chez Leibniz subissait une contamination langagière :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/la-conception-langagiere-de-la-mathesis-universalis-par-leibniz/

ce n’est pas restreint aux nombres, et aux nombres entiers, considérés par Kronecker comme “création de Dieu alors que tout le reste vient de l’homme”:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Leopold_Kronecker

mais cela s’étend à toutes les entités mathématiques, toutes créations de l’intelligence humaine. Ce n’est pas un langage mais une Science, Science des Idées qui sont les catégories organisées en catégorie CAT de toutes les catégories:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/25/la-metacategorie-cat-de-toutes-les-categories-comme-modele-mathematique-du-monde-des-idees-de-platon/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/27/nouvelle-science-internelle-des-idees-comment-proceder/

et une Science aussi des vérités internelles (vérités éternelles de Descartes) qui sont les théorèmes de la Science internelle et peuvent en tant que propositions, c’est à dire mise en relation d’Idées, s’organiser en catégorie.
Nous avons vu que les deux premiers théorèmes de cette nouvelle Science sont :

Le “théorème zéro” autour duquel tourne le récent chef d’œuvre de Terry Gilliam:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/06/25/le-theoreme-zero-de-terry-gilliam-qohen-leth-cohen-qoheleth/

théorème qui sort aussi du chapitre 1 de l’Ecclésiaste :

https://bible.catholique.org/l-ecclesiaste-qohelet/4504-chapitre-1

théoreme zéro qui s’énonce :

“Le monde , ou plan vital-ontologique , est absurde, sans aucun sens et de valeur nulle, seul le plan spirituel-internel a de la valeur et du sens puisque lui seul contient ce qui donne sens et valeur : les Idées”

Il est énoncé plus poétiquement par Macbeth dans son fameux monologue :

http://www.lettresvolees.fr/beckett/documents/Macbeth.pdf

Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau : la vie n’est qu’une ombre errante, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite sur la scène son heure durant ; après quoi on ne l’entend plus ; c’est une histoire racontée par un idiot , pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien

Le théorème 1 est, comme nous l’avons démontré dans l’article précédent, ce que la philosophie appelle la “différence ontologique” :

l’Etre n’est rien d’étant

Sur Lacuria je suis partagé : il faut défendre le catholicisme contre les agressions permanentes de l’Islam , ainsi que des collabos christianophobes comme Vincent Peillon , et le catholicisme de Lacuria qui tourne à plein régime
Dans la Préface, me semble propre à ce combat . Mais je ne puis accepter son vitalisme substantialiste, contre lequel la physique moderne quantique a décidément tranché; il dit d’ailleurs quelques pages plus loin ceci qui se rapproche fort des thèses mises en avant ici sur la dualité que je nomme “Ouvert” ou “différence hénologique”:

L’esprit et la matière sont la double forme la plus générale de toute la création, puisqu’elle la renferme tout entière et comprend le Créateur; ils représentent donc d’une manière complète la double idée de l’être et du non-être qui se trouve en Dieu. Mais l’on retrouve encore cette double manifestation avec des caractères spéciaux dans des formes moins générales. La lumière et les ténèbres nous font voir d’une manière frappante de quelle façon l’être et le non-être contribuent à l’intelligence que nous avons des choses;c’est la lumière, en effet , qui éclaire pour nous les corps; néanmoins, si la lumière était seule, les corps resteraient pour nous indistincts, inintelligibles. Ce n’est que le mélange d’ombre et de lumière qui nous fait percevoir la forme et distinguer les corps; ainsi les énervés, tout inintelligibles qu’elles sont en elles mêmes, sont néanmoins nécessaires à l’intelligence matérielle , comme le non -être à l’intelligence proprement dite. Les créatures se montrent encore sous une grande division, celle de mâle et de femelle, et tous les philosophes ont regardé le masculin et le féminin comme relativement positif et négatif

Ce qui est criticable ici, c’est la manière désinvolte dont il passe du niveau métaphysique (être/non-être) au niveau physique et vital (lumière /ténèbres, masculin/féminin) et d’ailleurs la physique scientifique ne parle pas de “ténèbres”. Mais si l’Esprit (le plan internel-hénologique) est l’Autre de l’être (le plan vital-ontologique) cela ne me gêne aucunement de parler de l’Esprit comme du non être, à condition de ne pas attacher la notion de néant, de rien, à ce non être.
Revenons au film “Voyage en Italie” qui met aussi en scène l’opposition masculin/féminin. C’est Katherine qui dés le début se montre la plus attirée par l’Esprit , soit le “négatif” par rapport à la positivité du monde, c’est elle qui récite sans cesse ces vers d’un poète qu’elle a connu, qui était amoureux d’elle et qui est mort:

Temple pur de l’Esprit ,
Sans plus de corps,
Mais de pures images ascétiques,
Qui rendent par comparaison toute pensée peu claire

Des vers qui évoquent ceux de Brunschvicg dans “Agenda retrouvé”:

“Je rêve d’un temple pur d’où je m’excommunie”

Ce qui inspire le titre d’un article fameux de Jean-Michel Le Lannou:

http://books.openedition.org/psorbonne/212?lang=fr

Que j’ai commenté ici :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/06/25/jean-michel-le-lannou-un-temple-pur-leon-brunschvicg-lecteur-de-spinoza/

Les pures images ascétiques sont celles des pures formes, ou Idées, mathématiques, qui ne s’organisent pas du tout en langage, négatif ou pas, mais en Science, portant sur des catégories mathématiques, des Idées. Si le langage ordinaire porte sur la positivité substantielle (qui est illusoire) du monde, va pour nommer la Mathesis “négative” puisqu’elle ne porte que sur le plan des Idées, des Formes, des limites. Mais à condition de ne donner aucun sens dépréciatif à ce mot. Dans ce couple qui se déchire dans le film c’est la Mme, Katherine, qui joue le rôle initiateur, attirée par les poèmes, les musées et les œuvres d’art, bref la légèreté spirituelle des pures formes qui s’opposent à la lourdeur “positive” du jour et du monde et la transcendent. C’est Alex, le mari si “positif”et orienté vers l’action (commerciale notamment) qui la critique et se moque d’elle et de cette tendance spirituelle en des remarques désobligeantes qui déclenchent les premières querelles qui peu à peu s’enveniment et amènent chez ces deux êtres la volonté de divorcer. Et c’est dans le spectacle de ces pures formes artificiellement substantialisées des moulages des deux corps, féminin et masculin, que Katherine trouvera la révélation , bouleversante pour elle , du Présent éternel tel qu’il est explicité par Marie Anne Cochet à propos de la conversion spirituelle :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/25/cochetbrunschvicg-8-la-vie-de-la-pensee-cest-la-conversion-incessante-vers-lunite-de-lesprit/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/21/cochetbrunschvicg-3-les-deux-aspects-de-limmanence/

Conversion de la pensée à l’esprit qui est, et n’est, qu’unification:

“Le “cela est”, primitivement subi par les sens, qui représentent la périphérie de notre organisation connaissante, aboutit donc aux concepts des êtres, des forces et des choses, que nous appelons l’univers. Mais lorsqu’il est rejoint par le mouvement réflexif, il apparaît comme l’activité unifiante de l’esprit, immanente à la conscience, et le pouvoir de conversion de l’univers créé à l’unité créatrice change le signe de l’action humaine de la passivité des sens à la liberté formatrice de l’intelligence.
Il change également le signe du rapport entre l’être et l’un , car l’être des vivants, des forces et des choses, subi comme positif dans l’univers extérieur appréhendé par les sens, n’est plus jugé que comme une série d’apparences provisoires dans l’opération unitive en acte à l’intérieur de la conscience. Ce rapport de l’immanence spirituelle aux apparences sensibles est le même que celui du présent éternel au temps chronologique”

On peut aussi citer ces belles lignes de Marie-Anne Cochet au début de son livre lorsqu’elle s’attache à décrire la “connaissance intégrale” promise par la philosophie selon Brunschvicg :

Page 16:

Ce pouvoir actualisant de la réflexion, s’exerce d’une façon permanente , sans même que nous les constations. C’est lui qui crée, en le déterminant dans un espace intégré de la connaissance, la position d’un lieu considéré comme “ici”, alors que dans l’instantané le lieu est sans correspondance; et en ordonnant le “maintenant” de l’action qui se fait, en le reliant chronologiquement à un antécédent retenu par la pensée et à un conséquent anticipé par elle. Ce maintenant, cet ici , n’attestent pas seulement par leur instauration la puissance créatrice de la réflexion, mais ils différent profondément de ceux qu’épuise à chaque instant le présent évanescent de l’action chronologique, en ce qu’ils contiennent, en leur actualité inépuisable, les ici le plus lointains, les plus inaccessibles et les plus invisibles, aussi bien que les maintenant qui furent aux Temps les plus reculés et qui seront aux Temps les plus futurs.
Aucune limite n’est pensable à ce pouvoir d’actualisation, sans lequel ne subsiste ni passé ni futur, mais une instantanéité insaisissable et institua le. Toute connaissance s’exerce dans un inépuisable aujourd’hui. En lui s’insèrent tous les Temps, s’évoquent tous les espaces….

…ce jugement du Présent éternel ressemble à un miroir profond où d’innombrables images naissent et se pénètrent mutuellement sans s’effacer jamais mais en se modifiant les unes les autres par des valeurs nouvelles. Ainsi réfléchi, conservé, transformé, le mirage fluent des sens et des vies s’instaure en un

monde spirituel

, s’ordonne et s’unifie. Les intelligences s’y succédent , se développent en lui et le développent à leur tour. C’est dans ce monde spirituel que nous trouvons le spectacle offert à notre propre réflexion

Et plus loin Page 21:

C’est donc bien un univers spirituel, créé par la réflexion des humains, qui engendre les espaces et les temps, les peuple, les conserve en lui, les ordonné, et les unifie.
Réfléchir n’est pas rêver, mais juger, et juger, c’est énoncer le vrai. Connaître n’est pas croire, mais savoir, et vérifier sans repos le savoir obtenu, par l’examen de ce savoir, par une conscience intellectuelle agrandie.

Et plus loin, Page 40:

Savants, artistes et philosophes, tombent, vaincus par la mort, mais la mort ne peut rien sur leur oeuvre . Art et philosophie, vivant par elle, la poursuivent sans interruption. La vie de l’esprit se développe dans un présent éternel. Platon, Spinoza , sont nos contemporains, car ce qui fut chronologique dans leurs écrits n’est plus que la poussière déposée par le Temps sur un tableau de maître. Nous l’écartons sans peine, et contemplons l’éternelle beauté du tableau“.

Cette dernière phrase évoque le magnifique film de Théo Angelopoulos : ” La poussière du temps ” et le mythe de la troisième aile de l’Ange qui s’y trouve:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/la-troisieme-aile-de-lange/

comme la poussière et la cendre volcanique qui s’est accumulée sur les corps de Pompéi. Par l’expérience de la négativité des vides laissés par les corps désintégrés réintégrée, illusoirement, dans la positivité apparente du monde grâce à la technique du moulage, Katherine contemple “l’éternelle beauté du tableau” ou “se mire dans le miroir profond du jugement du présent éternel ” et entraîne son mari, sans lui tenir de pédants discours, à s’y regarder aussi.
Ils ne peuvent alors plus se séparer, unis qu’ils sont de manière indissoluble par cette expérience bouleversante qui leur découvre un “Temple pur” , un monde  spirituel que Katherine avait pressenti dans les vers qu’elle récitait et les visites qu’elle faisait dans les musées, et dont Alex, son mari, se moquait parce qu’il ne pouvait y accéder , obsédé qu’il était par la positivité du monde des sens et de l’action. Il aura fallu cette expérience “négative” des “trous dans l’être “, pures formes  laissées dans la poussière du Temps accumulée par les cadavres désintégrés , pour qu’ils puissent y accéder tous deux dans un jugement qu’ils renoncent à expliciter (aussi l’ai je fait à leur place)pour qu’ils prennent conscience de l’immanence radicale du Présent éternel à la conscience chronologique et soient de nouveau unis dans ce savoir :

«Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort…..  ” 


Savoir qui leur permet aussi , à la fin, de n’es pas être entraînés par la foule dans sa ferveur “religieuse“:

” il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir. Rien ici qui ne soit d’expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l’univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu’une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne” 
Bref , un savoir qui leur permet de dépasser leur statut de personnes , d’individualités seulement attirés, tels les papillons par la flamme, par l’ordre mercantile des affaires qui va son cours (“business as usual”) et de lui préférer le soleil et le farniente de cette région magnifique de Naples. 

Une comparaison cinématographique s’impose :celle avec le film de Francesco Rosi en 1973 :” Lucky Luciano “:, qui est aussi un grand film :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Lucky_Luciano_(film)

http://www.planet-streaming.com/regarder-film/18441-lucky-luciano-1973.html
(Choisir le lien  openload, ou Youwatch , ou ok.ru à droite de l’écran sous Vf)

où les deux gangsters , Lucky Luciano (Gian Maria Volonte) et Gene Giannini  (Rod Steiger ) vont aussi visiter les ruines de Pompéi en compagnie de leurs maîtresses, mais se contentent des  fresques  érotiques de ce qui était 2000 ans avant le bordel  de Pompéi , en se livrant à des remarques salaces qui les font beaucoup rire. Seulement c’est pour se trahir mutuellement après.. 

Seul le film de Rossellini répond donc positivement à la question de Thomas Mann à la fin de “La montagne magique” :

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?” 

 L’amour se trouve dans les “pures formes ascétiques ” du “Temple pur” de l’art et de la connaissance, et non dans les bordels, sinon ça se saurait, depuis le temps !







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