L’année 1939, frontière et limite, en deux films et un livre

Cette année 1939 nous fascine parce qu’elle sépare deux mondes, celui d’avant, et celui d’après qui est encore le nôtre : c’est cela que nous savons, et que ne savaient pas les personnes figurant dans le film amateur de Marcel Grégoire tourné en août 1939 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/05/17/marcel-gregoire-huit-jours-en-bretagne-film-amateur-1939/

A ce titre, 1939 est analogue à 1619, 320 ans plus tôt, année des songes de Descartes, ligne de démarcation des Temps du cartésianisme :

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/descartes-la-ligne-de-demarcation-des-temps/

Et , comme l’écrit Thomas Mann, à propos de l’avant 1914, et de l’histoire contée dans «  La montagne magique »:

»cette histoire de Hans Castorp remonte à un temps très lointain, elle est en quelque sorte  d’une précieuse rouille historique et il faut absolument la raconter sous la forme du passé le plus reculé… il en est d’elle comme il en est aujourd’hui des hommes : elle est beaucoup plus âgée que son âge, son ancienneté ne peut se mesurer en jours, ni en révolutions autour du Soleil le temps qui pèse sur elle… l’extrême ancienneté de notre histoire provient de ce qu’elle se déroule avant certain tournant et certaine limite qui a profondément bouleversé la Vie et la Conscience «   

J’ai choisi deux films, deux chefs d’oeuvre tournés en 1939, pour représenter cette époque d’avant, dont il nous faut absolument parler comme d’un passé très ancien et reculé .

1 « La règle du jeu » de Jean Renoir, tourné de février à mai 1939 et sorti en salles le 8 juillet 1939 ( film dont on parle dans « 1939 un dernier été » de Ruth Zylberman ). « La règle du jeu «  est visible ici, avec des sous titres anglais qui ne sont pas trop gênants :

https://m.ok.ru/video/1943262202510

sa page Wikipédia est :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Règle_du_jeu

2 « Paradis perdu «  d’Abel Gance, tourné en 1939, sorti en 1940 :

https://m.ok.ru/video/90960300667

dont la page Wikipédia est :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paradis_perdu_(film,_1940)

Le premier, « La règle du jeu » est évidemment beaucoup plus connu que le second, c’est un chef d’œuvre universellement célèbre, peut être le plus grand film jamais réalisé

ces deux films contrastent par la représentation qu’ils donnent de l’amour : constat amer du mensonge universel dans la société hypocrite d’avant-guerre pour « La règle du jeu » , particulièrement dans l’amour, considéré selon le bon mot de Jeanson comme « échange de deux fantaisies et contact de deux épidermes », d’ailleurs les bordels existaient encore à cette époque ,  et insupportable guimauve romantique résumée dans la chanson du film :

»rêve d’amour bonheur trop court au paradis perdu »

dans le film d’Abel Gance, qui est un grand film, et  n’en paraît  pas moins délicieux à nos yeux effarés d’hommes vivant en 2020, qui ont vu Mai 1968 et son horrible « jouir sans entraves » ( que même l’escroc de la philo, Bernard Henri Lévy, ne peut s’empêcher de démolir) suivi de la vague du cinéma X maintenant arrivée sur les portables, et enfin la révolution LGBTQ de la tolérance et du mariage pour tous  . A noter que Micheline Presle, actrice principale du film, qui avait 17 ans en 1939, vit toujours et s’approche des cent ans ! Bel effort !

Les deux « conceptions du monde »- appelons ça comme ca- continuent sur leur lancée  80 ans plus tard : mensonge et cynisme universels, à tel point que «  le vrai est devenu un moment du faux » comme le note Guy Debord, qui s’est tiré une balle dans la tête en 1994, et romantisme nunuche de l’amour dans les chansons populaires, celles de Patrick Bruel par exemple, qui a récemment demandé à une esthéticienne de le masturber. Signe des temps !

Belmondo, dans une réplique de « Pierrot le fou » de Godard en 1965, disait avec cet inimitable ton Bebel :

»  y a eu la Grèce, Rome, la renaissance, et maintenant nous entrons dans la civilisation du cul »

»La règle du jeu » déconstruit donc l’amour, parce que c’est le summum du mensonge propre à l’époque ; cet amour qui entraîne Pierre et Jeannine, les deux personnages principaux de « Paradis perdu » dans un tourbillon de joies et de rêves qui se termine.. avec la guerre de 1914-18, revisitée 25 ans plus tard dans le pressentiment d’une nouvelle guerre  : Pierre Leblanc part au front après avoir épousé Jeannine qui mourra en couches en donnant naissance à leur enfant, Jeannette.Pierre est bouleversé de retrouver la mère (morte) dans la fille, et pour cause : c’est la même actrice, Micheline Presle, qui joue les deux. L’amour mis en avant par le scénario est donc celui lié à la génération, donc au Temps, celui qui anime le poème célèbre de Lamartine :

https://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/le_lac


d’ailleurs le titre du film , « Paradis perdu « , exprime la nostalgie du passé, d’un « âge d’or » suivi d’une « chute dans le temps »  après un « bonheur trop court » : nous avons là ce qui se dissimule dans l’idéologie publicitaire et commerciale du bonheur dans la consommation… au fond il s’agit là d’un « rêve d’amour » plutôt que de l’amour lui même, qui n’est pas présenté dans « La règle du jeu », film  uniquement de constructeur et visant au mettre au bas le mensonge d’une époque hypocrite en pressentant le désastre qui suivra.

Le livre que je voudrais présenter comme symbole de cette année 1939 est paru cette année là : c’est « Raison et religion » de Léon Brunschvicg, qui illustre à mon sens cet aphorisme de Holderlin : «  à l’heure du plus grand danger, croît aussi la plante qui sauve » :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

C’est le livre où est présenté le véritable amour , «  Amor Dei intellectualis », dont Spinoza avait eu le premier l’idée il y a plus de trois siecles, mais expliqué par Brunschvicg en termes modernes :

«Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi.Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

 

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire »

cet amour qui consiste à « faire le Deux un « , non plus comme dans Éros par fusion des deux corps des amants, mais en identifiant deux « infinis » (or, il ne peut y en avoir qu’un seul, qui est l’Un) : l’expansion infinie de l’intelligence, infini intellectuel, et l’absolu désintéressement de l’amour, infini « moral »: c’est là une seule et unique chose, qui est la « présence de l’unité dans la conscience humaine » que nous appelons ici Dieu, comme nous y invite Marie Anne Cochet, la meilleure interprète de Brunschvicg, dans son « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/13/cochetbrunschvicg-objet-et-objectivite-raison-et-rationalite/

 

 

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Méditation sur le temps : 1939, le dernier été avant l’horreur

J’ai récemment donné le lien pour ces deux films, avec « La parabole de la voix » de Hermann Broch, magnifique méditation sur le temps, « union des contraires que sont le silence et la voix des âges révolus » :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/05/17/marcel-gregoire-huit-jours-en-bretagne-film-amateur-1939/

le film de Ruth Zylberman, « 1939 un dernier été » :

part des images du film amateur de Marcel Grégoire en août 1939, juste avant le basculement :

https://www.cinematheque-bretagne.bzh/Base-documentaire-426-3966-0-0.html

et s’interroge sur les motivations du touriste belge en vacances avec sa famille :

»quels vertiges voulait il fixer ? »

»est ce qu’ils savaient ce que nous savons, nous qui les regardons : que ce dernier été 1939 est une frontière, entre ce qui vient avant et ce qui vient après, et  ne pourra plus jamais être le même ? »

Mais ici je dois rappeler aussi ce qu’écrit Thomas Mann dans la préface à la « Montagne magique », qui résume le dessein qu’il poursuivait en écrivant ce livre dont j’ai recopié la fin en forme d’abîme,  les sept années « hermétiques »  de confinement dans un sanatorium de Davos  qui se terminent dans le chaos des champs de bataille de la 1ère guerre mondiale :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

«Où sommes nous? Qu’est ce que cela? Où nous a transportés le songe?
Crépuscule, pluie et boue, rougeur trouble du ciel incendié. Un sourd tonnerre résonne sans arrêt, emplit l’air humide, déchiré par des sifflements aigus, par des hurlements rageurs et infernaux…

…Ah, toute cette belle jeunesse avec ses sacs et ses baïonnettes, ses manteaux boueux et ses bottes ! On pourrait avec une imagination humaniste et enivrée de beauté rêver d’autres images. On pourrait se représenter cette jeunesse : menant et baignant des chevaux dans une baie, se promenant sur la grève avec la bien-aimée, les lèvres à l’oreille de la douce fiancée, ou s’apprenant avec une amicale gentillesse à tirer l’arc. Au lieu de cela, elle est couchée, le nez dans cette boue de feu. C’est une chose admirable et dont on reste confondu qu’elle s’y prête joyeusement, encore qu’en proie à a une inexprimable nostalgie de ses mères, mais ce ne devrait pas être une raison de la mettre dans cette situation.
Voici notre ami, voici Hans Castorp ! De très loin déjà nous l’avons reconnu à la barbiche qu’il s’est laissé pousser à la table des Russes ordinaires. Il brûle, transpercé par la pluie, comme les autres. Il court, les pieds alourdis par les mottes, le fusil au poing. Voyez, il marche sur la main d’un camarade tombé, sa botte cloutée enfonce cette main dans le sol marécageux criblé d’éclats de fer. C’est pourtant lui. Comment ? Il chante ? Comme on fredonne devant soi, sans le savoir, dans une excitation hébétée et sans pensée, ainsi il tire parti de son haleine entrecoupée et chantonne pour lui-même :
Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort…
Il tombe. Non, il s’est jeté à plat ventre, parce qu’un chien infernal accourt, un grand obus brisant, un atroce pain de sucre des ténèbres. Il est étendu, le visage dans la boue fraîche, les jambes ouvertes, les pieds écartés, les talons rabattus vers la terre. Le produit d’une science devenue barbare, chargé de ce qu’il y a de pire, pénètre à trente pas de lui obliquement dans le sol comme le diable en personne, y explose avec un effroyable excès de force, et soulève à la hauteur d’une maison un jet de terre, de feu, de fer, de plomb et d’humanité morcelée. Car deux hommes étaient étendus là, c’étaient deux amis, ils s’étaient réunis dans leur détresse : à présent ils sont confondus et anéantis.

Ô honte de notre sécurité d’ombres ! Partons ! Nous n’allons pas raconter cela ! Notre ami a-t-il été touché ? Un instant il a cru l’être. Une grosse motte de terre a frappé son tibia, sans doute a-t-il eu mal, mais c’est ridicule. Il se redresse, il titube, avance en boitant, les pieds alourdis par la terre, chantant inconsciemment :
Und sei – ne Zweige rauschten Als rie – fen sie mir zu…
Et c’est ainsi que, dans la mêlée, dans la pluie, dans le crépuscule, nous le perdons de vue.
Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse.

Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps.

De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?
FINIS OPERIS. »

Le passage de la Préface, intitulée « Dessein », est celui ci :

»cette histoire de Hans Castorp remonte à un temps très lointain, elle est en quelque sorte  d’une précieuse rouille historique et il faut absolument la raconter sous la forme du passé le plus reculé… il en est d’elle comme il en est aujourd’hui des hommes : elle est beaucoup plus âgée que son âge, son ancienneté ne peut se mesurer en jours, ni en révolutions autour du Soleil le temps qui pèse sur elle… l’extrême ancienneté de notre histoire provient de ce qu’elle se déroule avant certain tournant et certaine limite qui a profondément bouleversé la Vie et la Conscience «   

Ce tournant est évidemment la période de la guerre, de 1914 à 1918. Le roman de Thomas Mann est paru en 1924, basé sur un séjour qu’il avait fait au sanatorium de Davos, en 1911, pour rejoindre son épouse en cure, l’histoire contée se déroule de 1907 à 1914. Les lignes ci dessus portent sur la double nature du Temps, « élément problématique et mystérieux « : or tout le dessein scientifique, et personne ne pourra nier la véritable dictature des « conseils scientifiques «  de nos jours, est de ramener les « Mystères «  à des « problèmes « : on peut résoudre un problème, pas un mystère. La durée de sept années que passe au sanatorium Hans Castorp, « brave enfant gâté de la vie », « petit bourgeois à la tache humide », semblant peu doué au départ pour la maladie ( il était venu en août 1907 pour visiter son cousin Joachim ), est qualifiée par Thomas Mann de « durée hermétique « ; cela signifie qu’elle n’a aucun rapport avec les années ordinaires, celles du temps vital qui achemine à la mort, ce temps dont nous rêvons de nous libérer :

«Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort…..  «

Hans Castorp, le petit bourgeois qui devait devenir ingénieur dans la plaine, a passé des examens radiologiques et a dû rester au sanatorium, sur la « montagne des péchés «  , confinement dont il n’a été libéré que par la guerre en août 14. Durant ces sept années il a dû combattre la « séduction de la mort et de la maladie » sous la forme de ce que Mann appelle « un songe d’amour » et qu’un feuilleton télévisé nommerait « une belle histoire d’amour contrariée «  : Hans et une pensionnaire russe du sanatorium, Clawdia Chauchat, deviennent amants lors d’une « nuit de Walpurgis », Clawdia repart chez elle temporairement, elle revient accompagnée d’un « protecteur «  , le riche Mynheer Pepperkorn. Celui ci se suicidera, ne supportant pas les handicaps de la vieillesse, et les deux amants, devant sa dépouille, se sépareront de nouveau, définitivement cette fois, dans un « grand renoncement » : Hans restera seul au sanatorium dont il ne sortira que pour les champs de bataille, en août 1914.

La génération est le « truc » inventé par la vie pour « sauter par dessus la mort » (façon commode de s’exprimer, bien entendu). Et la génération est liée au « songe d’amour », qui dans le roman de Mann est vaincu par le « grand renoncement « . Cette victoire est la condition pour que « l’amour s’élève un jour » : nous devons donc conclure à une double nature de l’amour, élément « problématique et mystérieux «  comme le Temps.

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Tristan Vebens, “Feuilleton”

Les Amis de Bartleby

Version imprimable du cinquième épisode

Feuilleton – V –

On a beau faire le malin et se croire immunisé contre la propagande étatico-médiatique, la saveur du temps a changé, ralenti certes, mais presque coagulé, quasi en thrombose du fait de l’étranglement imposé par l’internement administratif à domicile, et les dispositions méticuleuses à prendre pour ne pas contaminer plus fragile que soi si jamais on était « porteur sain » : plus de repas collectifs, ni de discussions, ni de manifs… Rédiger ces quelques notes revient à essayer de tuer ce temps faussement alangui ponctué d’injonctions mobilisatrices.

Un des effets de l’absence initiale de protection, de dépistage et du flottement des préconisations médico-étatiques est l’ombre de suspicion et d’incertitude qui plane sur toute proximité : déjà que le capitalisme avait converti l’interdépendance du vivant et des activités- humaines en menace de compétition et de concurrence entre tous, avec la pandémie, ce qui nous lie paraît être ce qui peut nous miner.

Parce…

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Marcel Grégoire : huit jours en Bretagne ( film amateur 1939)

 

 

Résumé :

Très beau film de vacances d’un touriste belge, M. Grégoire, et de sa famille qui fait un tour de la Bretagne un mois avant la déclaration de la deuxième guerre mondiale. Ils passent par le Mont-Saint-Michel, Cancale, St-Malo, Lamballe, St-Brieuc, Paimpol, Perros-Guirec, Ploumanac’h, Landerneau, La Roche Maurice, Le Relecq, la presqu’île de Crozon vue du Village de Kersigenou avec en arrière plan la pointe de Dinan. Tanage de voile à Morgat, visite des grottes (grotte de l’hotel) avec le chien, Trévezel, Douarnenez, église de Confort, Poulgoazec vue d’Audierne, la Pointe du Raz, Saint-Pierre-Quiberon, Carnac et Vannes.

Des images de ce film se retrouvent dans le film de Ruth Zylberman : « 1939, un dernier été »

»Comment entendre le bruit du temps ? »et » comment la reconnaît t’on, l’Histoire,  quand on est plongé dans la suite monotone des jours ? »

ce sont là deux interrogations de ce film qui nous habitent aussi !

Le roman «  Les irresponsables » d’Hermann Broch répond à la première dans son introduction, « La parabole de la voix » :

» Un jour, des disciples vinrent chez le célèbre rabbi Levi Bar Chemio qui vivait en Orient il y a plus de deux siècles «

Ils lui posent une question qui le met en rage :

»Rabbi, pourquoi le Seigneur parla t’il lors de la Création ? » , objectant que rien n’existait alors pour entendre sa voix, puisque justement il ne créa la lumière, les eaux, les étoiles et la terre qu’en élevant la voix.

Le sage rabbin leur répond courroucé d’aller se faire cuire un œuf :

»la voix du Seigneur est son Silence, sa vue est cécité,  son activité est repos. Rentrez chez vous et méditez »

bref l’union des contraires, que le rationalisme soutenu ici (celui de Brunschvig) répudie à juste raison car cela revient à soutenir deux affirmations opposées et donc à casser toute logique à cause du principe logique ECQ ( ex contradictione quodlibet ») : si une contradiction est vraie, on peut tout en déduire, donc tout est vrai. Pas très intéressant..

ils reviennent le voir plusieurs fois avec crainte et tremblement, et lui demandent de les mettre sur la voie, ce qu’il fait en leur donnant un indice :

»Pourquoi le Saint béni soit il a t’il mis 6 jours pour achever la création alors qu’il aurait pu l’accomplir en un clin d’oeil ? »

le problème du temps donc, qui se pose aussi bien aux mystiques qu’aux rationalistes…

Ils reviennent le voir une dernière fois :

» tu nous as mis sur la voie, et nous avons reconnu que le monde créé par Dieu existe dans le temps. C’est pourquoi la création a besoin d’un commencement et d’une fin, puisqu’elle appartient au créé. Mais pour qu’il y eût un commencement, il fallait que le Temps préexistât. Pour cela la présence des anges était nécessaire, pour parcourir le temps à tire d’ailes et le porter »

Le Maître semble satisfait, mais ils sont incapables de répondre à l’aporie sur la voix qu’ils avaient soulevé. Le Maître dit alors :

»Je vais vous donner la réponse, et elle sera brève : qu’est ce qui représente à la fois le silence et la voix ? Le temps !  Bien que nous soyons baignés dans ses flots, il est pour nous mutisme et silence . A mesure que s’écoule le temps, la voix des âges révolus accroît sa puissance, et, à la fin des temps, nous saisirons le commencement et entendrons l’appel de la création du monde «

Comment entendre donc la voix du temps ? Ce n’est possible en toute rigueur qu’à la fin des temps, lorsque  la physique mathématique remplace les livres «  sacrés » ..et il me semble, ou plutôt je me demande, si la découverte du Fonds diffus cosmologique ( « cosmic microwave background « ) n’est pas cela : entendre la voix du temps :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fond_diffus_cosmologique

 

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Yannick Bellon : « L’amour violé » (1977-78)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Amour_violé

pour voir ce  film, c’est ici :

https://m.ok.ru/video/256741935643

Un film salutaire, en plus d’être très beau , car il permet de comprendre la tragédie que représente un viol, dans la vie d’une femme, une tragédie qui touche tout son entourage, famille, amis, relations amoureuses. Et ce que ce film permet de comprendre aussi, c’est que seule une enquête de police, permettant de retrouver le ou les coupables, et un procès permettent à la malheureuse victime de se « relever », et de ne pas sombrer corps et bien dans la dépression suicidaire. C’est la vie, le courage de vivre, de se lever le matin, de se laver , de travailler , qui est atteinte.

Et donc la procédure pénale ne constitue pas un acharnement judiciaire contre des gens souvent pauvres et défavorisés, comme on l’entend souvent  : non, c’est la seule solution pour la femme victime lui permettant de redresser la tête et d’échapper à l’enfer. Les violeurs sont de tous les milieux, bourgeois ou non.

La chanson du film , «  Jamais plus toujours :

rappelle la chanson de la « Famille » de Charles Manson :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/07/retour-sur-la-chanson-de-la-famille-secte-de-charles-manson-ill-never-say-never-to-always/

mais avec un sens bien différent . D’un bout à l’autre du film, les sommets majestueux des montagnes (« neiges éternelles ») sont opposées aux souffrances et aux violences de la plaine, un peu comme dans «  Au dessous du volcan » les pics et sommets volcaniques aux séjours transito des hommes faillibles. C’est en somme la dualité de « l’éternel » du « mont analogue » face au transitoire et au contingent du « plan vital »:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/11/01/le-jour-des-morts-dans-au-dessous-du-volcan/

sauf qu’il est possible de s’élever de la plaine vers les cimes, cela s’appelle escalade ou randonnée, et je trouve cela insupportable q’une femme ne puisse pas effectuer seule une telle randonnée sans craindre à chaque instant pour sa sécurité ou même sa vie.

»Jamais plus toujours «  est d’ailleurs un film de Yannick Bellon tourné en 1975 :

https://www.filmsdocumentaires.com/films/1194-jamais-plus-toujours

https://www.lemonde.fr/archives/article/1976/03/16/jamais-plus-toujours-de-yannick-bellon_2962270_1819218.html

et plusieurs autres œuvres de cette artiste disparue en 2019 me semblent intéressantes, comme « Quelque part quelqu’un » en 1972 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Quelque_part_quelqu%27un

 

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Notes sur Le Prisonnier : par-delà 1984

@phorismes

Winston Smith dans le film 1984 par Michael Radford Winston Smith dans le film 1984 par Michael Radford

J’ai revu l’intégralité de la série Le Prisonnier de Patrick McGoohan. Je reviens ainsi sur la comparaison que j’en ai esquissée avec le roman de Georges Orwell : 1984.

Il y a un certain nombre de points en commun et de différences significatives qu’il peut être intéressant de souligner.

D’abord, les deux œuvres montrent comment le désir de bonheur des individus peut se convertir en souci pour la sécurité, par peur de la souffrance inhérente à la condition humaine. La sécurité est ici conçue, d’abord, comme confort garanti. C’est la mise à disposition permanente de toutes les commodités techniquement disponibles : “all mod cons” disent les britanniques. Ensuite, c’est la protection contre l’autre, toujours suspect : conception sécuritaire de la sécurité. Derrière l’apparente sagesse de ceux qui consentent à tenir leur existence à l’intérieur des limites imposées par l’état…

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Eric Rohmer : l’amour l’après-midi (1972)

En 1972 j’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie...

J’ai un peu triché pour imiter le fameux début d’Aden Arabie de Nizan :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aden_Arabie

car étant né en décembre 1952, ce n’est qu’en décembre 1972 que j’ai atteint l’âge de   vingt années, et donc en 1972 j’avais 19 ans

Je ne me préoccupais guère de cinéma à l’époque, pas plus que de littérature, et la sortie de ce film en septembre 1972 passa pour moi inaperçue :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Amour_l%27après-midi

tout autant que celle de « Ma nuit  chez Maud » en 1969 ou « La collectionneuse » en 1967.

Je n’ai d’ailleurs vu « L’amour l’après- midi » qu’il y a quelques jours , ici :

https://m.ok.ru/video/1496543726232

et c’est bien dommage. Ce film me touche personnellement parce qu’il a visiblement été tourné en 1972, en témoignent les feuilles de calendrier que l’on voit à l’entrée du bureau de Frédéric : Lundi 3 janvier et Vendredi 17 mars… l’année n’est pas mentionnée, mais  cela correspond à 1972, j’ai vérifié sur Google.

Je me retrouve donc ici un peu comme un rescapé  du Titanic qui reviendrait sur les lieux où se trouve l’épave 48 ans après le naufrage , ce qui aurait donné 1960 ( = 1912 + 48), mais cela n’a pas eu lieu et il a fallu attendre encore trente ans ou plus pour que la technologie moderne permette de retrouver l’épave gisant par 4000 mètres de fond.

Vendredi 17 mars c’était sept semaines avant le Vendredi 5 mai 1972, qui a pour moi une signification particulière, voire «  particulièrement atroce » . Le lendemain matin, Samedi 6 mai, je passais l’écrit de physique de Normale Saint Cloud, et j’ai rendu copie blanche à cause de mon état nauséeux, quasi-comateux, comme si j’avais pris une cuite carabinée la veille, ce qui n’a pas été le cas, à l’époque je devais encore attendre des mois et des années pour connaître les sortilèges de John Barleycorn, qui n’a donc pas pu ce jour là me tendre une main « secourable «  et me faire signer un pacte avec mon sang ….. La semaine suivante par contre, pour les épreuves de Polytechnique, j’étais complètement remis et même en super-forme. A quoi tient une vie, tout de même…

mais bien sûr si ce film a eu un tel effet sur moi, cela tient d’abord à sa qualité exceptionnelle : il « récapitule » en quelque sorte, tous les « contes moraux «  précédents lors de la « scène de rêve « , où Frédéric , bon père de famille, s’imagine muni d’un «  appareil » permettant d’anéantir la volonté et le « libre arbitre » des femmes qui passent devant lui : Françoise Fabian et Marie- Christine  Barrault pour « Ma nuit chez Maud », Laurence de Monaghan, Béatrice Romand et Aurora Cornu + Gérard Falconetti, qui est du genre masculin,  pour « Le genou de Claire «   et Haydée Politoff pour « La collectionneuse » . Un rêve idiot bien sûr, qui ne fonctionne même pas puisque Béatrice Romand réplique vertement à notre apprenti séducteur : «  non je ne vais pas avec vous, car j’en préfère un autre, et ça, cher monsieur, c’est irréfutable »; elle a raison, il y a sans doute quelques imbéciles qui rêvent de mettre le désir en équations, mais c’est idiot, le désir n’est pas réfutable logiquement,  et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est éliminé du « paradis que Cantor a créé pour nous » ,  jardin aux sentiers qui bifurquent gardé par les Saintes démonstrations ( pas démonstrations d’amour, comme on dit).

On demandera s’il peut exister des femmes aventurières et impérieuses telles que Chloé,  dominant des hommes étrangement passifs comme Frédéric au point de se faire faire un enfant, et encore après avoir prévenu, mais visiblement dans ce cas de figure un homme averti n’en vaut pas deux.

Et la PMA c’est quoi ? Même plus besoin d’un pénis prêté pour quelques instants par un noble chevalier servant la noble cause de l’égalité des droits, bla bla bla…

Heidegger avait raison : la métaphysique s’achève en technique.

en tout cas face à une telle « petite entreprise «  Frédéric a la seule réaction possible : courage fuyons !

Seul homme revenant du passé du « Genou de Claire » pour hanter la séquence de rêve, Gérard Falconetti s’est jeté du haut de la Tour Montparnasse en 1984, après avoir été diagnostiqué positif au HIV :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gérard_Falconetti

Michele  Girardon , actrice de « La boulangère de Monceau », premier des contes moraux en 1963, s’est suicidée en 1975 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Boulangère_de_Monceau

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Michèle_Girardon

Le sonnet II de Shakespeare ( « when forty winters shall besiege thy brow », vers repris par Yves Bonnefoy en prélude à l’un des poèmes du « Mouvement et l’immobilité de Douve: https://www.maulpoix.net/Theatrebonnefoy.html ) est adressé à un homme de vingt ans pour le prévenir de ne pas gâcher sa jeunesse dans le plaisir, mais de faire des enfants… mignonne allons voir si la rose..

http://www.shakespeares-sonnets.com/sonnet/2

 

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