Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente

Henosophia Léon BRUNSCHVICG et la philosophie Μαθεσις Universalis

On lira avec intérêt cet article sur les juifs, célèbres ou non, du lycée Condorcet, et sur leur funeste destin sous l’occupation allemande:

http://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2006-4-page-81.htm

la forte présence juive dans ce lycée date de la fin du second empire, elle coîncide pour ainsi dire avec la IIIème République :

Depuis la fin du Second Empire, le lycée Condorcet occupe une place à part dans l’histoire de l’intelligentsia juive en France : il suffit de rappeler que James Darmesteter, Gustave Bloch, Joseph Salomon et Théodore Reinach, Henri Bergson, Victor Basch, Henri Hauser, Élie et Daniel Halévy, Léon Brunschvicg, Marcel Proust, Tristan Bernard, Georges Mandel, Emmanuel Berl, Raymond Aron, Claude Lévi-Strauss y ont fait tout ou partie de leurs études. Autant dire que la contribution des juifs à l’histoire intellectuelle du lycée est tout à fait exceptionnelle”

Trois des intellectuels formés à cette époque  symbolisent en quelque sorte la…

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HHhH (2017) le film sur Reinhardt Heydrich

Visible ici (en anglais, sous titres turcs):

https://m.ok.ru/video/375365896827

Page Wikipédia :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/HHhH_(film)

HHhH est le sigle de la phrase en allemand « Himmlers Hirn heißt Heydrich », littéralement traduit par « le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich »).

Les traits un peu lourds de l’acteur Jason Clarke rendent mal la physionomie profondément inquiétante et singulière d’Heydrich :

Ce fur incontestablement, bien qu’il ait été tué le 27 mai 1942, l’homme qui permit la mise en œuvre de la Shoah, née à l’origine du cerveau délirant d’Hitler stimulé par les «  enseignements » de la Société Thulé.

Le concept de « banalité du mal » imaginé par Hannah Arendt à propos d’Eichmann, ne s’applique pas à lui, bien qu’il fût un coureur de jupons et un carriériste fort banal

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La conférence de Wannsee en 1942 ( en allemand avec sous-titres anglais)

c’est lors de cette conférence que fut organisée la Shoah, ce complot décidé par quelques chefs nazis dont évidemment Hitler au premier rang.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Conférence_de_Wannsee

Il n’existe pas de verbatim in extenso : Eichmann, sur les ordres d’Heydrich, y a veillé . Nous sommes donc en face d’un complot ourdi au début par quelques individus parmi les plus ravagés du 3ème Reich : Hitler, Heydrich, l’individu le plus inquiétant du national- socialisme, qui n’en manquait pas, que certains « rivaux » soupçonnaient d’une ascendance juive à cause de son nez busqué, Himmler, qui se présentait comme la réincarnation d’Henri L’Oiseleur, Goering le morphinomane….

https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/4672-lesoterisme-nazi.html

La conférence de Wannsee leur permit d’asseoir cette idée délirante sur des bases solides. Traiter par le mépris toute notion de « complot » ou « conspiration «  revient donc à recouvrir d’un voile de ténèbres la Shoah, l’évènement qui est sans doute le plus important de toute l’Histoire humaine, ou inhumaine ; cela revient à donner un blanc-seing au négationnisme.

Le téléfilm allemand date de 1984:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Conférence_de_Wannsee

Il est repris dans un téléfilm britannique de 2001 : « Conspiracy « 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Conspiration_(téléfilm)

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Jacques Rivette : « Paris nous appartient «  ( tourné en 1958)

Le film a été commencé en 1958, mais pour des questions d’argent ne sortit qu’en 1961

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Paris_nous_appartient

C’est un film des débuts de la « nouvelle vague », et l’on reconnaît quelques réalisateurs de ce mouvement qui font leur apparition, notamment Jean-Luc Godard à la terrasse d’un café, à mi-film, où bien Claude Chabrol et Jacques Rivette lui même en tant qu’invités à la fête peu après le début. Le temps que « Paris nous appartient » puisse sortir en 1961, Godard avait sorti en 1959 «  À bout de souffle » et la nouvelle vague était lancée.

A la base de l’intrigue qui forme le scénario il y a un « complot » , dont l’idée est propagée par Philip Kaufman, un journaliste américain chassé des USA par le maccarthysme et réfugié en France . Terry, une américaine comme lui, qui a été sa compagne, partage ses idées, qui seraient aujourd’hui considérées comme « complotistes » et méprisées comme telles. Seulement la Shoah, qu’il est interdit de remettre en cause, n’émane t’elle pas d’un complot regroupant quelques chefs nazis, dont Hitler, Himmler et Heydrich, et organisé à la conférence de Wann See en 1942 ?

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Conférence_de_Wannsee

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Conférence_de_Wannsee

Or vers la fin de « Paris nous appartient « , Philip explique que le « complot » n’est rien d’autre qu’une renaissance du nazisme sous forme de métastase, visant la puissance et la conquête du pouvoir à l’échelle mondiale.

Ce genre d’idées fut effectivement popularisé dans une certaine littérature «  ésotérique «  , expliquant par exemple les phénomènes de « soucoupes volantes » en les rattachant à une organisation secrète d’anciens nazis ou de sympathisants baptisée «  Ordre noir »:

****** http://dossierschuonguenonislam.blogspirit.com/files/Jean%20Robin.pdf

****** http://www.owlapps.net/owlapps_apps/articles?id=2476341

******* http://www.camionnoir.com/detail-livre-hitler-l-elu-du-dragon-436.php

Le texte de « Hitler, l’élu du dragon » qui se tient à distance de la littérature sensationnaliste sur « nazisme et sociétés secrètes « :

******* https://www.yumpu.com/fr/document/read/8797034/jean-robin-hitler-lelu-du-dragon-bible-bibleetnombresfreefr

or, c’est l’une des thèses qui sous-tend ce blog, il existe bien un unique complot, depuis que l’homme a rampé hors du marécage originel, complot visant à prolonger indéfiniment le séjour de l’humanité sur cette planète, sur ce qui est appelé ici « plan vital », complot d’essence » ahrimanienne » au sens de l’anthroposophie de Steiner. Le nazisme en tant que phénomène historique est en quelque sorte le stade initial de ce complot :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/08/quest-ce-que-le-nazisme/

qui réside dans un « monisme athée «  du plan vital.

Je me méfie de la tendance récente à vitupérer tout ce qui est qualifié de « complotiste » parce qu’elle permet à ce complot d’avancer masqué, réussissant à empêcher Amor Dei intellectualis de remplacer Éros, et permettant ainsi au plan vital des générations successives, « vanité des vanités, affliction pour l’esprit », de se prolonger indéfiniment, selon le vœu des aberrations trans-humanistes.Or Jésus a dit :

« Le Royaume des cieux viendra lorsque les femmes cesseront d’enfanter »

Nous nous trouvons depuis 1945 à « l’ère de l’Absolu », d’ordre eschatologique, comparable à ce Temps où selon l’Evangile « le royaume des cieux s’est approché «  :

https://saintebible.com/matthew/3-2.htm

« Convertissez vous » ou « repentez vous » ne vise pas la fausse conversion à une « religion extérieure « , mais une « metanoia », changement d’attitude dont la Lame 12 du Tarot : Le Pendu, offre une illustration :

http://secretsdutarot.blogspot.com/2012/09/le-pendu-arcane-12.html

Évidemment , tous ces blogs sur le Tarot sont loin du compte , limités à leur imposture de « prévoir l’avenir », mais Le Tarot est strictement initiatique, incompréhensible à notre mentalité moderne utilitaire et dévoyée ( c’est à dire sortie de la Voie, Tora-Taro) évoquée par Dante au début de son vaste Poème

https://fr.m.wikisource.org/wiki/La_Divine_Comédie_(Lamennais_1863)/L’Enfer/Chant_1

 »

Au milieu du chemin de notre vie 1, ayant quitté le chemin droit, je me trouvai dans une forêt obscure 2.

2. Ah ! que chose dure est de dire combien cette forêt était sauvage, épaisse et âpre, dans la pensée cela renouvelant la peur, 

3. Si amère elle était, que guère plus ne l’est la mort ; »

forêt qui est celle évoquée par Descartes,

ou par Stanley Kubrick au début de « Fear and desire « 

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/02/14/stanley-kubrick-dans-une-foret-obscure

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Claude Chabrol : « Le beau Serge » (1958)

A voir ici ( sous titres en anglais):

https://m.ok.ru/video/37500816096

Page Wikipédia du film :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Beau_Serge

« Le Beau Serge est considéré comme étant le premier film de la Nouvelle Vague« 

Ce film me touche spécialement parce que mon père est originaire d’un village creusois situé non loin de Sardent, où je passais les vacances après 1960, en août et moins souvent en décembre. Je connais donc les hivers très rudes en cette région.

L’horreur de l’ivrognerie décrite dans « Le beau Serge » est réelle, je me souviens encore du « café » du village où l’on pouvait acheter les produits alimentaires de première nécessité, j’y allais souvent pour « faire les courses » et j’y voyais dès 16 heures des « locaux » attablés devant une « chopine », déesse tutélaire du coin, et à mon âge je ne me doutais pas de ce que cela recouvrait, plus tard mon père m’a souvent expliqué qu’avant guerre, les ivrognes étaient bien connus, et passaient souvent la nuit dehors pour « cuver ». Mon grand-père, mort en 1944, est revenu en 1918 de la Grande guerre amer, désespéré, et a eu régulièrement recours au vin pour anesthésier son malheur de vivre, mon père me disait qu’il avait souffert de ne pas pouvoir parler à ce père absent et toujours triste.

Ce qui est dépeint ici, et avec tout le talent de Chabrol, le metteur en scène, et de Gérard Blain , l’acteur, c’est l’emprisonnement d’un homme dans une condition qui ne lui plait pas et à laquelle il ne s’attendait pas, rêvant de devenir architecte, d’où son recours à la boisson, qui le rend enragé et destructeur ..

Dans ses films suivants, Chabrol s’est fait une réputation de critique au vitriol de la bourgeoisie, mais ici le propos est tout autre. Ce film très sombre finit quand même sur une note d’espoir : François, malade, réussit à ramener Serge ivre mort sous la neige et ce dernier assiste émerveillé aux premiers instants de vie de son fils, qui n’est pas mort-né comme le précédent.

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∞-categories seminar

http://www.math.titech.ac.jp/~shanekelly/InfinityCategories2017SS.html

A short course on ∞-categories :

**** http://www.math.uni-bonn.de/~mrahn/preprints/groth_scinfinity.pdf

Stable ∞-categories :

**** https://pages.uoregon.edu/njp/garcia.pdf

Spectral algebraic geometry ( avec développements de Rezk sur la notion d’ ∞-topos)

**** https://faculty.math.illinois.edu/~rezk/sag-chapter-web.pdf

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L’importance cruciale du film « Blow-up » réalisé en 1966, année-charnière

L’importance du film « Blow-up », qui fait l’objet de l’article précédent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/07/18/une-nouvelle-interpretation-de-blow-up-de-michelangelo-antonioni-1966/

ne saurait être surestimée, voici pourquoi :

Le film a été tourné en 1966, il est sorti en salles fin 1966 aux USA, en 1967 en France où il a obtenu la Palme d’Or à Cannes

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Blow-Up

Or cette époque (1966-67) marque un seuil

une transition entre deux périodes : celle s’étant écoulé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale en 1945, et celle venant après, qui mène jusqu’à nous 54 ans plus tard.

La vague de déstabilisation mondiale en 1968 commence en 1966 aux USA, résultante de l’évolution des années 60, la mentalité hippie remplaçant la mentalité beatnik ( celle des romans de Jack Kerouac)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Hippie

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Révolution_sexuelle

Le film de Roman Polanski « Rosemary’s baby » est sorti en 1968, juste après, adaptation d’un livre paru en 1967:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Rosemary’s_Baby_(film)

Mais le nom de Polanski est pour toujours associé à celui de Charles Manson qui sort de prison en 1967 et découvre la nouvelle époque ( analogue au « nieue Zeit » allemand trente ans plus tôt):

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Charles_Manson

« Avant d’être relâché en 1967, il a demandé à rester en prison mais sa demande a été rejetée[6]. Une fois dehors, Manson découvre une société transformée. Il reste à Los Angeles, lieux de ses dernières incarcérations et se mêle aux milieux hippies, commençant par vivre une vie de musicien errant, rapidement suivi par un groupe d’admirateurs et d’admiratrices.« 

Quant à Susan Atkins, avant de connaitre Manson, elle était danseuse « topless » et la maîtresse d’Anton Lavey, fondateur le 30 avril 1966 de l’Eglise de Satan :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Anton_Szandor_LaVey

Ainsi, ce que raconte « Rosemary’s baby », la naissance du Diable d’une femme en 1966 (le 28 juin 1966 pour être précis) , c’est, sous forme allégorique, ce qui s’est réellement passé avec le changement d’époque en 1966. Quelque chose que ne dit pas Michel Delpech dans « Inventaire 66 »! Le Mal radical s’est installé parmi les hommes, dans leur mentalité :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/04/01/le-mal-radical-selon-kant-consiste-a-orienter-son-ame-sa-conscience-vers-le-plan-vital-plutot-que-vers-le-plan-spirituel/

Sous la forme qui apparaît nettement dans « Blow-up »

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/07/18/une-nouvelle-interpretation-de-blow-up-de-michelangelo-antonioni-1966

« Du point de vue du « monde moral «  c’est encore plus net : lors de la soirée arrosée et enfumée où Thomas retrouve Ron après sa visite nocturne dans le parc, la veulerie droguée le dispute à l’impuissance à réagir : Thomas explique à Ron ce qui se passe, qu’il y a eu mort d’homme, mais l’autre se borne à demander d’un air ahuri : «  qu’est ce que tu as vu dans le parc ? » D’ailleurs Thomas retourne dans le parc au petit matin après avoir dormi et ne trouve plus de cadavre . « 

Chacun des personnages, majeurs ou non, du film est exclusivement soucieux de son intérêt propre, prêt à échanger quelque chose ( leur corps pour les deux ingénues, Jane Birkin et Gillian Hill) uniquement pour obtenir ce qu’il souhaite, bref ce que j’appelle le « devenir-racaille » de l’humanité contemporaine, qui a justement commencé ces années là. C’est exactement le contraire de l’absolu désintéressement de l’amour, qui est le versant moral dans Amor Dei intellectualis, identique à l’expansion infinie de l’intelligence.

Cette veulerie morale a ses racines dans le « peace and love » fleurs dans les cheveux et joint à la bouche du phénomène hippie , de même d’ailleurs que la tuerie d’août 1969, année de Woodstock auquel répond Altamont quelques mois plus tard, avec son service d’ordre constitué de Hell’s Angels qui assassinèrent un spectateur, Meredith Hunter :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Meredith_Hunter

C’est ce que Polanski décrit comme naissance du Diable en 1966, exacte inversion d’Amor Dei intellectualis, et aujourd’hui, cinquante ans plus tard, nous comprenons le sens de ces prolégomènes

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Une nouvelle interprétation de « Blow-up » de Michelangelo Antonioni (1966)

en français :

https://m.ok.ru/video/317074049677

En vo ( anglais) :

https://m.ok.ru/video/327409535736

La page Wikipédia donne des informations utiles, mais je ne suis pas du tout d’accord avec son interprétation, faisant appel à l’existentialisme et à « L’être et le néant » de Sartre :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Blow-Up

J’irai droit au but, en résumant ma propre interprétation, qui se situe en droite ligne de l’article précédent, de ce « polar métaphysique «  :

Ce grand film, qui au niveau extérieur décrit le «  swinging London » des années 60:

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Swinging_London

qui est à l’origine de Mai 68 en France, d’où la fascination exercée par ce film dans notre pays, qui hélas n’a pas encore « apuré les comptes » avec cette année triste, dépeint en fait la « mort de l’homme «  qui était la grande affaire de cette période du « structuralisme «  et du début du « déconstructionnisme », décrite symboliquement par l’intrigue policière qu’il ne faut pas trop prendre au pied de la lettre : un photographe de mode, Thomas, qui se promène dans un parc situé à Charlton au Sud- Est de Londres ( Maryon Park ), est intrigué par le comportement d’un couple d’amoureux qu’il photographie discrètement : mais lorsque la femme (Vanessa Redgrave) s’aperçoit de la chose , elle réagit violemment et demande à Thomas de restituer les négatifs. Il l’éconduit en disant qu’il les lui rendra, mais que des clichés précieux à lui figurent sur la bobine. Rentré chez lui, il a la surprise de recevoir la visite de la jeune femme, qui réitère sa demande puis se déshabille et fait l’amour avec lui. Intrigué, il lui restitue une fausse pellicule et garde la vraie qu’il développe espérant comprendre les raisons de cette volonté acharnée de Jane, la jeune femme. Procédant à des agrandissements, il s’aperçoit qu’il a été le témoin d’une tentative de meurtre avortée, pensant voir sur les clichés agrandis la silhouette d’un homme tenant un revolver se préparant à tuer l’homme d’âge mûr amené ainsi par la jeune femme dans un guet-apens. Thomas est persuadé d’avoir ainsi sauvé la vie à l’homme qui sinon, sans cette interruption dûe aux photos et à la colère de Jane, aurait été tué. Cependant lorsqu’il revient dans le parc à la nuit tombée , il tombe sur un cadavre : l’assassinat a bien eu lieu.

Cette « mort de l’homme », insoupçonnée sous les dehors d’une société développée, « émancipée «  , est la résultante de l’activité scientifique apportant à l’humanité occidentale de nombreuses connaissances nouvelles dont elle ne sait que faire, ne parvenant pas à les intégrer dans son arsenal symbolique traditionnel, ce qui aboutit au nihilisme « post-moderne « , la cosmologie issue des progrès modernes de la physique mettant en jeu des échelles de temps et d’espace énormes en comparaison des données chronologiques historiques. C’est là le sens des agrandissements successifs pratiqués par le photographe dans son laboratoire, analogues à la « plongée » vers l’infiniment petit réalisée dans les accélérateurs de particules de la physique moderne.

Mais la science n’a pas pour but de pallier aux insuffisances de la perception ordinaire, mais de parvenir à une intelligibilité parfaite du monde phénoménal : on a réussi à photographier un électron, la photo se trouve dans le livre de Bernard Pullman , « L’atome », et alors ? On voit une espèce de boule ronde, semblable aux perceptions d’échelle plus élevée, mais cela n’apporte aucune intelligibilité supplémentaire. Ce qui garantit celle-ci, ce sont les Idées mathématiques, les mathèmes et c’est pour cette raison que la physique mathématique est supérieure à l’ancienne physique dite « aristotélicienne « 

C’est là le thème du mémoire de fin d’études que Simone Weil a rédigé sous la direction de Brunschvicg, qui était son professeur à Normale, et que celui ci a noté tout juste à la moyenne : »Science et perception chez Descartes » :

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/13/simone-weil-science-et-perception-dans-descartes/

où elle distingue trois stades de la science : ancienne (grecque), classique et moderne , cette dernière caractérisée par l’algébrisation complète, qui remplace l’intuition directe des perceptions par l’intellection pure des rapports mathématiques. Le stade maximum, parfait de cette algébrisation est l’application de la théorie des catégories, où ces rapports sont représentés par des morphismes dans une catégorie.

La science ne vise pas la puissance technicienne, c’est en cela que l’émergence d’une physique mathématique au 17ème siècle constitue, selon le mot de Brunschvicg, « un déplacement dans l’axe de la vie religieuse «  : c’est une rénovation totale de la mentalité humaine qui se trouve au bout, Éros y cède la place à l’unité complète d’Amor Dei intellectualis, comme dépeint par l’article précédent :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/07/15/hott2-pm-au-commencement-etait-le-jugement/

« L’intuition spinoziste n’est rien si elle n’est éternelle et totale, si elle ne se rend capable d’appuyer la transparence et l’universalité de l’amour à l’immanence et à la certitude du vrai. En d’autres termes, il n’y a qu’un problème pour le philosophe, ou plus exactement on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. « 

 »L’affirmation certaine du réel, grâce à la constitution progressive de l’univers, telle sera donc la caractéristique de cet idéalisme de l’immanence, auquel vient aboutir le double courant d’analyse réflexive, qui est issu de Kant et de Biran. Et, si cet idéalisme est fondé, il doit s’appliquer au monde moral comme au monde scientifique ; car la vérité, par cela seul qu’elle est la vérité, doit être indivisiblement théorique et pratique. »

L’expansion infinie de l’intelligence , l’intelligibilité totale du monde phénoménal, garantie par les idées mathématiques, c’est la même chose que l’absolu désintéressement de l’amour : en cette unité complète de « l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire «  consiste Amor Dei intellectualis. C’est pour cela que l’idéalisme de l’immanence doit s’appliquer au monde moral comme au monde scientifique : si l’expansion de l’intelligence scientifique dans les idées mathématiques qui sont les mathemata, relations de la science, ne mène pas à l’Absolu, qui est l’absolu désintéressement de l’amour, c’est qu’elle n’est pas totale, infinie et parfaite. On objectera qu’il est impossible d’atteindre l’infini en un temps fini, que « la perfection n’est pas de ce monde. C’est ici que la thèse, proposée par moi, des 3 étapes d’accès à l’Absolu : ST, CT et HoTT, prend tout son sens. L’expansion infinie de l’intelligence, cela consisterait à comprendre parfaitement ces 3 développements de la mathématique.

Nous avons assisté à cela au cours de la dernière crise sanitaire du Covid_19 : les «  scientifiques «  autoproclamés «  se contredisant entre eux et se dénigrant les uns les autres en studio. Il est vrai que la médecine n’est pas ( encore) parvenue au stade scientifique ultime, celui de la physique : il faudrait pour cela qu’elle se fonde sur la physique des particules composant les cellules.

Un tel état de choses est montré par le film d’Antonioni : le photographe, représentant la science et sa descente effrénée vers les échelles de plus en plus petites, découvre qu’il a été joué, parce que le développement des photos révèle, ou semble révéler, la présence d’un homme armé dans les buissons, et la jeune femme semble regarder vers ce point tandis que l’homme âgé l’embrasse dans le cou sans se douter de rien. Ce que confirme la nuit suivante le retour de Thomas à Maryon Park, où il découvre effectivement un cadavre. Mais là encore il s’agit d’une perception sensible, douteuse comme Descartes l’a enseigné. Bref Thomas ne parvient pas à dépasser le stade de la perception et ses incertitudes. Du point de vue du « monde moral «  c’est encore plus net : lors de la soirée arrosée et enfumée où Thomas retrouve Ron après sa visite nocturne dans le parc, la veulerie droguée le dispute à l’impuissance à réagir : Thomas explique à Ron ce qui se passe, qu’il y a eu mort d’homme, mais l’autre se borne à demander d’un air ahuri : «  qu’est ce que tu as vu dans le parc ? » D’ailleurs Thomas retourne dans le parc au petit matin après avoir dormi et ne trouve plus de cadavre . Donc soit ce qu’il a vu la veille était illusoire, soit le cadavre a été enlevé par des hommes.

Il y a encore deux autres scènes significatives avant la fin : Thomas, conduisant dans Londres la nuit pour aller à la soirée où il doit retrouver Ron, croit voir Jane (Vanessa Redgrave) dans une file d’attente, devant une enseigne où est inscrit : « PERMUTIT », mot qui évoque la permutation d’objets ( ou d’hommes ) interchangeables ( Grand remplacement ?). On sait que la notion de permutation des éléments d’un ensemble mène à la théorie mathématique des groupes, très prégnante en physique .

Courant vers l’endroit après être descendu de voiture, il ne retrouve pas Jane mais aboutit à une salle où est donné un concert de rock : les Yardbirds chantant « Stroll on » ce qui évoque l’idée de promenade et d’errance:

 »

Strollin’ on,
‘Cause it’s all gone,
The reason why.
You made me cry,By tellin’ me,
You didn’t see.
The future bore,
Our love no more.If you want to know,
I love you so,
And I don’t want to let you go.
I’m strollin’ on,Gonna make you see.
I’m strollin’ on,
You’ll find you really love me.
I’m strollin’ on,Be your turn to cry.
I’m strollin’ on,
You wish you’d never lied.
You’re going to change your mind,But you ain’t gonna find,
Any more of my kind.
I’m strollin’ on,
‘Cause it’s all gone,The reason why.
You made me cry,
By tellin’ me,
You didn’t see.The future bore,
Our lovin’ no more.
If you want to know,
I love you so, »

Bouleversante envolée métaphysique … il me semble qu’on peut traduire « J’me casse tout est fini entre nous tu me regretteras »

les spectateurs ressemblent à des zombies, jusqu’ à ce que le guitariste Jeff Beck brise sa guitare et en lance les morceaux dans la foule, provoquant une bagarre des auditeurs pour s’emparer des précieuses reliques, selon un jeu convenu que ne dédaignait pas Jimi Hendrix. C’est Thomas qui réussit à s’en emparer et à sortir en courant, poursuivi par la meute des autres spectateurs, jusqu’à ce qu’il réussisse à les semer, jetant alors les morceaux de guitare. Là encore je ne suis pas d’accord avec l’interprétation de la page Wikipédia :

« 

Le film comporte de nombreux aspects symboliques, et présente un parti-pris de privilégier une représentation poétique plutôt qu’une représentation réaliste et plausible. En particulier, les agrandissements successifs d’une même image, permettant au protagoniste de voir toujours plus de détails qui n’apparaissaient pas de prime abord, et de dévoiler un secret (voir la polysémie du mot « blow up » en anglais[N 2]), ne seraient pas possibles techniquement, la limite absolue de la résolution du cliché photographique étant rapidement atteinte. Cela souligne à quel point le point de vue d’un individu influe sur le sens donné à la réalité, au point de déformer considérablement ce qui est ou ce qui a été, même en présence de signes matériels en principe objectifs. Ainsi, l’ambiguïté est savamment maintenue quant au caractère réel ou imaginaire du meurtre : Thomas seul a vu — ou cru voir — le corps, et les raisons pour lesquelles cette femme exige la destruction de ses clichés pourraient être tout autres, tout comme le saccage de son studio pourrait être sans lien avec cet incident. Obnubilé par ce qu’il pense avoir vu, le personnage interprète ce que ses sens perçoivent d’une manière qui ne fait que conforter son idée préconçue, en dépit du bon sens, attribuant à chaque détail (pouvant n’être qu’un artefact) une signification en relation avec celle-ci (en vertu du phénomène de paréidolie). Ces procédés narratifs renvoient aux principes de l’existentialisme, selon lesquels les évènements — et par extension les êtres — n’ont aucune signification en soi, aucune essence, acquérant un sens uniquement une fois contextualisés et interprétés[N 3].

Les scènes finales illustrent et renforcent ce discours sous-jacent : lors de la scène du concert[7], frustré par un grésillement intempestif renvoyé par son amplificateur, le célèbre guitariste Jeff Beck brise sa guitare[N 4] et jette le manche dans le public (quasiment apathique l’instant d’avant), provoquant une soudaine émeute pour s’emparer de l’objet devenu une relique, investi d’une haute valeur symbolique, dans le contexte ritualisé d’un concert de rock, et par le truchement d’un fétichisme irrationnel, particulièrement prégnant s’agissant de célébrités du spectacle(lesquelles sont elles-mêmes fétichisées en raison même de leur célébrité, qu’en retour cette fétichisation contribue à amplifier démesurément, à la manière d’un larsen, par une boucle de rétroaction incessante entre la cause et l’effet, entre le motif du désir et le désir suscité) ; le protagoniste parvient à le ramasser et s’enfuit, jusqu’à semer ses poursuivants qui cherchent de même à récupérer l’objet fétichisé ; mais une fois dans la rue, hors du contexte qui lui conférait sa valeur symbolique, l’objet perd soudain ses attributs et redevient un morceau de bois dépourvu d’utilité (c’est-à-dire : un déchet), ce que le protagoniste réalise puisque, après un bref regard, il le jette négligemment au sol et s’en va. Un homme qui vient de le voir faire, mais n’était pas présent au concert, et n’est donc pas au courant du contexte ayant, pendant un temps, conféré à cet objet un surcroît de signification, l’ayant rendu hautement désirable, va ramasser le manche brisé, l’observe un bref instant, puis ne sachant qu’en faire le jette à son tour »

Moi je ne vois là qu’un fétichisme irrationnel effectivement, ressemblant au comportement barbare d’une tribu de sauvages . Seulement cette barbarie s’exerce dans un pays européen se situant à la pointe du progrès des connaissances scientifiques (pure et malveillante ironie de ma part car je doute que ces zombies connaissent grand chose ).

La dernière scène du film, très célèbre, se passe au petit matin dans le parc où Thomas déambule après avoir constaté l’absence du cadavre qu’il avait vu la nuit d’avant. Il croise les personnages dionysiaques en cortège, qui entament une partie de tennis où il n’y a pas de balle, en mimant les gestes qu’ils feraient si la partie était réelle :

 »Puis vient la fameuse scène finale, qui vient encore appuyer cette notion, montrant une troupe de mimes jouant au tennis avec une balle imaginaire : la balle de tennis existe bel et bien, puisqu’on en joue avec la plus grande conviction ; on crée le contexte qui crée le sens qui recrée en retour la réalité, en dépit du caractère factice de tout le dispositif. Et cette conviction sans faille exerce sur le protagoniste un effet de persuasion, littéralement, mimétique : il rentre dans le jeu, il se prend au jeu avec le plus grand sérieux (comme, dans un célèbre chapitre de L’Être et le NéantJean-Paul Sartre décrit méticuleusement l’attitude d’un garçon de café qui sur-joue à être garçon de café), jusqu’à entendre la balle lorsque le jeu reprend — suggérant par là que, tout au long du récit, il s’est fié moins à ce que ses sens percevaient qu’à son interprétation, comme ivre d’elle-même, de ses propres perceptions. Et le spectateur avec lui — car c’est également un méta-commentairesur le pouvoir suggestif du cinéma. »

J’aime beaucoup le garçon de café de Sartre, mais je préfère convoquer ici « Raison et religion » (1939) de Brunschvicg :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/brunschvicg-raison-et-religion/

La scène finale du film me semble illustrer parfaitement la deuxième opposition fondamentale, entre monde véritable et monde imaginaire :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/08/03/brunschvicgraisonreligion-seconde-opposition-fondamentale-monde-imaginaire-ou-monde-veritable/

Le monde offert à nos sens et à nos perceptions est bien réel, mais il n’a aucune valeur de vérité , il est donc parfaitement imaginaire. L’une des plus profondes observations de Brunschvicg porte sur la relativité einsteinienne, condition du progrès spirituel de la conscience humaine depuis le monde imaginaire des instincts et des perceptions , ce que j’appelle ici le plan vital, vers le monde véritable, c’est à dire le monde mis en lumière par les mathemata, relations de la science, et vers Dieu, qui est « la présence d’unité dans une conscience qui sait n’être radicalement extérieure à rien «  :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/05/04/leon-brunschvicg-les-conditions-du-progres-spirituel-dans-la-theorie-de-la-relativite/

«la géométrie est physique, autant que la physique est géométrie. Autrement dit, le caractère de la science einsteinienne est de ne pas comporter une phase de représentation imaginative, qui précéderait la phase proprement mathématique de la science. Il n’y a pas de phénomènes dont la détermination qualitative puisse suffire, abstraction faite de leurs coefficients numériques. Il n’y a pas non plus de loi, au sens où Newton formulait la loi newtonienne de la gravitation, c’est-à-dire d’énoncé général qui serait à considérer indépendamment de son application concrète et qui soulèverait par suite, au delà de cet énoncé, le problème de savoir quelle en est la causalité. Mais pas davantage non plus, il n’y a, donnée préalablement à l’opération expérimentale, une forme canonique de mesure qui prescrirait impérativement de procéder suivant telle ou telle voie, qui imposerait un type classique d’homogénéité spatiale ou d’uniformité temporelle. Il n’y a pas de contenant, défini en dehors du contenu. L’espace et le temps doivent être gagnés à la sueur de notre front. La continuité du labeur humain les tisse inséparablement l’un de l’autre ; et chaque progrès de ce travail heureux contribue à dessiner la structure de l’univers qui n’est autre, à vrai dire, que leur double et inextricable tissu. »

C’est à dire que l’espace et le temps de la théorie de la relativité n’ont rien d’intuitif, c’est à dire d’imaginaire : c’est le travail humain qui les constitue dans la réflexion.

C’est là la fonction de l’idéalisme : franchir le gouffre qui sépare la représentation , passive, et l’universalité et l’activité de la connaissance véritable :

« Il convient seulement de dire que l’idéalisme a une tâche à remplir, qui est de remporter la victoire sur lui-même, de franchir la distance entre la passivité, l’individualité, du Repræsento, et l’activité, l’universalité, du Cogito. »

Cette tâche, c’est celle que Kant assignait aux Lumières, selon la définition qu’il en donnait :

***** https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Quest-ce-que-les-Lumières%EF%80%A5-1784.pdf

Les Lumières sont la sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle-même responsable.

Or cette « sortie hors d’un état de tutelle » (vis à vis d’un « Seigneur » imaginaire) n’a pas eu lieu sinon les deux guerres mondiales ne se seraient pas produites. Et ce qui vient après 1945, état de déréliction et de veulerie dont « Blow up » révèle l’image.

Car, et c’est l’enseignement d’Amor Dei intellectualis, « unique vérité dont Dieu ait à nous instruire «  , développement intellectuel ( ou expansion de l’intelligence) et progrès moral ( visant l’absolu désintéressement de l’amour) sont une seule et même chose :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/06/12/developpement-intellectuel-et-progres-moral/

Or, ce que montre ce film, c’est une humanité totalement avachie, dans un état de veulerie et d’hébétude dû à la drogue, comme dans la scène de la soirée juste avant la fin où Ron demande à Thomas qui vient de lui dire qu’il a vu un cadavre : «  qu’as tu vu dans le parc ? » mais cela n’est pas seulement un effet de la drogue : tous les protagonistes, à commencer par Thomas, ne sont intéressés que par eux même.

Cinquante ans plus tard, le film est jugé « inacceptable » à l’aune de la « morale MeToo » :

https://www.liberation.fr/debats/2017/12/12/blow-up-revu-et-inacceptable_1616177

« 

Toutes ces raisons (entre autres) d’admirer le film se doublent d’un malaise grandissant quant à l’étalage d’une misogynie et d’un sexisme insupportables, dont rien ne dit d’ailleurs qu’Antonioni la cautionne personnellement. Mais à quel point un tel traitement ne vire pas à la complaisance ? Du début à la fin, le photographe agresse ad nauseam les femmes qu’il fait poser, verbalement ou physiquement. «Bird»(«jeune fille» ou «poupée»), «bitch» («salope»), les invective-t-il à tout bout de champ en leur hurlant des ordres, quand il ne les rudoie pas en les poussant à terre, leur prenant le visage et les embrassant de force.

Cette atmosphère de brutalité culmine dans une scène centrale, restée célèbre, où le photographe se rue sur deux jeunes filles (Jane Birkin et Gillian Hills), les déshabille de force, en les jetant sur de longs papiers mauves déroulés, qui servent de fond aux prises de vue. »

Seulement ce que ne dit pas l’article c’est que sont les deux jeunes filles qui viennent relancer Thomas, dans l’espoir d’une séance de photographies qui les lancera dans la carrière.

En résumé, exactement le contraire de « l’absolu désintéressement de l’amour «  , qui n’a pas remplacé l’omniprésent Éros : même comportement chez Jane, la femme du parc, qui tente de séduire Thomas pour qu’il lui rende ses photos.

Le film d’Antonioni a pour prédécesseur « Le Knack… et comment l’avoir«  deux ans avant, du moins pour ce qui est du sens de la révolution sexuelle (« tombe les filles et tais toi »)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Knack…_et_comment_l’avoir

film réalisé par Richard Lester , comme « Terreur sur le Britannic » en 1974, aussi avec David Hemmings, et où Jane Birkin, Charlotte Rampling et Jacqueline Bisset ont fait leur première apparition à l’écran.

Mais il est une autre actrice qui a un court rôle dans « Blow up » c’est Veruschka :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Veruschka

une aristocrate allemande née en 1939 qui a été enfermée dans les camps après la condamnation à mort de son père pour avoir pris part au complot visant à tuer Hitler en 1944

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#HoTT2 #PM Au commencement était le jugement

f« Au commencement était le jugement «  est l’interprétation par le Faust du film de Sokurov en 2011:

https://hottandphilosophy.wordpress.com/2020/04/23/alexander-sokurov-faust-2011-vf/

du célèbre début de l’Evangile de Jean :

»au commencement était le Verbe »

https://theotex.org/ntgf/jean/jean_1_gf.html

Il nous faut nous soucier de Faust, car Faust c’est nous : c’est ce qu’affirme justement Oswald Spengler dans « Le déclin de l’Occident « ; ce déclin, que l’on ne peut nier de nos jours, est faustien; l’Occident a signé avec le Mal un pacte de son sang, lui garantissant la puissance économique et militaire, qui lui a au moins permis d’échapper à la domination ottomane et de ne pas être islamisé. En échange de cette puissance, l’Occident a renoncé à son « éternité « : quel est le sens de ce mythe ? La technoscience tirant son origine de la science apporte richesse et puissance militaire, mais aussi domination sur les peuples primitifs permettant colonialisme et esclavagisme, qui se payent de nos jours en termes de ressentiment et de haine de la part des anciens peuples colonisés ou mis en esclavage, ainsi que du poison de la culpabilité, « sanglot de l’homme blanc ». « L’éternité » , c’est l’accès au monde des Idées (mathématiques) permis par la Science, sous forme de la physique mathématique qui remplace la vieille physique aristotélicienne, fatras «  métaphysique « : c’est là le « déplacement dans l’axe de la vie religieuse » au siècle de Descartes et Spinoza

»Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »

L’imagination du surnaturel est présente chez tous les peuples exceptés les peuples européens («  blancs » ) , autre gouffre qui sépare les « blancs » des peuples primitifs , « de couleur « , ce qui s’explique par le « déplacement dans l’axe » il y a quatre siècles, et non pas par les différences raciales, qui sont d’ordre statistique et ne peuvent avoir que des  signes physiques ( couleur, dentition, chevelure, forme du crâne et du squelette, sang, etc..), ni par un nouveau mythe de « peuple élu » qui prend chez Hitler la forme de la supériorité de la race « aryenne ». Remarquons tout de même que ce mythe de la supériorité raciale, encore présent dans des discours de Léon Blum en 1925 reprenant les propos de Jules Ferry sur le «  devoir des races supérieures : civiliser les races inférieures «     se fonde sur le mythe biblique de Sem , Ham et Yaphet, fils du patriarche Noé : Ham, ancêtre des  peuples africains, est maudit parce qu’il dévoilé la nudité de son père, qui était ivre mort.

Mais quel est donc ce « poison » inoculé à Faust par Méphistophélès, le symbole du Mal, qui se décrit lui même comme «  celui qui toujours nie »?  de même que « c’est le Non qui brûle dans l’Enfer » selon Angelus Silesius dans le « Pèlerin chérubinique ».

Là encore je suis la remarquable interprétation de la légende dans le film de Sokurov : ce poison, c’est Éros, l’amour sensuel de Faust pour Marguerite éveillé dans le film par l’ambiance des bains. Et là nous sommes très loin de l’oeuvre de Goethe, où Faust est sauvé de la damnation par l’intercession de Marguerite, avec la fin bien connue du « Second Faust « : « l’éternel Féminin nous entraîne en Haut »Plus loin dans le film l’image du couple des deux protagonistes vaincu par cette attirance sexuelle est celle de la chute dans l’eau de la rivière . L’eau comme symbole de l’élément psychique et narcissique , comme on le note dans la légende de Narcisse qui, admirant son image reflétée dans le cours d’eau, tombe à l’eau en voulant rejoindre et saisir celle-ci.

Ce qui est opposé ici à Éros, c’est «  Amor Dei intellectualis « , conçu comme action de « faire le deux un ». Je m’autorise pour cela de plusieurs analyses de Brunschvicg, dans « Raison et religion » d’abord :

«…Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi.Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi. 

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amourl’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire »

puis dans le dernier chapitre du Tome 2 de « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale « :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc#c23_s3

« L’intuition spinoziste n’est rien si elle n’est éternelle et totale, si elle ne se rend capable d’appuyer la transparence et l’universalité de l’amour à l’immanence et à la certitude du vrai. En d’autres termes, il n’y a qu’un problème pour le philosophe, ou plus exactement on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. Ici et là le problème revient à suivre la hiérarchie des degrés de la connaissance et du sentiment, sans qu’aucun des résultats acquis se dresse comme un obstacle au progrès futur, sans qu’aucun intermédiaire puisse faire écran« 

Non loin de ces lignes on trouve aussi ceci :

« L’affirmation certaine du réel, grâce à la constitution progressive de l’univers, telle sera donc la caractéristique de cet idéalisme de l’immanence, auquel vient aboutir le double courant d’analyse réflexive, qui est issu de Kant et de Biran. Et, si cet idéalisme est fondé, il doit s’appliquer au monde moral comme au monde scientifique ; car la vérité, par cela seul qu’elle est la vérité, doit être indivisiblement théorique et pratique. Or, les mêmes circuits de pensée, que Descartes découvrait dans le mouvement de la méthode, que M. Bergson a retrouvés dans le travail de la perception, il est remarquable que Stendhal, dans son livre De l’amour, les ait signalés à l’origine de « l’engouement chez les âmes trop ardentes ou ardentes par excès, amoureuses à crédit, si l’on peut ainsi dire..« 

qui permet de comprendre que l’idéalisme de l’immanence est la seule option philosophique qui donne la victoire contre « celui qui toujours nie », contre le « Non qui brûle dans l’enfer ». Appliquer cet idéalisme au « monde moral comme au monde scientifique « , c’est là véritablement « faire le Deux Un », selon « l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire « : « apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine.« , identifier l’expansion infinie de l’intelligence (par la science véritable, bien différente de celle des « Conseils scientifiques «  autoproclamés « et l’absolu désintéressement de l’Amour : Amor Dei intellectualis remplaçant Éros , dont l’oeuvre consiste à « faire le deux un » dans le monde des corps et des psychismes seulement, c’est à dire dans le domaine de la mort.

Qu’est ce que la négation ? « Omnis determinatio est negatio « , c’est la détermination, toujours Spinoza. S’attacher à la détermination, telle est la caractéristique de l’amour du fini, qui nous cloue au plan vital royaume de la finitude. La clef qui ferme, l’instrument de la servitude, le Non, est, et en même temps, la clef qui ouvre : c’est l’instant, croisée du Temps et de l’éternité, la « porte étroite », centre de La Croix , dont l’axe horizontal représente le Temps, qui est négation et l’axe vertical l’éternité, l’affirmation. C’est le Non qui enferme dans l’Enfer, « on en sort quand on veut, par un Oui » (Yves Albert Dauge, conférences à l’université populaire de Paris Sorbonne vers 1985) .

Mais c’est le mathème chez Platon, dans la dialectique de l’un du « Banquet », qui aboutit à Amor Dei intellectualis :

«La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/brunschvicg_heritage_mots.doc#c5

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène.« 

Cette « sphère lumineuse » qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne, dialectique de l’un et non de l’être, c’est précisément Amor Dei intellectualis , qui unit l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour.

Et Spinoza rejoint Platon , en dépassant grâce à l’esprit de l’évangile ( non la compréhension littérale) l’Ancien testament et en « laissant les morts enterrer les morts » :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/brunschvicg_heritage_mots.doc#c5

« Exactement à la même époque Spinoza, chrétien vis-à-vis de lui-même sinon des autres, ne témoigne pas d’une adhésion moins directe à l’esprit de l’Évangile lorsqu’il se règle sur la parole qui coupe court aux tentations de retour en arrière : « Vous laisserez les morts ensevelir p051les morts. » La nouveauté du Nouveau Testament ne sera plus qu’il succède à l’Ancien dont il prolonge les miracles et dont il accomplit les prophéties ; car il serait alors menacé de succomber à son tour par le simple effet d’un inévitable vieillissement ; c’est qu’il à proclamé la rupture complète avec le temps, c’est qu’il a introduit l’homme dans la région des vérités éternelles. Dieu y est considéré selon la pureté de son essence, délivré des attaches empiriques qui subordonneraient son existence et sa nature aux cadres mesquins d’une chronologie et d’une géographie. La raison, qui déjà dans le domaine scientifique fait la preuve de son aptitude à prendre possession de l’infini, ouvre la voie du salut et donne accès à la béatitude.« 

D’où la haine des rabbins, qui éclate dans le Herem de 1656 :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/le-herem-destruction-de-spinoza/

Donc, chez Platon, dans « Le Banquet » c’est le μάθημα qui , porté par la dialectique de l’un, duale de la dialectique de l’être :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/19/dialectique-de-lun-et-dialectique-de-letre-la-fin-du-progres-de-la-conscience-dans-la-philosophie-occidentale-de-leon-brunschvicg/

achemine à l’unité de l’amour intellectuel de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu. Mais vingt siècles après Jésus et vingt cinq siècles après Platon, se produisent ce que j’appelle ici les trois étapes ou marches d’accès de l’humanité à l’Absolu, et qui sont, comme il se doit, de nature mathématique, puisque c’est le mathème, μάθημα de Platon, qui constitue l’Echelle Sainte permettant l’Ascension céleste menant à l’unité d’Amor Dei intellectualis qui est l’Absolu :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/03/20/les-trois-cadres-fondationnels-de-la-mathematique-st-ct-et-hott-et-le-systeme-de-badiou/

https://scienceinternelle.wordpress.com/2019/02/05/theorie-des-ensembles-set-theory-st-theorie-des-categories-category-theory-ct-theorie-des-types-type-theory-tt-et-theorie-homotopique-des-types-homotopy-type-theory-hott/

Ces trois échelons sont : la théorie des ensembles ST, naissant dans les travaux de Cantor, la théorie des catégories CT naissant en 1945 :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Théorie_des_catégories

**** https://webusers.imj-prg.fr/~ariane.mezard/universal_properties.pdf

et l’étape 3 c’est HoTT : théorie homotopique des types, naissant au début du 21 eme siècle des travaux de théoriciens des catégories comme Awodey ou Shulman, éclairés par les recherches de Grothendieck à la fin du 20 eme siècle :

***** http://www.numdam.org/issue/AST_2005__301__R1_0.pdf

C’est le mathématicien philosophe Hoené Wronski qui en 1847 avait lancé le thème de la recherche de l’Absolu, thème valorisé dans le fameux roman de Balzac « La recherche de l’Absolu », mais ce sont les mathématiques découvertes un siècle plus tard qui lui donnent raison, faisant de lui autre chose qu’un illuminé mystique :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/03/ce-sont-les-mathematiques-de-mclane-lawvere-et-grothendieck-apres-1945-qui-donnent-raison-a-wronski-un-siecle-plus-tot/

Mais qu’est ce que l’Absolu ? Ou plutôt que vise t’on lorsqu’on vise l’Absolu, à travers les trois étapes susdites ? L’absolu désintéressement de l’amour, c’est à dire Amor Dei intellectualis, l’opposé En Haut d’Eros tout en bas : c’est à dire l’unité de cette « unique vérité dont Dieu ait à nous instruire : l’expansion infinie de l’intelligence qui est la même chose que l’absolu désintéressement de l’amour, dans une « unité sans couture ». C’est là le sens de ce pressentiment de Saint Paul :

https://www.aelf.org/bible/1co/13

« 

01 J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

02 J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.

03 J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.

04 L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;

05 il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;

06 il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;

07 il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.

08 L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.

09 En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.

10 Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.

11 Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.

12 Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.

13 Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »

N’est ce pas là ce qui est magistralement dépeint par Brunschvicg :

  « : « apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. »

Or, pour revenir au commencement de cet article, le fondement de toute la philosophie brunschvicgienne, c’est le jugement .

Certes il existe, on le voit tous les jours, des erreurs de jugement: l’erreur est humaine, comme le jugement.

Mais le vrai c’est ce qui est vérifié, c’est à dire, en matière mathématique, démontré : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre.

Le Grand théorème de Fermat est demeuré à l’état de conjecture pendant 350 ans, jusqu’à ce jour où il a été démontré par Andrew Wiles en 1994.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Dernier_théorème_de_Fermat

Le jugement divin, c’est le jugement humain démontré ; « les démonstrations sont les yeux de l’âme « 

« Eyes wide shut », les yeux non ouverts, cela correspond au niveau purement animal de l’instinct, Éros, dont nous affranchissent les démonstrations en acheminant notre conscience au niveau de la « sphère lumineuse » tout en Haut : Amor Dei intellectualis, l’Absolu, l’unité .

« « L’intuition spinoziste n’est rien si elle n’est éternelle et totale, si elle ne se rend capable d’appuyer la transparence et l’universalité de l’amour à l’immanence et à la certitude du vrai. En d’autres termes, il n’y a qu’un problème pour le philosophe, ou plus exactement on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu.«  : ouvrir les yeux.

https://www.universdelabible.net/lire-la-segond-21-en-ligne/jean/9.1-41/

« Les pharisiens appelèrent une seconde fois l’homme qui avait été aveugle et lui dirent: «Rends gloire à Dieu! Nous savons que cet homme est un pécheur.» 25 Il répondit: «S’il est un pécheur, je n’en sais rien. Je sais une chose: c’est que j’étais aveugle et maintenant je vois.»

(générique du film de Martin Scorsese : « Raging bull »)

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Simon Leys, “L’empire du laid”

Les Amis de Bartleby

Version imprimable de L’empire du laid

Simon Leys

L’empire du laid
(« Lettre des antipodes », Le Magazine littéraire, mars 2005)

Les Indiens de la côte du Pacifique étaient de hardis navigateurs. Ils taillaient leurs grandes pirogues de guerre dans le tronc d’un de ces cèdres géants dont les forêts couvraient tout le nord-ouest de l’Amérique. La construction commençait par une cérémonie rituelle au pied de l’arbre choisi, pour lui expliquer le besoin urgent qu’on avait de l’abattre, et lui en demander pardon. Chose remarquable, à l’autre côté du Pacifique, les Maoris de Nouvelle-Zélande creusaient des pirogues semblables dans le tronc des kauri ; et là aussi, l’abattage était précédé d’une cérémonie propitiatoire pour obtenir le pardon de l’arbre.

Des mœurs aussi exquisément civilisées devraient nous faire honte. Tel fut mon sentiment l’autre matin ; j’avais été réveillé par les hurlements d’une scie mécanique à l’œuvre dans le jardin de mon voisin, et…

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