L’Aion chez Gilles Deleuze et l’internel chez Charles Péguy

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aiôn

« Chez Gilles Deleuze, le concept d’aïon s’oppose à celui de chronos. Celui-ci est le temps de la succession matérielle, c’est-à-dire le temps de l’action des corps, tandis que celui-là est l’extra-temporalité d’un présent idéal immanent au temps des corps. Cette extra-temporalité, loin d’être une éternité transcendante, extérieure au temps des corps, « insiste ou subsiste »[3] à la surface des corps en tant que virtualité : poussée idéelle de l’immanence qui constitue son devenir. Aïon est le temps de l’instant pur, de l’événement chez Deleuze, qui ne cesse de se diviser en passé et futur illimités. Deleuze le compare aussi, ailleurs, à l’internel de Charles Péguy. Ainsi, Deleuze écrit-il : « toute la ligne de l’aïon est parcourue par l’instant, qui ne cesse de se déplacer sur elle et manque toujours à sa propre place »[4]. Si l’instant « manque toujours à sa propre place », c’est que l’aïon est ce pur devenir non identifiable, non repérable, dans lequel le temps ne cesse de se diviser en un avant et un après, dans lequel le temps s’écoule sans que l’on puisse le mesurer, sans qu’aucun cadre de la représentation ne puisse l’objectiver.«

quand j’ai utilisé le terme « internel » dans ce blog, je croyais l’avoir inventé .. mais un excellent article, que j’ai rebloggué tout à l’heure, ne laisse place à aucun doute : Charles Péguy utilisait, déjà à son époque, ce mot :

https://didierbazy.wordpress.com/2015/02/07/quest-ce-que-linternel-suivi-de-quatre-extraits-de-clio-de-peguy/

 

« Qu’est-ce que l’internel ?

L’œuvre de Péguy n’est pas finie. Pourtant elle déborde. Péguy a envahi Romain Rolland : « je ne puis plus rien lire après Péguy. Tout le reste est littérature ».

« L’internité chez Péguy est une idée très laïque, c’est-à-dire une pure foi en la vie. Vie la plus simple qui puisse être, rustique, rurale. Vie cynique qui passe son temps à réduire ses besoins. Petite vie en apparence mais vie hautement intense. Voyage sur place. Il faut ici noter le peu d’usage que Péguy fait du mot. On le trouve au beau milieu du grand poème Eve. Dans Clio, on ne le trouve pas. Alors pourquoi Deleuze évoque-t-il cette notion d’internité avec Clio ?«

«L’internel, c’est très exactement la nouveauté de l’éternité et l’éternité de la nouveauté. Ce n’est une raison pour croire aux miracles. Ce n’est pas une raison pour croire l’événement permanent. L’internel n’a rien de théologique (Péguy récuse sans cesse le « clergé de la pensée »). L’internel demeure l’exception dans l’extrême simplicité, l’inopiné dans le banal. L’internel, c’est très proche de l’intuition de l’instant – ce qui réconcilie Bachelard avec Bergson.

L’internité, c’est « l’éclair de Spinoza » un des plus beaux textes de Romain Rolland qu’il faudrait à tout prix rééditer.

L’Internel, oxymore et chiasme, concentré de contradictions et de contraires, échappe non seulement de la logique d’Aristote mais s’échappe de la logique de Port-Royal pour croiser – signe du temps – les logiques non-euclidiennes, désormais plus que centenaires mais ô combien actuelles et intempestives.

Il est temps de se sauver temporellement et éternellement au milieu des extraits qui suivent. »

»Alors la vague devient porteuse de vérités. La parole réussie est temporelle et éternelle, internelle. Poésie. »

Il semble que le texte, admirable,  « L’éclair de Spinoza » de Romain Rolland soit disponible , le voici en audio :

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/rolland-romain-leclair-de-spinoza.html

en version texte :

http://konrad.over-blog.net/2014/07/l-eclair-de-spinoza.html

Les deux vies parallèles au début peuvent être comprises comme la dualité des plans, vital et internel-spirituel  :

»J’ai toujours vécu, parallèlement deux vies – l’une, celle du personnage que les combinaisons des éléments héréditaires m’ont fait revêtir, dans un lieu de l’espace et une heure du temps, l’autre, celle de l’Être sans visage, sans nom, sans lieu, sans siècle, qui est la substance même et le souffle de toute vie. Mais de ces deux consciences, distinctes et conjuguées, – l’une épidermique et fugace, – l’autre, durable et profonde, – la première a, comme il est naturel, recouvert la seconde, pendant la plus grande part de mon enfance, de ma jeunesse, et même de ma vie active et passionnelle. »

Plus tard, Romain Rolland évoque la »natura naturans «  et la « natura naturata «  chez Spinoza. Mais c’est la même : résorption du dualisme en unité , Atman = Brahman.

Je n’ai jamais donné une définition précise de l’internel : « L’internel, c’est très exactement la nouveauté de l’éternité et l’éternité de la nouveauté » , cela me va très bien. « L’intuition de l’instant » de Bachelard aussi. L’internité, c’est pour moi l’éternité envisagée non comme perpétuité vitale, mais comme profération de l’instant, au centre de La Croix qui est « croisée du temps et de l’éternité » ( et non pas instrument de supplice ).

Dans son «  Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg », que j’étudie dans le hashtag #CochetBrunschvicg :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/06/25/cochetbrunschvicg-la-scienceinternelle-comme-connaissance-integrale-gnosis/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/12/11/cochetbrunschvicg-lintegration-des-moments-du-vecu-chronologique-dans-le-present-eternel-de-la-reflexion/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/09/13/cochetbrunschvicg-objet-et-objectivite-raison-et-rationalite/

Marie Anne Cochet dit que c’est d’après la terminologie de Brunschvicg qu’elle emploie les termes «  esprit » et « éternel » et qu’elle aurait préféré « intelligence » au sens du mot grec « νους » de savoir réfléchi et «  atemporel », «  qui reste exact sans être évocateur « . Moi je préfère le terme «  internel »..   l’exception dans l’extrême simplicité , le simple étant le difficile, donc l’extrêmement simple…

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