Nous sommes l’étoffe dont sont faits les rêves

Ajout du 19 février 2017 : j’ai fait une erreur dans la traduction de l’anglais de Shakespeare mea culpa mea maxima culpa!

“We are such stuff
As dreams are made on; and our little life
Is rounded with a sleep.”

Veut dire :

“Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves…”

(Bogart à la fin du “Faucon maltais” de John Huston 1941)

Le texte de Shakespeare est ici :

http://www.enotes.com/shakespeare-quotes/we-such-stuff-dreams-made

“We are such stuff
As dreams are made on; and our little life
Is rounded with a sleep.”

Traduction : ” nous sommes L’étoffe dont sont faits les rêves et notre petite vie est entourée de sommeil”

Et quelle est cette étoffe ? Le temps..nous sommes le tempset c’est bien la raison pour laquelle le temps est si difficile à définir , comme l’ont reconnu Aristote et Saint Augustin. C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons jamais le temps. Si nous sommes le temps, le pointeuses, ces horloges qui calculent notre temps de travail sont un instrument absolument effrayant qui nous calcule et nous limite , nous “objective”, nous donnant une forme finie qui est justement ce dont nous devons nous libérer ( sortir du plan vital pour s’orienter vers le plan spirituel, véritable séjour de l’Infini, peut être vu comme une rupture avec l’amour du fini qui caractérise notre “petite vie”).

Je me promène actuellement en Angleterre et je dis à tous les anglais que je rencontre quelle chance ils ont de pouvoir lire dans le texte original celui qui est peut être l’un des plus grands poètes, mais aussi l’un des plus grands philosophes au monde. Un philosophe qui a des accents faustien lorsque Hamlet crie sa déception vis à vis des savoirs de son temps , qui sont ceux de la scolastique médiévale finissante, savoirs qui consistent en mots plutôt qu’en idées réelles : “words! Words!words!“, la révolution cartésienne consistera en un “retour à la spiritualité pure de Platon” comme dit Brunschvicg dans “Le progrès de la conscience”, soit remplacer les mots creux par des idées (mathématiques, d’où la “mathesis universalis”)

Mais quel est ce sommeil qui nous encercle , nous et notre “petite vie” selon la seconde partie de la phrase de Prospérons L Le “Grand sommeil ” bien sûr , the Big Sleep qui n’est un film aussi fascinant , encore plus que “Le faucon maltais” que parce que William Faulkner a pris part au scénario:selon Raymond Chandler, auteur du livre, le “Grand sommeil” est tout simplement la mort qui plane sur toute cette histoire, comme le dit si bien Philip Marlowe à la fin du roman (des propos qui ont été gommés dans le film , sans doute par les producteurs d’Hollywood)

Seulement quand Bogart dit , à la fin du “Faucon Maltais”, de l’oiseau qui fait courir tous les personnages de l’histoire, qu’il est “the stuff that dreams are made on” il a tort: car cette étoffe c’est nous, pas les objets apres quoi court notre instinct d’appropriation, nous emprisonnant dans l’amour du fini que nous devons justement quitter. Et cette étoffe est le temps qui sépare et qui unifie..c’est aussi pour cette raison que le voyage dans le temps de manière physique , dans un vaisseau spatial temporel, utilisant une technologie à base de “trous de vers” (wormholes) est une imagination aberrante issue de notre déception face au plan vital, et visant à tout recommencer. Mais seule une “seconde naissance” ´ c’est à dire un accès de l’âme au “plan spirituel”, permet de trouver vraiment du nouveau : et le Voyage est purement intérieur, trajet du plan vital au plan spirituel, sinon il débouche sur la compréhension de la réalité horrible du plan vital :
Amer savoir!
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_baudelaire/le_voyage.html

Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
” Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! ”

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
– Tel est du globe entier l’éternel bulletin.

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !”

Quant à la mort évoquée par Baudelaire, ce n’est pas la mort physique, qui ne résout rien (d’où l’inanité du suicide” , mais la “seconde naissance”,mort au plan vital et naissance au “plan spirituel”:

O Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !””

Revenant à Shakespeare, le nom de William Faulkner nous ramène à son roman “Sound and fury” et au monologue de Macbeth:

http://shakespeare.mit.edu/macbeth/macbeth.5.5.html

“The queen, my lord, is dead.
MACBETH
She should have died hereafter;
There would have been a time for such a word.
To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day
To the last syllable of recorded time,
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life’s but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing

Enter a Messenger

Thou comest to use thy tongue; thy story quickly.”

Cette histoire racontée par un idiot est évidemment celle du plan vital absurde, s’il n’est pas “orienté” par les Idées.

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