De l’antisémitisme ; pourquoi j’ai changé d’avis sur Israël et condamne maintenant le sionisme

J’avais créé une page « Pourquoi je soutiens Israël de manière inconditionnelle » :
https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/10/pourquoi-je-soutiens-israel-de-maniere-inconditionnelle/

mais elle est maintenant inaccessible suite à la disparition de mon blog « Horreur islamique »

J’y expliquais en gros que le peuple juif a été victime d’une haine, l’antisémitisme, d’origine chrétienne en Europe et d’origine islamique en terre d’Islam. Il est donc admissible que les juifs puissent avoir un État , Israël, qui qui prendra leur défense désormais.Ces arguments sont justes, s’agissant du peuple juif actuel, c’est à dire des personnes reconnues comme juives et par elles mêmes et par les autres juifs et par le corps social en général. Mais Israël, celui dont parle la Torah, est il bien un peuple et englobe t’il toutes les personnes répertoriées comme « juives »?
Selon moi : non ! Dans la Torah « Israël « , « celui qui lutte contre Dieu », est d’abord un nom donné à Jacob à la fin de la nuit où il lutte contre l’Ange . Puis ce nom sert à désigner toute la « communauté des Fils d’Israel » (bnei yitzrael! Mais à quoi assistons nous à la lecture de la Torah ? à ce que j’appelle la « déchéance ontologique » qui transforme l’Idée de l’Un , c’est à dire l’Esprit, ou Étendue Intelligible qui est le lieu des Idées , leur unité, en un « Dieu à nom propre » (quoique ce Nom soit imprononçable mais ce nom divin, le Tétragramme YHVH, a pour racine le mot hébreu qui désigne « être « ) un Dieu qui « choisit » de contracter une alliance avec le peuple des fils d’Israel. Lors de cette alliance l’Eternel promet à ce « peuple » de rendre sa descendance nombreuse et de lui donner une « Terre promise », la terre d’Israel, » Eretz Yitzrael ». Nous voyons ici clairement que le sionisme moderne s’appuie sur une triple dégradation dont témoigne la Torah : de l’Esprit non personnel et immanent en un Dieu à nom propre, personnel et Transcendant, de tout Israël assemblé dans le « Deutéronome » en un peuple de descendants à qui ce Dieu choisit de faire des promesses, et d’ »Eretz Yitzrael «  en une terre , un sol.

« Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël, de l’autre côté du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran, Tophel, Laban, Hatséroth et Di Zahab. »

Ce à quoi la Torah nous fait assister c’est au drame-mystère de l’errance humaine entre l’Egypte de la servitude, qui désigne le plan vital, et la promesse d’une « terre » qui désigne le plan internel-spirituel. L’interprétation de ce récit oscille entre une lecture tribale, où Israël désigne un peuple, situé donc sur le plan vital des générations successives, et une compréhension « universaliste «  où Israël représente l’Idée d’humanite : ce fut finalement la première lecture, entachée de tribalisme, qui s’est imposée, ce qui conduit au sionisme moderne : l’Esprit universel déchoit en un Dieu personnel mais incompréhensible («  La crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse »)qui décide, pour des motifs qui n’appartiennent qu’à lui, de passer une alliance avec un peuple particulier : dans la lecture universaliste cette alliance signifie la relation étroite de l’ esprit humain qui a la capacité de « voir » les Idées en l’Etendue intelligible, qui estl’Esprit universel, et d’en former des « modèles « .
Marie Anne Cochet décrit dans « Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg «  trois espèces différentes de « dieux », correspondant aux trois types d’êtres humains : instinctifs, sociaux, et spirituels, que décrit aussi la Gnose avec la partition de l’humanité en hyliques, psychiques et pneumatiques ( spirituels, de pneuma = esprit ):

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

« Ce que Platon et Aristote appelaient les trois âmes :instinct, intérêt , intelligence, sont les trois étapes que la conscience doit parcourir pour s’humaniser. Par l’âme animale ou conscience de l’instinct (donc inconscient fonctionnel) l’homme communie avec l’animal et l’univers des sens; par l’âme mercantile il entre dans l’univers social; par l’âme intelligente il rejoint l’unité inconditionnée et réalisé la communion spirituelle des humains dans la création d’un univers pensé, intellectuellement conçu et esthétiquement perçu car, suivant le mot très juste de Spengler, la mathématique est aussi un art à côté de la plastique et de la musique . Cette jonction n’unit pas seulement toutes les activités humaines à leur source la plus ascétique, mais à cette source même elle convertit la sensibilité en joie intellectuelle, où la pensée, délivrée des sens, jouit de sa propre beauté : splendeur du vrai.”

Ces trois sortes de Dieux correspondent selon Brunschvicg à la matière, à la vie et à l’Esprit :

« Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.
Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont ils compatibles l’un avec l’autre?
Hélas non! Et comme autrefois les dieux des hordes primitives, ces trois Dieux se heurtent dans les sociétés humaines« 

La tragédie des religions « institutionnelles « , c’est qu’aucune ne s’élève au niveau de l’Esprit, elles en restent aux niveaux inféreiurs des dieux purement humains, c’est à dire basés sur des concepts purement humains , ne crrespondant à aucune Idée intelligible : les dieux de la matière et de la vie.

Le Dieu vraiment divin de Brunschvicg s’appuie sur la conscience intellectuelle, c’est une notion humaine, mais basée sur une Idée , celle de l’un, ou Étendue intelligible :

«  c’est la sensibilité qui croit, c’est l’intelligence qui vérifie ,et, pour nous, la conscience religieuse est la conscience intellectuelle pure. La conscience intellectuelle seule réalise l’accord des esprits en dehors des passions et des certitudes passionnelles des convictions sensibles. Elle pose cet accord sur une vérité impersonnelle qui enveloppe les humains de leur véritable humanité. L’unité inconditionnée et conditionnante de l’esprit, entendu au sens intelligible du mot, n’a nul besoin d’affirmation ni de mystique. Elle est en oeuvre comme pouvoir unifiant dans la moindre phrase prononcée, dans les souvenirs successifs, dans l’histoire humaine, et, à l’état pur, dans la trace qu’elle inscrit au cœur des œuvres abstraites où s’élabore l’univers humain”

A mon avis, Islam comme judaïsme en restent au Dieu créateur, échelon le plus bas, celui des dieux de la matière. Le christianisme, lui, avec le Dieu-Père, s’élev jusqu’au deuxième échelon, celui des Dieux de la vie :

« Dieu, dans le plan du réalisme physique , sera le Créateur, où tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, , engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils , enfin dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.
Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu.« 

Mais aucune des trois religions, au plan métaphysique, ne s’élève jusqu’à l’echelon du Dieu de l’Esprit, celui de l’idéalisme rationnel, car elles en restent toutes trois au plan du réalisme, réalisme physique pour Islam et judaïsme, réalisme biologique pour le christianisme. Mais d’où vient, comment s’explique cette haine tenca contre les juifs ? Elle n’est évidemment pas due au sionisme moderne , qui date du 19eme siècle, encore moins à la création d’Israel en 1948 : cette haine est bien plus ancienne, consubstantielle au christianisme comme à l’Islam . C’est à mon sens la notion absurde d’élection, c’est à dire d’alliance de Dieu avec un peuple particulier, qui déclenche le ressentiment contre ce peuple, ressentiment haineux qui s’étend d’ailleurs bien au delà des chrétiens ou des musulmans. Pour lutter contre cette haine tenace, pas d’autre stratégie que rappeler sans cesse l’absurdité de cette notion, vitupérée par Léon Brunschvicg qui lui même était de famille juive :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales.« 

Donc, pour résumer, le sionisme est condamnable en ce qu’il s’inscrit dans un mouvement de dégradation du Dieu purement Esprit au plan de la matière et de la vie. Mais ajoutons immédiatement que ce mouvement de chute de l’Idée est présent dans les trois religions abrahamiques, comme d’ailleurs dans le bouddhisme et l’hindouisme, où la notion purement philosophique ,présente dans le Vedanta, de l’un comme identité suprême entre Atman et Brahman , cède la place aux Dieux et déesses populaires comme Indrà Shiva, Kali et Vishnu . L’antisémitisme est condamnable aussi, parce qu’il consiste à faire porter aux seuls zindividus considérés à l’époque actuelle comme « juifs », la responsabilité de ce mouvement de dégradation dont j’ai parlé , et qui est présent dans les trois monothéismes abrahamiques.

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