Dialectique de l’un et dialectique de l’être : la fin du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale » de Léon Brunschvicg

J’ai rappelé hier des passages du grand livre de Marie Anne Cochet en 1937 : «Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Léon Brunschvicg », un livre malheureusement épuisé, dont je possède un exemplaire, dédicacé par M A Cochet au Congrès Descartes, tenu à Paris en 1937, à l’occasion du tricentenaire du « Discours de la méthode » publié en 1637.

C’est d’ailleurs là un exemple particulièrement bouleversant pour favoriser la compréhension de ce livre, notamment l’opposition entre l’éternel Présent de l’esprit et la « chute dans le temps » qui caractérise le monde des corps vivants : Mme Cochet est morte dans l’immédiat après guerre, et ne reste aujourd’hui d’elle que.. ses restes, cendres dans une urne ou ossements dans un cercueil, ainsi que pour les mentalités fétichistes cet exemplaire 237 de la première édition, avec ces mots écrits en 1937 par Mme Cochet  : «  Souvenir du congrès «  et sa signature.

Mais viendra un temps où ce livre tombera en poussière, et où d’ailleurs mon corps ne sera plus que poussière, bien avant le livre certainement…Cependant, nous qui faisons l’effort sincère de comprendre cette pensée merveilleuse, nous sommes contemporains de Marie Anne Cochet, comme de Brunschvicg, Descartes, Platon et Spinoza dans le « présent éternel de la vie de l’esprit »

Page 40 : »Savants, artistes et philosophes tombent vaincus par la mort, mais la mort ne  peut rien sur leur œuvre. Science, art et philosophie, vivant par elle, la poursuivent sans interruption. La vie de l’esprit se développe dans un présent éternel. Platon, Spinoza sont nos contemporains, car ce qui fut chronologique dans leurs écrits n’est plus que la poussière déposée par le temps sur un tableau de maître. Nous l’écartons sans peine, et contemplons l’éternelle beauté du tableau »

et page 17 : «  Aucune limite n’est pensable à ce pouvoir d’actualisation ( de la réflexion) sans lequel il ne subsiste ni passé ni futur, mais une instantanéité insaisissable et insituable. Toute connaissance s’exerce dans un inépuisable aujourd’hui.  En lui s’insèrent tous les temps, s’évoquent tous les espaces. Et ces espaces infinis qui faisaient trembler Pascal n’ont point à troubler le jugement de la réflexion. Ce jugement les contient. Ils ne le contiennent pas »

ce terme « contiennent » est paradoxal, car il possède un aspect spatial, or le jugement, base  fondamentale de la philosophie brunschvicgienne, est non spatial . C’est là le caractère paradoxal pour notre « intuition » de tout jugement géométrique : les espaces, produits de ce jugement, sont de caractère géométrique ( dans la Relativité générale ce sont des variétés différentielles) , or ce qui correspond à nos intuitions d’êtres vivants, et éveillent nos peurs infantiles (la crainte du Seigneur est elle vraiment le commencement de la sagesse ?) ce sont les « espaces et les temps infinis «  qui sont imaginaires ; ce  qui est véritable, ce sont les jugements géométriques vérifiés et validés par l’expérience, et la Relativité nous apprend que le « rayon de l’Univers spatio-temporel «  est fini, quoique grandissant sans cesse . Certes par rapport aux dimensions de notre « ligne d’univers » ce sont des tailles énormes. Pourtant comme le note Roger Penrose dans une figure illuminatrice de son livre « Les deux infinis et l’esprit humain »:

« Nos dimensions spatiales se trouvent à peu près au milieu de la figure. Nous sommes énormes en comparaison de la longueur de Planck, mais quand nous nous comparons à l’échelle de l’univers visible, nous sommes tout petits. En ce qui concerne les durées néanmoins, en comparaison du temps de Planck ou de la durée des particules, une vie humaine est presque aussi longue que celle de l’univers. Comme on le voit sur la figure, l’existence humaine n’a rien d’éphémère «

(il s’agit donc, sur ce diagramme, d’une échelle logarithmique)

 

Mais bien sûr le « présent éternel de la réflexion » de Marie Anne Cochet n’est pas issu de la physique. Notons toutefois qu’ une « querelle du temps » fait rage entre physiciens et philosophes :

Einstein et le temps du sujet : ambiguïtés en physique relativiste (1/2)

Scientifiques qui ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux :

»Sur cette question du temps, difficile et passionnante car elle se situe aux confins de la Science et de la Philosophie, les scientifiques, tout d’abord, ne sont pas d’accord entre eux. Carlo Rovelli, qui se dit adepte de la « science subversive », affirme que « le temps n’existe pas », car il est une grandeur non observable qui ne fait qu’exprimer une relation entre  différentes variables observables et représentatives de phénomènes[4]. Marc Lachièze-Rey est sur la même longueur d’onde. Il part du temps Newtonien avec ses différents ingrédients (datation, chronologie, simultanéité, temps propre, causalité, durée) et montre que la plupart de ces ingrédients disparaissent dans le cadre relativiste[5]. Lee Smolin, par contre, qui veut « en finir avec la crise de la physique », annonce « la Renaissance du Temps » en s ‘appuyant sur la notion de « temps global privilégié », selon laquelle il existe un état de repos dans l’univers, et donc un repère privilégié »

Cette incompatibilité se situe selon moi, non entre la physique et la philosophie, mais entre la « dialectique de l’être » et la « dialectique de l’un  «  dont parle Marie  Anne Cochet en lisant Brunschvicg , donc en étant contemporaine de Platon et Spinoza :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/11/24/cochetbrunschvicg-12-trois-types-detres-humains-donc-trois-conceptions-de-dieu-trois-dieux-en-guerre/

« au contraire de la dialectique de l’être, la dialectique de l’Un se dilate en TOUS sens sans s’épuiser; elle engendre sans se nier, elle multiplie sans confondre, elle divise sans diminuer. Le refus de finalité n’est pas accepté par l’être: l’élan vital, étant élan, commence et finit nécessairement. Mais l’un, immanence même, ne connaît ni commencement, ni fin, étant l’acte du présent éternel. La conscience intellectuelle se développe par la transformation des jugements sensibles, automatisés dans l’être corporel, en jugements réfléchis, dirigés par l’intelligence en vertu de son pouvoir unifiant” .

Mais pour comprendre l’opposition entre ces deux pensées, selon l’être et selon l’un , le mieux est de relire les dernières et admirables pages (« l’immanence de la réflexion ») du « Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale » de Brunschvicg :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t2/brunschvicg_progres_conscience_t2.doc#c23_s3

Brunschvicg, qui est juif, comme Spinoza, est convaincu (et arrive à me convaincre , pour ma part) de la rupture totale entre l’Evangile lu par Spinoza et l’Ancien testament (et encore bien plus le Coran, qui constitue une régression du nouveau vers l’ancien, or « on ne sert pas le vin nouveau dans de vieilles outres ») :

« Et sans doute l’imitation de Jésus s’approche-t-elle de sa raison d’être, à mesure qu’elle s’affranchit davantage de toute détermination extérieure, qu’elle s’oriente vers le progrès illimité de la dialectique ascendante, vers l’universalité pure du Verbe intérieur.« 

Nous retrouvons ici la dualité entre le Verbe intérieur, ou Verbe-raison, issu de la structure mentale commandée par les relations de la science ( qui seront à notre époque les morphismes dans une catégorie ) et le Verbe extérieur , ou Verbe-langage, qui s’attache, pour en rester prisonnier, aux concepts du discours (logoi) . Opposition aussi entre le « Shma »=  « Écoute » du Deutéronome dans la Bible et du « Qul »= « dis » dans la Sourate 112 du Coran :

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/01/15/le-principe-dunite-dans-le-coran-et-la-torah/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/10/05/mythemes-de-lun-la-difference-entre-coran-et-bible/

Mais le Dieu de l’Ancien Testament est le « Dieu des morts » , de ceux qui ne sont pas contemporains de tous les temps dans le présent éternel de la réflexion unitive :

»Mais il faut s’en convaincre par le Traité théologico-politique, l’interprétation la plus profonde qui ait jamais été proposée de l’Évangile en fait consister l’enseignement dans la rupture violente et décisive avec le Dieu de l’Ancien Testament, avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, qui est le Dieu des morts. La parole maîtresse du Nouveau Testament n’est-elle pas celle qui repousse radicalement tout préjugé du passé : Vous laisserez les morts enterrer les morts ? »

C’est la paresse qui est la  cause de ce que l’homme s’arrête quelque part , avant l’universalité du verbe intérieur :

» La paresse fait que l’homme « s’arrête quelque part » ; et son orgueil rêve que ce quelque part est une limite à jamais infranchissable, livre sacré qui rendra tout autre livre inutile, autorité spirituelle qui permettra de renoncer désormais à tout effort de l’esprit. Mais il est sûr que l’intelligence, que la charité, ont toujours « du mouvement pour aller plus loin ».« 

La section III « immanence de la réflexion » débute avec ce passage cité par Mme Cochet:

»Le discernement des faux dieux et du vrai Dieu est le problème de la philosophie religieuse. Dieu, dans le plan du réalisme physique, sera le Créateur ou tout au moins le Démiurge. Dans le plan du réalisme biologique, il sera le Père, ou pour mieux dire l’Absolu du Père, le Père qui n’a pas de Père, engendrant éternellement l’Absolu du Fils, le Fils qui n’a pas de Fils. Enfin, dans le plan de l’idéalisme rationnel, il est le Deus interior, unité présente à tout acte d’unité, jugement d’intelligence ou sentiment d’amour.

Ainsi la matière aura son Dieu, la vie aura son Dieu, l’esprit a son Dieu. Or, ces trois Dieux sont-ils compatibles l’un avec l’autre ? » évidemment non, et la guerre fait  rage depuis 14 siècles entre le « Dieu islamique de la matière «  et le « Dieu chrétien de la vie ». Seule la reconnaissance universelle du Dieu selon l’esprit  pourrait (pourra ?) mettre fin au conflit .. seulement :

 »Pour que Dieu soit en esprit et en vérité, il faut d’abord qu’il ne soit qu’en esprit et qu’en vérité. »

c’est à dire que le préjugé ontologique doit être abandonné , jeté par dessus bord, comme dans la belle nouvelle de Jules Verne:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/04/26/themes-ascensionnels-un-drame-dans-les-airs-de-jules-verne/

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/04/23/un-drame-dans-les-airs-de-jules-verne-nous-aborderons-au-soleil/

«

Coupons ces cordes ! Que cette nacelle soit abandonnée dans l’espace !

La force attractive changera de direction, et nous aborderons au soleil ! »

cette « parole de fou » ne doit évidemment pas être prise au pied de la lettre : celui qui reste dans la nacelle , c’est celui qui, terrassé par la fatigue et vaincu par la paresse, « s’arrête quelque part «  sur le plan vital, le sol où il a ré atterri. Celui qui « aborde au Soleil » c’est celui qui ne s’est pas arrêté avant l’infini du « Verbe intérieur » :

« La grandeur de l’homme est d’aller jusque-là : « L’homme est cet infini qui s’échappe à lui-même, toujours plus grand que ce qu’il se sait être, toujours au-dessus de ce qu’il fait. Mais de tant de grandeur la chute est profonde quand l’idée que nous en avons n’est pas assez vraie pour nous sauver de l’orgueil et de la paresse.«

ou aussi peut être « borné dans sa nature, infini dans ses voeux, un Dieu tombé qui se souvient des cieux »

L’Homme

Mais interdit de tricher avec la « Progrès de la conscience «  ,  l’ascension vers cette sphère lumineuse   qui se situe au sommet de la dialectique platonicienne :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/la-puissance-de-la-pensee-selon-brunschvicg-jean-michel-le-lannou/

»Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Interdit de tricher, c’est le progrès intellectuel dans la philosophie et dans la science qui entraînera le progrès de la conscience religieuse, et non des guerres prétendues saintes ou des apparitions de personnages mythologiques, fussent ils la Mère de Dieu :

« le progrès de la conscience religieuse, à travers le christianisme, ne saurait avoir un autre rythme que le progrès de la conscience intellectuelle ou de la conscience morale à travers la science et à travers la philosophie : il implique, lui aussi, il implique par excellence, une ferme et constante résolution de ne rien concéder aux illusions de l’enfance ou aux commodités de la pédagogie, aux intérêts de la politique ou aux faiblesses du sentiment« 

C’est ici que la dialectique de l’un apparaît, et l’interdit de tricher implique de la discriminer (mot interdit par notre époque hypocrite : c’est justement pour cette raison que je l’utilise) soigneusement de la métaphysique de l’être :

 »l’affranchissement du préjugé ontologique a une exigence inéluctable : il interdit que la dialectique de l’Un se modèle sur cette métaphysique de l’Être, dont elle a dénoncé l’illusion. Cependant la confusion de la dialectique et de la métaphysique est constante chez les mystiques spéculatifs, qui, à la suite de Plotin, ont imaginé une essence de l’Un transcendante par rapport à la raison. »

Toute inquiétude mystique doit être proscrite, car on n’est inquiet que de perdre quelque chose, or là il s’agit justement de perdre, de se délester  pour monter : mais on le sait  « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » 

«La considération du platonisme véritable explique donc, à partir de leurs racines spéculatives, l’inquiétude, l’instabilité, dont devait s’accompagner l’expérience des mystiques, leur tentation perpétuelle de recourir aux pratiques occultes, d’exhiber des pouvoirs surnaturels. Mais avec le dogme chrétien de nouvelles causes d’incertitude et d’obscurité interviennent dans la vie intérieure des mystiques. Leur idéal est de se simplifier ; mais ils voudraient qu’il leur fût possible de s’unir immédiatement à un Dieu unique sans pourtant renoncer à l’office du médiateur, d’affirmer la pure unité de l’immanence sans nier la dualité radicale de la transcendance ; ils ont rêvé d’anéantir leur propre moi pour que Dieu demeure en eux, et ils ont éprouvé que l’amour est incapable de survivre au sentiment de soi chez le sujet qui aime. O si viderent internum æternum  ! Mais quand on a su voir avec les yeux de l’esprit ce que signifie l’intériorité de l’internum, l’éternité de l’æternum, comment repasser de l’autre côté de l’antithèse, s’attacher encore à l’imagination de l’immortalité, persister, selon l’expression de Fichte, à « chercher outre-tombe ce qu’on appellera le ciel »  ? »

»Or, de cette inquiétude et de cette angoisse l’idéalisme rationnel délivrera la conscience, non pas en la déracinant de l’être, mais en suivant l’élan de désintéressement et de générosité que Socrate et Copernic ont imprimé à la pensée occidentale. Il s’agit pour l’homme de substituer à l’absolu de termes donnés en soi, exclusifs les uns des autres, la formation progressive d’un système dont son individualité ne sera qu’une partie, d’intégrer ainsi à sa propre substance spirituelle les rapports véritables de tous les membres de l’humanité aussi bien que de tous les corps de l’univers. La personne est alors, non plus un objet particulier de la relation de réciprocité, mais son sujet, mais sa raison d’être. Comme l’ont dit d’une voix commune Platon, Spinoza, Fichte, Lagneau, celui-là ne peut plus douter, qui a pris conscience d’être lui-même l’acte unifiant de l’intelligence ; celui-là ne peut plus haïr, qui a pris conscience d’être lui-même l’acte unifiant de l’amour. »

L’idéalisme rationnel, c’est le troisième et dernier étage de la montée, au dessus du réalisme physique du judaïsme et de l’Islam ou du réalisme biologique du christianisme.

seulement ici encore règne la menace des rets du langage:

»Cet idéalisme de la conscience et de la raison, où l’esprit devient transparent à l’esprit grâce à l’approfondissement de la réflexion sur son principe radical, n’a cessé de nous apparaître menacé, au cours de l’histoire, par l’opacité du langage qu’il est obligé d’appeler à son aide pour s’exprimer au dehors. »

La participation à l’un c’est aussi l’analyse ascendante,  celle de la dialectique platonicienne tandis que la participation à l’être, ou synthèse descendante, est à l’origine de l’imagination de la transcendance, de Dieu ou du monde, ce qui sème le risque de confusion même dans les expressions de Platon, Spinoza et Fichte :

»Platon n’a pas  réussi à défendre la pureté de l’analyse ascendante, de la participation à l’un, contre la tradition contradictoire de la synthèse descendante, de la participation à l’être. Spinoza et Fichte, pour avoir traduit le spiritualisme de l’immanence dans la terminologie de la causalité divine ou du moi, ont incité des lecteurs impatients ou prévenus à leur double caricature : panthéisme et subjectivisme . A la méthode d’analyse réflexive, telle qu’elle a été pratiquée avec une rigueur croissante de Condillac à Biran, de Lachelier à Lagneau, il appartiendra de mettre définitivement l’idéalisme en garde contre la tentation de chercher un appui, hors de son ordre, dans une concession à l’imagination primitive de la transcendance. »

Mais le sommet , appelé mathème , de la dialectique platonicienne dans le « Banquet » , s’élevant de l’amour- Eros des (beaux) corps jusqu’à « cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même », se  confond avec ce que Spinoza nomme Amor Dei intellectualis :

»on est philosophe dans la mesure où l’on parvient à ne plus poser qu’un problème, là où il y en a deux selon le vulgaire, et entre lesquels il lui paraîtrait ridicule de chercher le moindre rapport : apercevoir la vérité dans une telle sphère d’évidence qu’elle ne jette plus d’ombre, porter son amour à une telle hauteur de désintéressement qu’il ne puisse plus devenir cause de tristesse et, par suite, de haine. Cela, c’est tout un pour Spinoza comme pour Platon. La dialectique du Banquet porte à son sommet le μάθημα, et l’Ethica more geometrico demonstrata s’achève dans l’unité de l’amour intellectuel chez l’homme et chez Dieu. »

L’expansion infinie de l’intelligence se confond avec l’absolu désintéressement de l’amour dans l’amor Dei intellectualis. Cela signifie que l’opacité du langage a été vaincue, la dialectique de l’un, qui  « se dilate en TOUS sens sans s’épuiser, engendre sans se nier, multiplie sans confondre, divise sans diminuer » ayant remplacé la dialectique de l’être .

»Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi. Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire…. »

.

 

This entry was posted in Cochet-Brunschvicg, DIEU, Léon Brunschvicg, Malebranche, Ontologie, Phénoménologie, Philosophie, Platon, Science, mathesis, Science-internelle. Bookmark the permalink.